Nationalité française : Retailleau durcit l’accès dans sa nouvelle circulaire

Un document administratif au contenu dense, une orientation plus ferme, et des critères redéfinis : derrière la dernière circulaire de Bruno Retailleau se dessinent les contours d’un changement significatif dans la politique de naturalisation française.

Jade Blachier
By Jade Blachier Published on 7 mai 2025 15h45
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nationalite-francaise-retailleau-durcit-acces - © Economie Matin
66 745L’année 2024 a enregistré un total de 66 745 naturalisations.

Le 5 mai 2025, Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, a signé une nouvelle circulaire adressée aux préfets, introduisant une série de modifications dans les conditions d’accès à la naturalisation. Présentée comme un outil de rationalisation et de souveraineté, cette circulaire vise à recentrer l’attribution de la nationalité française autour de critères jugés plus exigeants en matière d’intégration, de stabilité financière et d’attachement aux valeurs républicaines.

Naturalisation : une souveraineté réaffirmée par le ministère de l’Intérieur

Le texte, qui s’étend sur cinq pages, est accompagné de la Charte des droits et des devoirs du citoyen français. Il rappelle de manière explicite que la naturalisation ne constitue pas un droit en soi, mais une décision relevant de la souveraineté de l’État. « La jurisprudence établit la naturalisation non comme un droit, mais comme une décision souveraine du gouvernement », souligne Bruno Retailleau dans le document transmis aux préfets.

La circulaire demande aux autorités préfectorales d’appliquer ces nouvelles orientations avec rigueur, tout en établissant un rapport d’étape d’ici trois mois afin d’en évaluer la mise en œuvre concrète sur le terrain. Cette initiative s’inscrit dans une logique de pilotage administratif renforcé, sans toutefois nécessiter de changement législatif.

Un resserrement des critères autour de l’assimilation et de l’autonomie

Dans cette nouvelle mouture, plusieurs axes de révision ont été définis. D’abord, le niveau de maîtrise du français requis pour accéder à la naturalisation sera relevé, en cohérence avec les dispositions de la loi Darmanin évoquées dans le texte. Le demandeur devra également prouver une adhésion pleine et entière aux principes fondamentaux de la République.

Par ailleurs, les préfets sont invités à porter une attention particulière à la régularité du parcours du candidat. Tout séjour irrégulier documenté pourra désormais constituer un motif de refus. Le document met également en avant la nécessité d’une insertion professionnelle sur cinq années consécutives, critère qui devient central dans l’évaluation des dossiers. À cela s’ajoute l’obligation de justifier de ressources suffisantes et stables, explicitement exclues des prestations sociales. L’ensemble de ces éléments est présenté comme garantissant l’autonomie du demandeur, condition posée comme préalable à toute naturalisation.

Des chiffres en hausse, une gestion plus stricte ?

L’année 2024 a enregistré un total de 66 745 naturalisations, toutes procédures confondues, soit une hausse de 8,3 % par rapport à 2023. Cette augmentation s’expliquerait en partie, selon les services du ministère de l’Intérieur, par une reprise d’activité après les perturbations administratives observées l’année précédente. Ce volume est mis en perspective par les auteurs de la circulaire pour justifier le durcissement des critères : il s’agirait de restaurer un équilibre entre nombre de demandes et capacité d’évaluation rigoureuse.

Pour Bruno Retailleau, ce texte entend redonner à la naturalisation sa portée symbolique et civique, dans un contexte où l’acte d’intégrer juridiquement un citoyen étranger à la communauté nationale demeure hautement politique. La notion d’exemplarité du parcours, introduite dans la circulaire, vise à souligner que la naturalisation n’est pas une formalité mais un engagement.

Des réactions encore limitées, entre attentisme et réserve

Si certains titres de presse ont évoqué des interrogations sur la constitutionnalité de certaines dispositions, les réactions institutionnelles restent à venir.

Ce silence pourrait refléter une phase d’analyse, ou résulter d’un décalage dans le calendrier de réaction publique. Il est également possible que les modalités concrètes d’application de la circulaire soient attendues avant toute prise de position formelle. Dans un climat politique où les réformes migratoires s’enchaînent, la capacité de mobilisation immédiate semble s’émousser, même dans les cercles historiquement critiques.

Jade Blachier

Diplômée en Information Communication, journaliste alternante chez Economie Matin.

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