En six mois, l'État français a dépensé 106,8 milliards d'euros de plus qu'il n'a encaissé. Six mois. La moitié d'une année. Et pendant ce temps, le CAC 40 bat des records. Deux France se regardent en chiens de faïence : celle qui crée de la richesse, et celle qui la dévore.
106,8 Mds€
Le déficit de l'État français au premier semestre 2026, en dégradation par rapport à la même période en 2025.
Le trou noir de l'été
Il y a des chiffres qui devraient déclencher une alarme nationale, interrompre les journaux télévisés, provoquer une convocation d'urgence du Parlement. 106,8 milliards d'euros de déficit en six mois : c'est l'un de ces chiffres. Mais non. La nouvelle est tombée ce mardi 4 août comme une pierre dans l'eau tiède d'un mois d'août assoupi. Quelques lignes dans la presse, un haussement d'épaules place Beauvau, et on passe à autre chose.
Permettez-moi de mettre ce chiffre en perspective. 106,8 milliards d'euros, c'est davantage que le budget annuel de l'éducation nationale. C'est plus de deux fois le budget de la défense. En six mois, l'État a creusé un gouffre que nos enfants, et probablement leurs enfants, devront combler. Et ce n'est pas une surprise tombée du ciel : c'est une dégradation par rapport au premier semestre 2025. Nous reculons, méthodiquement, semestre après semestre, comme si la faillite progressive était une politique assumée.
Force est de constater que personne, ou presque, n'ose nommer la réalité : l'État français dépense structurellement au-delà de ses moyens, non pas parce qu'il manque de recettes — la pression fiscale française est parmi les plus lourdes d'Europe — mais parce qu'il est incapable de réformer sa dépense.
Pendant ce temps, les entreprises font leur travail
Regardons l'autre côté du miroir. Ce même mardi, le CAC 40 franchit un nouveau record à 8 669 points. Les entreprises françaises cotées créent de la valeur, attirent des investisseurs, s'adaptent. Et, cerise sur le gâteau, 83 % d'entre elles ont décidé de lier les augmentations de salaires aux performances individuelles. Voilà une révolution silencieuse que je salue : la fin du saupoudrage égalitariste, la reconnaissance du mérite, la logique de responsabilité qui s'impose enfin dans les ressources humaines.
Je pense que c'est précisément ce dont la France a besoin à grande échelle : récompenser ce qui fonctionne, couper ce qui ne sert à rien. Les entreprises l'ont compris. L'État, lui, continue de fonctionner à l'envers — protéger les structures existantes, entretenir les corporatismes, financer des dispositifs dont personne n'évalue sérieusement l'efficacité.
En Suisse ou aux Pays-Bas, la règle d'or budgétaire n'est pas un slogan de campagne présidentielle : c'est une contrainte juridique réelle. Le résultat ? Des comptes publics tenus, une dette maîtrisée, une crédibilité internationale préservée. Édouard Philippe remet ce sujet sur la table pour 2027 — soit. Mais une règle sans culture de la rigueur n'est qu'un habillage.
Le réveil ou le naufrage
La question n'est plus de savoir si la France peut se payer son État tel qu'il existe. Elle ne le peut plus — les chiffres le prouvent semestriellement. La question est de savoir si nos dirigeants auront le courage politique de dire la vérité aux Français : nous dépensons 106 milliards de trop tous les six mois, et personne n'a de baguette magique pour financer cela indéfiniment.
Les marchés, eux, seront moins patients que les électeurs. Le jour où les taux d'intérêt sur notre dette bondiront pour de bon — et ce jour viendra — il sera trop tard pour les demi-mesures. Réformer coûte politiquement. Ne pas réformer coûtera économiquement. À nous de choisir — avant que le choix ne soit fait à notre place.

