Mohamed Ould Bouamatou : le milliardaire va-t-il franchement s'engager en politique ?

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La clinique ophtalmologique créée par Mohamed Ould Bouamatou soigne
5.000 patients chaque année.

Jusqu’ici, Mohamed Ould Bouamatou se contentait d’aider les plus pauvres et les plus faibles. Il lutte aussi pour les droits de l’Homme et soutient les opposants mauritaniens. Mais il n’a jamais réellement mis les pieds en politique. Or c’est ce que certains de ses admirateurs lui demandent de faire maintenant. Osera-t-il franchir le pas, lui qui dit que les affaires et la politique ne font pas bon ménage ?

« Ou l'on fait des affaires ou l'on fait la politique »

Invité par la Fondation Mo Ibrahim en mai 2019, le banquier et opposant mauritanien Mohamed Ould Bouamatou conseillait de ne jamais mélanger « affaires et politique ». Selon lui, « au lieu de faire des entreprises, les gens cherchent le pouvoir pour s’enrichir (…) Ou l'on fait des affaires ou l'on fait la politique. On ne fait pas les deux et on ne fait pas l’un pour avoir les deux ». Cette prise de position forte a suscité des commentaires divers. Certains ont salué la déclaration du milliardaire mauritanien car d’après eux chacun peut contribuer au développement de son pays à n’importe quel poste ou fonction. D’autres, par contre, estiment qu’il doit franchement s’engager en politique car il a une vision, il est instruit et généreux. Bref, tout ce qu’il faut pour réussir en politique, dans cette Afrique aux dirigeants peu compétents.

Le contexte s’y prête-t-il ?

Ces dernières semaines, des Mauritaniens insistent sur les réseaux sociaux, demandant à Bouamatou de se lancer maintenant. Ils pensent que le contexte s’y prête fortement. En effet, le régime de l’autocrate Abdel Aziz, qui a contraint Bouamatou à l’exil, a donné sa place à Mohamed Ould Ghazouani, en août 2019. Bien qu’issu du cercle d’Abdel Aziz, ce général a pris ses distances avec son prédécesseur. Mieux, il a engagé son pays sur la voie de la démocratie en libérant des prisonniers d’opinion et en initiant un dialogue direct avec l’opposition. Le nouveau chef de l’Etat a surtout permis le retour d’exil de plusieurs personnalités, dont Bouamatou.

Mohamed Ould Bouamatou et le social

Le fondateur du groupe BSA est rentré au pays natal le 11 mars 2020, après que la justice mauritanienne ait abandonné le mandat d’arrêt international contre lui. Deux mois plus tard, le tribunal de Nouakchott-Ouest ordonnait un non-lieu dans une affaire de corruption présumée en 2017. Les derniers verrous judiciaires ayant sauté, le chemin menant à la magistrature suprême s’ouvre grandement pour lui.

Et Il aurait le profil idéal pour endosser le costume de président de la République. D’abord, Bouamatou est un homme généreux, très proche du peuple. Pour preuve, il a créé en 2000 la clinique ophtalmologique Bouamatou à Nouakchott. Celle-ci offre chaque année des soins gratuits de la cataracte à plus de 5.000 patients venus d’Afrique de l’ouest. Aussi, le milliardaire est à l’origine de la Fondation pour l’égalité des chances en Afrique. Cette association belge reconnue d’utilité publique par arrêté royal le 15 août 2015 soutient tout projet en faveur de l’éduction, la justice, la santé, les droits de l’Homme ou encore de la démocratie.  

Un grand investisseur en Mauritanie

Mohamed Ould Bouamatou est en outre un homme d’affaires prospère, qui a énormément contribué au développement de son pays. Soit par des investissements (banque, téléphonie, assurances, pêche, agroalimentaire, mines et la construction), soit par la création d’entreprises et donc d’emplois (le groupe BSA, par exemple). À travers cet empire financier, Bouamatou veut que son pays exploite pleinement ses ressources pour une véritable indépendance. Il se désole d’ailleurs de voir que l’Afrique, le plus grand exportateur de cacao, ne produise pas une seule tablette de chocolat.


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