Marchés américains : l'été de tous les dangers

40 %
La probabilité de voir la Fed relever ses taux en septembre est de 40%
avant le rapport NFP

On pourrait considérer la période estivale comme une phase de transition relativement calme mais lasituation en Europe avec les négociations grecques qui se poursuivent, les signaux négatifs qui s’accumulent en Chine et l’incertitude liée à la très attendue réunion de la FED en septembre devraient générer de la volatilité.

  La dernière journée de juillet offre une bonne lecture de l’état d’esprit actuel des marchés. Ce vendredi 31 juillet était diffusé le chiffre de la progression trimestrielle des salaires aux Etats-Unis : très mauvaise « surprise » puisque la progression est la plus faible observée depuis...1982 ! Dans un contexte où le marché surveille des signes susceptibles de donner une meilleure estimation de la date du premier relèvement de taux de la FED, ce très mauvais chiffre (faible pression haussière sur les salaires donc faible impact potentiel sur les prix/inflation) aurait pu déclencher une forte hausse des marchés actions car entretenant la possibilité de voir la FED repousser cette échéance...   Mais il n’en a rien été...le contrat future sur le SP500 cotait 2105 points avant le chiffre, 2115 quelques minutes après...avant de retomber à 2102 points en fin de journée. Même constat pour l’euro face au dollar : le mauvais chiffre a nettement affaibli le dollar, faisant grimper l’euro au-delà de 1.1100$ (alors qu’il cotait 1.0970$ juste avant le chiffre). Mais cette tendance s’est très rapidement renversée, l’euro retombant sur son niveau pré annonce en fin de journée. Conclusion ?    Le marché a brièvement considéré ce mauvais chiffre sur les salaires comme un facteur de soutien au maintien d’un politique monétaire accommodante (propulsant le dollar à la baisse et faisant monter les actions) mais n’a pas considéré que c’était un élément suffisant pour conserver cette tendance (d’où correction rapide dans les heures qui ont suivi).    Il est tout à fait possible que ce scénario se reproduise jusqu’à la réunion de septembre de la FED.    Même si les données macroéconomiques sont mitigées, l’idée que la FED ne puisse repousser encore longtemps son premier relèvement de taux fait son chemin. En effet, face à ce chiffre de vendredi négatif pour les l’évolution des prix, d’autres paramètres permettent d’entretenir le scénario du relèvement en septembre. Comme la nette révision à la hausse de la croissance du PIB américain : +0.6% alors que la dernière estimation faisait état d’un repli de 0.2% et que la seconde estimation était encore plus négative à -0.7%...   Ou encore comme le chiffre des dépenses de consommation personnelles (PCE) qui est une des mesures de l’inflation outre-Atlantique et qui est très surveillé par la FED. Ce chiffre en rythme annuel a progressé de 1.3% en juin et le chiffre du mois précédent a également été revu à la hausse (1.3% vs +1.2% initialement).   Ce type de chiffre est de nature à contrebalancer d’autres éléments plus négatifs et à entretenir leflou sur la probabilité d’une hausse en septembre. On peut donc légitimement se demander si, face à un tel degré d’incertitude, les principaux indices actions américains (SP500, Dow Jones, Nasdaq) iront tester de nouveaux plus hauts.   La forte probabilité d’une hausse de taux, même non appuyée par des chiffres macro, peut agir comme frein à la prise de risque sur les marchés et provoquer un repli correctif...alors même que cette hausse pourrait n’intervenir qu’en fin d’année ou en 2016.   Ce flou est entretenu par des membres de la FED dont sa présidente qui a déclaré devant le Congrès mi-juillet : « Nous pourrons prendre des décisions à chaque réunion » James Bullard, un des faucons de la FED s’était risqué à communiquer un pourcentage : plus de 50% de chance pour une hausse de taux en septembre.   D’autant que les marchés américains et notamment l’indice actions SP500 peinent à corriger. Le SP500 reste très proche de ses plus hauts historiques au-delà de 2100 points. Même si elle se défend de surveiller les marchés financiers, la FED souhaitera autant que possible éviter de créer un choc pas un relèvement de taux « surprise ». Elle devrait donc favoriser une « guidance » propice à entretenir un climat, un contexte permettant de limiter l’envolée des valorisations pouvant présenter le risque d’éclatement brutal avec ses conséquences potentielles sur l’économie réelle.   Il y a également le facteur « crédibilité ». Un peu comme Mario Draghi avait emmené progressivement le marché à intégrer la mise en place d’un QE, la FED doit l’emmener à intégrer la «normalisation » de sa politique monétaire. Depuis la fin du QE3 en octobre dernier, aucune nouvelle décision n’a été prise. En retardant plus longtemps la hausse des taux, la FED prendrait le risque de voir sa crédibilité entamée et serait jugée responsable d’avoir favorisé l’émergence de nouvelles bulles sur les actifs financiers.   La FED devra toutefois composer avec la nouvelle et récente rechute rapide des prix du pétrole et son impact potentiel sur les prix...de quoi brouiller un peu plus les cartes.   Même si la FED reste l’élément le plus surveillé par les marchés, la situation de la Chine et l’évolution des négociations entre les créanciers et la Grèce pourraient également limiter la prise de risque et favoriser les corrections.   Le PMI manufacturier (chiffre final de juillet) s’inscrit une nouvelle fois sous 50 (limite entre expansion et contraction de l’activité) à 47,8. Le PMI évolue sous 50 depuis mars et la nouvelle baisse de juillet le ramène sur les niveaux de mi-2013...au moment où les marchés s’interrogent sur la croissance réelle de la Chine et après la récente et violente chute des cours (juin/juillet). L’extension géographique par les autorités chinoises des sanctions contre les vendeurs à découvert témoigne de la nervosité ambiante.   Enfin, tant que la situation entre la Grèce et ses créanciers n’est pas « fixée » avec la mise en place d’un troisième programme d’aide, la prudence s’impose à court terme. Les discussions devraient se prolonger au moins jusqu’à la troisième semaine d’août. L’épisode récent du FMI, qui demande une nouvelle fois un allègement de dette aux créanciers européens et la mise en place de nombreuses réformes avant de participer à l’aide, a été négativement perçu par les marchés qui ont corrigé avant de se stabiliser. Traduction de la méfiance toujours présente...   Le cumul de ces éléments pousse à la prudence sur les marchés actions américains, susceptibles de corriger sans attendre la réunion de septembre de la FED...

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Alexandre Baradez

« Alexandre Baradez, 32 ans, a rejoint IG France en tant que Responsable Analyses Marchés. La succursale France du Groupe IG bénéficie ainsi d'un pôle d'analyse renforcé et contribue à la continuité de la diffusion d'analyses du Groupe, en complément des pôles basés à Londres, Melbourne, etc.

 

La nomination d'Alexandre Baradez illustre également la volonté d'IG de donner à ses clients un accès facilité à une information de qualité et de renforcer les moyens d'aide à la décision mis à leur disposition.

 

Diplômé de l'ESCE (Ecole Supérieure de Commerce Extérieur), Alexandre Baradez débute sa carrière chez EBG FINANCES en 2003 en tant que consultant spécialisé en défiscalisation immobilière. Il intègre le département Gestion Privée de BNP PARIBAS en 2005 où il assure la gestion et le suivi d'un portefeuille de 400 clients. En 2008, il rejoint Banque Robeco Gestion Privée où il a en charge la gestion d'un portefeuille de 650 clients. Il délivre un conseil sur OPCVM, la constitution et la gestion d'un patrimoine en exploitant l'actualité macro et micro-économique.

 

En octobre 2009, il rejoint Saxo Bank en tant que Sales Trader et devient en 2011 Analyste Marchés de la banque dont il est l'interlocuteur privilégié auprès des medias français. »