Le Tiers Payant généralisé : l'arbre qui cache la forêt

9,7 MILLIARDS €
En 2014 le déficit de la Sécu a été de 9,7 milliards d'euros.

Aujourd’hui, veille du black Friday, les médias commencent à s’intéresser à l’action des médecins contre la loi santé. Comme toujours les gros titres sont « les médecins se battent contre le tiers payant » « Ce tiers payant fait qu’ils seront payés avec décalage et ils ne veulent pas »

Il est difficile de comprendre  cette désinformation, jamais quand on questionne un des responsables syndicaux de médecins ou des organisateurs du mouvement il n’est question du seul tiers payant. Pourquoi les journalistes ne veulent ils pas les entendre, pourquoi l’information n’est elle pas donnée aux patients qui sont bien sur les lecteurs ou les téléspectateurs ? Par négligence ? Par manque de courage ? Par refus de lire la loi et ses effets ?
Les médecins libéraux se battent contre la totalité de la loi santé, qui va nationaliser la médecine, tuer la médecine libérale. Cette loi c’est la mort annoncée du libre choix du médecin, c’est la mort du secret médical (même le conseil national de l’ordre le dit et le redit) Si les médecins se battent aussi contre le tiers payant, c’est avant pour se battre contre ses effets pervers que les patients ne voient pas. Bien sur il est facile de manipuler les Français avec cet artifice, faire croire comme François Hollande que la santé va devenir gratuite. Qui pourrait être contre ? Sauf que c’est un mensonge d’état, la santé coutera encore plus cher mais personne ne s’en rendra compte.


Le premier effet du tiers payant et sa principale motivation c’est de mettre les Français (médecins, professions médicales, patients) au garde a vous et à l’obéissance. Dès que la loi sera mise en place, les patients s’ils veulent bénéficier du tiers payant devront accepter le partage du « fameux » DMP (dossier médical partagé) ce dossier c’est l’informatisation du  secret médical et sa possible divulgation à qui le demandera poliment, ou contre un chèque.  Si un patient refuse cette trahison du secret médical il se verra refuser le tiers payant. Vous n’entendez pas vos médecins répéter aux oreilles sourdes que ce secret médical, pour lequel ils ont solennellement prêté serment devant leurs ainés (serment d’Hippocrate) sera définitivement perdu. La principale conséquence étant la connaissance de vos maladies par les sociétés privées qui auront accès au DMP.
Second effet du tiers payant généralisé pour les patients, celui-ci vous sera refusé si vous n’acceptez pas de remettre votre RIB bancaire à la sécurité sociale. La raison en est simple, avec la loi santé et la suppression du paiement a l’acte, la sécurité sociale ne sait plus comment faire payer les franchises médicale. La solution technocratique qu’ils ont trouvée est de vous les prélever en une fois, pour faire des économies de petits prélèvements. En une fois c'est-à-dire par exemple 50 ou 60 euros d’un coup sans vous en informer, même si votre compte n’est pas couvert.


Pour les médecins, il est évident que le recouvrement des sommes du tiers payant auprès de 450 mutuelles est un véritable problème. Les médecins dont les prix de consultations sont bloqués depuis de très nombreuses années, n’ont absolument pas les moyens de payer une secrétaire pour faire ce recouvrement. Mais ce n’est pas là le principal de leur combat, comme pour les patients, le tiers payant généralisé est un moyen de pression énorme sur leur pratique. Dès sa mise en place, le médecin sera ciblé par les ARS et si ses prescriptions ne sont pas conformes à ce que veut l’état il ne sera pas payé, s’il prescrit trop d’arrêts de travail, il ne sera pas payé. Le moyen de pression ultime comme si votre employeur vous retenait votre salaire dans le cas où votre travail ne serait pas exactement conforme à ce que demande votre direction.
La porte deviendra grande ouverte aux dérives que certains pays connaissent, suppression du choix du médecin (vous allez voir celui qui vous est imposé sans quoi plus de remboursement) puis ensuite la limitation de certains soins du fait de l’âge ou autre prétexte. Bien sur l’état vous affirmera la main sur le cœur que tout cela est faux, la presse les aidera comme aujourd’hui. Ce qu’il faut savoir c’est que parallèlement au tiers payant généralisé, la loi santé va donner la santé aux assurances privées. Assurances qui comptent beaucoup sur la pression du tiers payant pour mettre en place ses réseaux de soins et tout ce qui va avec. Regardez déjà leurs publicités, ils tentent de capter un maximum de français et mettre cette clientèle captive dans leur bas de laine.


Bientôt, avec des assurances complémentaires santé de plus en plus chères, on vous dira (comme certaines banques le CIC par exemple) que vous avez une « carte santé » qui vous permet de ne plus rien payer. Cette carte « vous donne droit !!!  » et la liste restrictive commencera. Vous avez le droit juste de consulter le médecin de leur choix, et pas trop souvent (accès limité des soins) vous aurez le droit de consulter le spécialiste, mais sur acceptation de l’assurance. Vous aurez bien sur le droit de vous faire hospitaliser mais uniquement dans les centres de soins agrée du réseau qui pratique une médecine low coast. Vous croyez que cet article est de la science fiction, c’est malheureusement une triste réalité pour laquelle on peut déjà constater les effets. J’enquête actuellement sur ces réseaux déjà mis en place mais avec difficultés, la discrétion et le silence sont de rigueur. Peu d’assurances complémentaires veulent dévoiler leurs objectifs à terme.
Voila pourquoi ce week-end les médecins fermeront leurs cabinets médicaux, voila pourquoi ils seront dans la rue avec de nombreux patients qui ont bien compris l’enjeu.


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Patrick Crasnier

Patrick Crasnier est diplômé en sciences humaines 3eme cycle en psychopathologie, après de longues années passées en cabinet libéral comme psychanalyste, blessé lors d’un attentat terroriste cesse cette activité en 1995. Continue comme photojournaliste, journaliste radiophonique (activités menées conjointement avec celle de psychanalyste depuis 1983) puis comme journaliste rédacteur au journal Toulousain et à l’écho des entreprises. Actuellement photojournaliste correspondant pour l’agence de presse panoramic, participe ponctuellement comme éditorialiste a sud radio et rédacteur dans plusieurs revues.