Faut-il autoriser les boulangeries à faire travailler leurs salariés le 1er mai ? La question, longtemps cantonnée à des contentieux locaux, s’est imposée dans le débat public après les déclarations d’Emmanuel Macron. Soutenus par une partie de la profession, les artisans boulangers plaident pour un assouplissement du cadre légal. En face, syndicats et partis de gauche dénoncent une remise en cause d’un symbole social fort : la fête du Travail.
1er mai : Emmanuel Macron relance le débat sur l’ouverture des boulangeries

Jour férié et chômé par principe, le 1er mai bénéficie en France d’un statut juridique unique. Pourtant, chaque année, la même question ressurgit : certains commerces de proximité, en particulier les boulangeries, peuvent-ils ouvrir sans risquer de sanctions ? Le 5 janvier 2026, la prise de position du chef de l’État a ravivé une controverse mêlant droit du travail, activité économique et symbole social, plaçant les boulangers au cœur d’un débat bien plus large que la simple vente de pain.
1er mai : un cadre légal strict, source de tensions pour les boulangeries
Le Code du travail fait du 1er mai le seul jour férié obligatoirement chômé et payé pour les salariés, sauf exceptions très limitées. Dans les faits, cela signifie que les employeurs ne peuvent pas, en principe, faire travailler leurs salariés ce jour-là, y compris dans le commerce de proximité.
Cette règle pose un problème concret pour les boulangers. Beaucoup d’entre eux soulignent que la demande des consommateurs reste forte, notamment dans les zones touristiques ou urbaines. Ouvrir sans salariés, en travaillant seul ou en famille, est parfois possible, mais souvent insuffisant pour répondre à l’affluence. Plusieurs artisans ont déjà été verbalisés ou menacés de sanctions, alimentant un sentiment d’insécurité juridique dans la profession.
Volontariat, encadrement et recours au droit : la ligne défendue par les boulangers
Face à cette situation, les représentants de la profession défendent une évolution encadrée des règles. Selon nos confrères de BFMTV, ils estiment que le droit existant permet déjà de traiter les dérives éventuelles. « S’il y a des abus, il y a les prud’hommes pour ça », explique Dominique Anract, président de la confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie, plaidant pour une approche fondée sur le volontariat des salariés et le respect des contreparties prévues par le droit du travail.
Pour ces artisans, autoriser le travail le 1er mai ne signifierait pas une obligation généralisée, mais une liberté supplémentaire, laissée à l’appréciation des employeurs comme des salariés. L’objectif affiché est d’éviter les contournements actuels et de mettre fin à une situation jugée hypocrite par une partie de la profession.
Ce qu’a exactement dit Emmanuel Macron le 5 janvier
Le 5 janvier, lors de la traditionnelle réception de l’Épiphanie à l’Élysée, Emmanuel Macron a pris position sur la question du travail le 1er mai, en plaidant pour une évolution du cadre légal applicable aux commerces de proximité. « Il faut donner de la sécurité juridique », a déclaré le chef de l’État, estimant que certaines situations actuelles exposent inutilement les artisans à des sanctions, selon Le Parisien.
Le président a également insisté sur la nécessité de préserver le volontariat des salariés et d’adapter leur rémunération, tout en soulignant une forme de contradiction collective : « Beaucoup de ceux qui défendent le caractère chômé du 1er mai vont quand même acheter du muguet ou du pain ce jour-là », peut-on lire dans le quotidien. Pour Emmanuel Macron, l’enjeu consiste donc à mieux encadrer une pratique déjà existante, plutôt que de maintenir une interdiction source de tensions et de contentieux.
Syndicats et opposition politique montent au créneau
Ces déclarations ont immédiatement suscité de vives réactions. La CGT et La France Insoumise dénoncent une remise en cause du caractère chômé du 1er mai, rappelant la portée symbolique de cette journée dans l’histoire sociale française.
Selon RMC, ces organisations estiment que la notion de volontariat est insuffisante pour protéger les salariés, en particulier dans les petites entreprises, où le rapport de force peut être déséquilibré. Le débat dépasse ainsi largement le seul cas des boulangeries et interroge l’évolution plus globale du droit du travail.
