Jamais la France n’aura transmis autant de patrimoine en aussi peu de temps. Le vieillissement démographique et l’accumulation patrimoniale des dernières décennies convergent vers un phénomène inédit de redistribution intergénérationnelle : plus de 9 000 milliards d’euros détenus par les Français les plus âgés devraient être transmis à leurs héritiers dans les quinze à vingt prochaines années, selon les travaux de la Fondation Jean-Jaurès1.
Grande transmission : les réflexes à adopter pour préparer sa succession

La grande transmission devrait exercer une pression inédite sur les études notariales et, plus largement, sur l’ensemble des professionnels du patrimoine (banques, assureurs, conseillers en gestion de patrimoine). Mais ce sont surtout les familles qui seront directement concernées : la manière dont se dérouleront les successions dépendra largement de ce que chacun aura pris le temps d’anticiper de son vivant.
Cartographier l’ensemble de son patrimoine
Anticiper une succession suppose, en premier lieu, de disposer d’une vision exhaustive de son patrimoine. Contrairement à une idée largement répandue, il n’existe pas de registre centralisé permettant de reconstituer automatiquement l’ensemble des avoirs d’un défunt. Le notaire ne peut inventorier que les éléments portés à sa connaissance, identifiés et documentés par les héritiers. Tout ce qui n'est pas signalé peut ainsi échapper au règlement successoral.
Cette difficulté tient notamment à la dispersion croissante des patrimoines. Multiplication des comptes bancaires, détention immobilière via des sociétés civiles, diversification des placements financiers ou encore développement des portefeuilles de cryptomonnaies : autant d’actifs disséminés susceptibles de demeurer méconnus faute d’inventaire préalable. En 2025, près de 7,5 milliards d’euros d’avoirs sont ainsi restés non réclamés.
Centraliser l’information patrimoniale de son vivant, au-delà du seul risque d’omission, permet aussi d’épargner aux proches des recherches longues et éprouvantes dans un moment déjà marqué par le deuil.
Formaliser ses volontés de son vivant
Dans ce même temps du deuil, où les familles sont particulièrement vulnérables sur le plan émotionnel, tout ce qui n’est pas écrit laisse place à l’interprétation, et donc, potentiellement, au conflit. Promesses orales, prêts familiaux non documentés, répartition implicite d’objets à forte valeur affective : nombre de litiges prennent racine dans des volontés restées informelles, révélées au moment du décès.
Formaliser ses intentions permet ainsi de sécuriser juridiquement la succession, mais aussi de préserver le climat familial, en évitant que les héritiers aient à arbitrer, dans l’urgence, des décisions qui ne leur appartiennent pas. Cet enjeu gagne encore en importance dans un contexte où l’augmentation des volumes transmis s’accompagne d’une complexification des situations familiales.
Intégrer sa vie numérique à sa transmission
Chaque individu dispose aujourd’hui de plusieurs dizaines de comptes en ligne, autant de fragments d’identité appelés à perdurer après le décès. Cette empreinte numérique en pleine expansion donne la mesure des défis à venir. Si les usages actuels se maintiennent, le nombre de profils de personnes décédées sur Facebook pourrait ainsi dépasser celui des utilisateurs vivants à l’horizon 2060, selon une étude de l’université d’Oxford.
Pour les héritiers, la gestion de cette “mort numérique” soulève de nombreuses difficultés pour accéder aux comptes, les résilier, récupérer des contenus souvent chargés émotionnellement… À cela s’ajoutent des risques d’usurpation d’identité.
Anticiper le sort de ses comptes permet dès lors d’éviter à ses proches une charge administrative et émotionnelle supplémentaire. C’est, plus largement, tout le sens de l’anticipation face à la grande transmission : alléger, autant que possible, les démarches de ceux qui restent.
