Allons-nous tout droit vers une nouvelle crise financière ?

3 %
L'OCDE ne table plus que sur 3 % de croissance en 2016 pour l'ensemble
du globe.

C’est une question qui émerge de plus en plus dans la communauté internationale des économistes, des patrons d’entreprise et des cabinets de conseil. Malheureusement je ne serais pas très optimiste, mais je reste convaincu qu’il faut d’abord faire confiance en l’individu. Bref, pour cela je vais rappeler les trois temps de la crise financière de 2008-2010, puis identifier ce qu’il y a de commun avec celle qui pourrait émerger maintenant.

La crise financière de 2008-2010.

Les trois temps de la crise financière de 2008-2010 sont maintenant bien connus. Une première phase où la genèse de la crise se forme :

(1) Il s’agit de la période 2001-2006 dans laquelle, l’explosion de la bulle internet associée aux attentats du 11 septembre 2001, la guerre en Irak et la stagnation des salaires ont entrainé une première amorce de crise économique de 2001 à 2003. La FED décide alors de baisser considérablement ses taux directeurs (de 7% en à 1%) ce qui crée une abondance de liquidité et un très faible coût de l’argent, donc des conditions de crédit très souples. C’est aussi la situation que nous connaissons aujourd’hui. Les ménages s’endettent à la consommation et à l’immobilier. La consommation est stimulée, les résultats des entreprises aussi. Il y a création d’emploi et augmentation de la valeur des biens immobiliers. En parallèle à cela, tout un arsenal de produits dérivés se développe pour prévenir le risque de défaut des ménages et des entreprises, le plus connu étant la titrisation…

(2) La machine a commencé à se gripper dans les années 2006-2007 : les ménages sont très endettés et le déficit commercial américains est colossal. Comme l’économie s’emballe, la FED décide une hausse des taux directeurs (de 1% en 2005 à 3,75% en 2007). Les crédits étant octroyés principalement à taux variable, les ménages commencent à faire défaut. On assiste à la fois à une hausse des saisies immobilières ainsi qu’à une raréfaction du crédit. La valeur de l’immobilier chute, il y a crise de liquidité avec effondrement de la valeur des produits dérivés.

(3) La contagion ou l’extension de la crise, en 2008-2010, provient d’un gel du financement lié à la raréfaction du refinancement puisque peu à peu les banques ne se prêtent plus entre elles car elles ne se font plus confiance. Associés à la dépréciation des actifs et du patrimoine, les banques américaines commencent à faire défaut, c’est la période des faillites bancaires, et la crise d’abord de l’immobilier s’étend à la sphère financière, avec la chute des valeurs de bourse. Les Etats tentent d’éteindre l’incendie, mais la crise de confiance des marchés interbancaires provoque la crise de confiance des ménages surendettés. Il y a panique et chute de la consommation, destruction d’emplois puisque les entreprises vont se retrouver en difficulté, ce qui va accroitre les faillites d’entreprises, la récession et la dépression. Ainsi la crise financière s’est transmise à la sphère réelle. C’est la période 2018-2019.

Allons-nous tout droit vers une nouvelle crise financière ?

Le rapprochement est assez saisissant. Ici, il nous faut nous projeter. Nous pensons que oui et d’une manière tout à fait inégalée avec la vitesse de propulsion et de transmission du trading haute fréquence et des technologies à « l’échelle monde ouvert ».

Nous aurions approximativement une première phase de genèse de cette nouvelle crise financière avec cycle plus court : 2012-2015 c’est-à-dire 4 ans au lieu de 5 (2001-2006). Cette phase vient tout juste de se terminer.

(1) Elle va donc approximativement de 2012 à 2015 : moment où les Etats des pays développés commencent à se relever des récessions difficilement. Il n y a pas vraiment d’embellie mais uniquement une légère reprise ce qui peut annoncer aussi une crise future encore plus grave. De la même manière qu’en 2001-2006 lors de la précédente genèse de la première crise financière évoquée plus haut, l’explosion des start-ups et de l’Ere du numérique associée aux attentats en France, en Turquie, en Russie et un peu partout dans le monde, avec la guerre en Syrie, et enfin, la stagnation des salaires dans l’Ere de l’ultra-compétitivité et de l’austérité sans croissance nette, entrainent une amorce de crise dans de très nombreux pays émergents : Chine, Brésil, Russie et tout le périmètre Asie.  Les signaux de cette genèse sont assez forts : La liquidité du fait de baisses des taux des grandes Banques centrales abonde partout, le coût de l’argent est très faible,  donc les conditions de crédit aussi. L’une des particularités ici, par rapport à la crise financière de 2008-2010, est qu’il ne s’agit plus uniquement des Etats Unis et de son secteur immobilier !!! Il s’agit de la plupart des Etats et de tous les secteurs de l’économie transportés par le numérique et le trading haute fréquence. Il y a certes à l’approche de l’année 2016 une légère reprise de la consommation et des marges des entreprises (notamment en France). Les investissements sont là et presque prêts à y aller. L’emploi va mieux (Etats-Unis, France…), bref certains signaux positifs de cette genèse sont là. Mais en parallèle à cela, deux énormes murs se dressent : celui de l’économie réelle et celui de l’argent. Ces deux murs se dressent de façon plus puissante que lors de la genèse de la crise financière de 2008.

Un mur de l’économie réelle tout d’abord : la Chine moteur mondial de l’activité économique connaît un fort ralentissement qui va jusqu’à une remise en cause de son modèle économique, qui ne fait d’ailleurs rêver personne. La chine, qui a vécu son épopée de son rattrapage économique, du prix des matières premières très élevé (les capitaux vont vers les pays émergents et sont replacés en Chine), et des politiques monétaires accommodantes, a longtemps connu un contexte économique favorable qui n’existe plus. Les producteurs de pétrole (Arabie Saoudite, Iran par exemple) sont touchés. Les prix des matières premières vont baisser ce qui va créer une crise du secteur parapétrolier entrainant dans son sillage les bourses mondiales. Enfin, aujourd’hui pratiquement aucun pays ne peut prétendre à une croissance de plus de 2%.

Un mur de l’argent ensuite : C’est ici, que l’argument de l’entre soi commercial en Europe ne tient pas : certes on commerce surtout entre nous et pas avec la Chine mais si le mur de l’économie réelle va apparaître au grand jour c’est le mur de l’argent qui va lui servir de courroie de transmission. Rien n’a été fait ou presque en matière de régulation financière, ni taxe Tobin, ni séparation des activités de banque de détail et banque d’investissement. Nous rappelons que la crise financière américaine s’est étendu en Europe par le truchement de la banque d’investissement et de l’intensité aboutie de la libéralisation financière depuis 30 ans et qu’une nationalisation des banques de détail européenne aurait été souhaitable. Tout cela pourtant en dépit et il faut le dire, d’une volonté politique réelle (Nouvelles charges en capital, le Dodd Frank Act américain de 2010, le projet d’Union bancaire européen de 2012, le rapport Volker américain, le rapport de la commission Vickers en Grande Bretagne, le rapport de la commission Liikanen pour la Commission européenne…). Le trading haute fréquence s’intensifie, les marchés boursiers américains montrent de nombreux signes de faiblesse, nous sommes donc assis sur un baril de poudre et la prochaine crise financière démarrera avec trois phénomènes déclencheurs et propulseur : la hausse des taux de la FED, une crise obligataire, et les technologies de propulsion du risque domino…La machine ici va donc commencer à se gripper fin 2015 début 2016 jusqu’en 2017.

(2) Nous allons ainsi connaître deux années de grippage du système économique mondial, en 2016 et 2017 : Le constat connu va apparaître comme une surprise : les ménages tout comme les Etats sont endettés ! Pourtant l’on disait que la consommation américaine se portait bien lors de la période précédente ! Les déficits commerciaux ne se résorbent pas. Et la FED…décide une hausse des taux. C’est ce qui est déjà arrivé fin 2015. Les défauts vont donc augmenter dans le courant de l’année 2016, et à la crise de la dette publique émerge la crise de la dette privée. Les marchés obligataires commencent à trembler. Des bulles diverses de part et d’autres du globe et des tensions immobilières existent (Grande Bretagne), ce d’autant plus que le mur de l’économie réelle et le mur de l’argent avancent, se rapprochent. L’on constate qu’ils s’érigent rapidement et plus hauts que prévu. La liquidité va devenir plus rare dans un contexte global de ralentissement intensifié des émergents et de faibles reprises des pays développés. La finance est de nouveau touchée, accusée, ce sera le thème de 2016 en économie. On constatera que le montant des dérivés n’a pas du tout baissé depuis les leçons non tirées de la crise financière américaine. Avec les technologies de propulsion comme le trading haute fréquence, c’est la contagion ou l’extension de la crise en 2018 et 2019.

(3) La contagion ou l’extension de la crise en 2018 et 2019 : Le Krach obligataire intervient en 2018. Comme en 1994 aux Etats-Unis, après une faible hausse des taux d’Alan Greenspan de 3 à 3,5% une panique obligataire avait créé l’effondrement des bourses mondiales. Ici, c’est le krach obligataire qui créera de la défiance dans le système interbancaire d’abord puis dans l’économie réelle ensuite. De nombreux actifs vont être dépréciés et l’on va commencer à assister à des faillites bancaires à l’échelle monde et non plus uniquement aux Etats-Unis. La crise des valeurs technologiques va commencer de nouveau comme en 2001, avec l’élimination du marché de la moitié d’entre-elles. On essaiera d’intervenir encore et toujours, le renflouement interne de l’Union bancaire ou d’autres fonds de résolution limiteront les impacts directs sur les ménages mais ce sont les investisseurs et l’obligataire qui seront destitués de la confiance et entraineront dans sa chute l’ensemble des économies qui peinaient à se relever. Nul ne connaît encore la profondeur du puis sans fonds ! Disons que l’embellie initiale de la première étape de la genèse de la crise financière de 2008-2010 n’existe qu’à peine ici, ce qui laisse présager du pire puisque le restant des mécanismes nous parait proche.


A découvrir

Pascal de Lima

Economiste-knowledge manager et enseignant à Sciences-po proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  (conférences données à Rio, Los Angeles, Milan, Madrid, Lisbonne, Frankfort, Vienne, Londres, Bruxelles, Lausanne, Tunis, Marrakech) spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques.

Après 14 années dans les milieux du conseil en management secteur banque et finance (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'ADL et Altran 16 000 salariés), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il dispense actuellement à Sciences-po Paris des cours d’économie. Il a enseigné l'Economie dans la plupart des Grandes Ecoles françaises (HEC, ESSEC, Sup de Co, Ecoles d'ingénieur et PREPA...).

De sensibilité social-démocrate, il applique les précepts Structures-Comportements-Performances et ceux de John Rawls au monde du conseil en management. Il intervient régulièrement dans les médias français mais aussi internationaux.