Le nombre de demandeurs d'emploi sans activité repart à la hausse au deuxième trimestre 2026, avec 3,323 millions d'inscrits à France Travail. Les jeunes et les seniors paient le prix fort. Pendant ce temps, aux États-Unis, le plein-emploi tient bon. La comparaison est cruelle — et instructive.
1,5 million
C'est le nombre de demandeurs d'emploi de plus de 50 ans inscrits à France Travail au second trimestre 2026, un chiffre que le gouvernement est incapable de faire reculer.
Le retour du chômage : une mauvaise nouvelle qu'on essaie de noyer
Force est de constater que quand les chiffres sont mauvais, la communication officielle travaille d'arrache-pied pour les rendre présentables. Hier, Le Monde titrait sur une hausse du chômage "en trompe-l'œil". Traduction : 3,323 millions de Français sans aucune activité inscrits à France Travail, en hausse de 0,8 % au deuxième trimestre 2026, mais ne vous inquiétez pas, les experts appellent à "la prudence dans l'interprétation".
Je veux bien de la prudence. Mais je voudrais surtout un peu de lucidité.
La réalité, c'est qu'après une légère accalmie au premier trimestre — une baisse de 1,2 % qui avait fait l'objet de communiqués triomphants — le chômage repart à la hausse. Et pas seulement chez les actifs en pleine force de l'âge. Les jeunes sont touchés de manière "plus marquée", selon les termes pudiques de France Travail. Les seniors, eux, se retrouvent à 1,5 million à chercher un emploi sans en trouver. Ce n'est pas un trompe-l'œil. C'est un échec structurel.
Seniors et jeunes : les deux victimes d'un marché du travail sclérosé
Pourquoi la France est-elle incapable de faire reculer durablement le chômage des seniors et des jeunes ? La réponse est simple, même si elle est politiquement inconfortable : notre marché du travail est l'un des plus rigides d'Europe occidentale.
Embaucher en France, c'est prendre un risque juridique et financier considérable. Les entreprises le savent. Alors elles temporisent, elles recourent à l'intérim, aux CDD, aux stages. Les seniors, jugés "trop chers" au regard des grilles de salaires et des cotisations qui s'accumulent avec l'ancienneté, se retrouvent écartés dès 52 ou 55 ans, parfois sans jamais retrouver un emploi stable avant la retraite. Les jeunes, eux, patientent à la porte d'entreprises qui n'osent pas franchir le pas d'un CDI.
Comparez avec l'Allemagne, où le taux d'emploi des 55-64 ans dépasse 73 %, contre à peine 56 % en France. Ou avec les Pays-Bas, où la flexibilité du marché du travail combinée à une vraie protection sociale a permis de maintenir un chômage structurellement bas. Le modèle existe. La volonté politique, elle, est toujours aux abonnés absents.
Pendant ce temps, outre-Atlantique...
Pendant que la France se débat avec ses 3,3 millions de chômeurs, les États-Unis affichent un taux de chômage stabilisé autour de 4,2 %, avec des créations de postes qui restent dynamiques malgré un contexte mondial incertain. Ce n'est pas un miracle. C'est le résultat d'un marché du travail plus souple, d'une fiscalité moins confiscatoire sur les entreprises, et d'une culture de l'embauche qui ne transforme pas chaque recrutement en parcours du combattant administratif.
Je ne dis pas que le modèle américain est parfait — loin de là. Mais la comparaison interroge. Quand baissera-t-on enfin les charges sur les bas et moyens salaires pour rendre l'embauche attractive ? Quand simplifiera-t-on le droit du licenciement pour que les entreprises osent recruter sans craindre de ne plus pouvoir s'adapter ?
Tant que ces questions resteront sans réponse courageuse, les chiffres du chômage continueront de progresser — avec ou sans note de bas de page pour les rendre "moins pires".

