Après la crise du Covid-19, le tourisme se réinvente

1000 MILLIARDS ?
Le coronavirus aurait fait perdre 1.000 milliards d'euros à
l'industrie du tourisme européenne.

Après deux exercices difficiles, les acteurs du tourisme français misaient beaucoup sur 2020 :  la crise du Covid-19 est passée par là et a douché leurs espoirs. Mais tout n’est pas perdu. Avec la reprise qui s’annonce, les professionnels se préparent et ajustent leurs offres. Le tourisme de demain sera certainement plus local et responsable.

Les professionnels français du tourisme n’ont qu’une seule certitude à l’heure actuelle : l’été 2020 ne ressemblera à aucun autre. Alors que les tour-opérateurs, les agences de voyages, les transporteurs et les réceptifs subissent encore les effets de la crise du Covid-19, un vent d’optimisme souffle à nouveau sur le secteur. Et si, tout n’était pas perdu ? Et si les touristes français compensaient l’absence de visiteurs étrangers dans l’Hexagone ?

Antoine Arnault : « Les gens vont encore avoir envie d'expériences extraordinaires »

Pour 2020, la première destination touristique mondiale mise ainsi sur son marché intérieur pour engager une nouvelle dynamique vertueuse dès septembre 2020. « Une fois que tout cela sera terminé, les gens vont encore avoir envie de voyager, de découvrir des choses, d’être les uns avec les autres, d’avoir des expériences extraordinaires et donc de venir dans nos boutiques », prophétise Antoine Arnault, administrateur de LVMH. Mais, si pour les enseignes de luxe, ce sont habituellement les touristes étrangers qui participent au chiffre d’affaires, il faudra s’adapter cette année. « C’est la consommation locale qui doit désormais être travaillée », concède-t-il dans les colonnes du Journal du Textile.

La fréquentation touristique ne battra certainement pas de record en 2020. Surtout qu’en 2019, le gouvernement français avait exprimé son espoir de franchir le cap des 100 millions de visiteurs internationaux dès cette année. Selon les chiffres de la Direction générale des entreprises (DGE), ils étaient 89 millions en 2018. Depuis, le secteur a subi plusieurs crises avec le mouvement des Gilets jaunes qui a entaché l’image de la destination et avec les grèves des transports.

Alexandre Espitalier Noël  : « L’objectif est que les territoires ultramarins ne restent pas sous cloche »

Néanmoins, la France renoue actuellement avec la liberté : celle de circuler et de consommer dans les bars et dans les restaurants, mais pas encore celle de voyager à l’étranger. Par conséquent, les Français qui organisent aujourd’hui leurs vacances se tournent principalement vers la France cette année. C’est une bonne nouvelle pour le tourisme réceptif. En revanche, ça l’est moins pour les entreprises de l’outcoming, celles qui font partir les voyageurs hors de France. Quant aux commerces et aux grands magasins, ils anticipent une nette baisse de la clientèle détaxe, internationale par essence. Mais, les professionnels restent malgré tout optimistes.

Rappelons que la France possède d'indéniables atouts touristiques. Entre mer, montagne et campagne, elle offre une variété de paysages sans égal, avec, par ailleurs, une gamme d’hébergements très large qui s’adapte à tous types de budgets. Sans compter l’attractivité incroyable de l’outre-mer. Les tour-opérateurs français en sont conscients. En témoigne la décision de Soléa de lancer les Antilles dès cet été. « Nous sommes spécialistes des îles, avec également une production sur l’Afrique et les Emirats. Je crois beaucoup dans un équilibre entre l’Est et l’Ouest et j’ai trouvé judicieux de lancer les Antilles », résume Alexandre Espitalier Noël, directeur général de Solea sur TourMaG.com. Une initiative renforcée par l’annonce de la levée de la septaine en outre-mer. « L’objectif est que les territoires ultramarins ne restent pas sous cloche trop longtemps », explique ainsi un membre du cabinet d’Annick Girardin, ministre des Outre-mer, toujours sur TourMaG.com.

 Jean-Pierre Nadir : « Le client paiera en fonction de sa consommation énergétique  »

Mais, si reprise du tourisme il y a dans les prochaines semaines, le secteur devra évoluer. Ses acteurs misent de plus en plus sur l’éco-responsabilité. « Nous n’étions pas présents sur cet aspect et nous avons décidé de créer un label éco-responsable pour les établissements hôteliers », poursuit le directeur général de Solea. De son côté, Jean-Pierre Nadir, président d’EasyVoyage, prône davantage de sobriété pour le secteur. « Le tourisme de l’avenir consiste à payer non pas ce que l’on nous propose mais ce que nous consommons, prévoit-il dans un article de L’ObsLe client paiera en fonction de sa consommation énergétique, soit de son empreinte carbone. »

Une prédiction qui, si elle venait à se réaliser, remettrait en question le fonctionnement du tourisme de masse des dernières décennies. Finis les séjours au rabais à l’autre bout du monde avec des prestations low-cost. Les touristes voyageraient plus près de chez eux, avec des modes de transport plus respectueux de l’environnement. Quant aux professionnels, ils adapteraient leurs offres et s’intéresseraient plus à tout ce que la France peut offrir pour des vacances de grande qualité.

2020 marquera ainsi l’avènement d’une nouvelle façon de voyager, plus raisonnée et durable : le tourisme en circuit-court.


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