Expiration de New START : Vers une nouvelle course aux armements nucléaires ?

La fin du traité nucléaire New START entre les États-Unis et la Russie marque un tournant stratégique majeur. Pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, les deux premières puissances atomiques se retrouvent sans cadre juridiquement contraignant pour limiter leurs arsenaux nucléaires. Cette expiration alimente les craintes d’une nouvelle course à l’armement nucléaire, dans un contexte international déjà fragilisé par la guerre.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 5 février 2026 7h34
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90%Les États-Unis et la Russie détiennent à eux seuls environ 90 % des armes nucléaires mondiales.

Le 5 février 2026, le traité nucléaire New START, dernier accord de contrôle des armements liant les États-Unis et la Russie, est officiellement arrivé à expiration. Signé en 2010 et entré en vigueur en 2011, cet accord structurant encadrait depuis quinze ans les forces nucléaires stratégiques des deux pays. Sa disparition ouvre une période d’incertitude profonde pour l’équilibre nucléaire mondial et pour la sécurité internationale.

Armement nucléaire : ce que prévoyait l’accord entre les USA et la Russie

Le traité nucléaire New START constituait le socle central du contrôle de l’armement stratégique entre les USA et la Russie. Il limitait strictement le nombre d’ogives nucléaires stratégiques déployées à 1 550 par pays, selon les termes du traité rappelés par Reuters. À cette contrainte s’ajoutait un plafond de 700 vecteurs nucléaires déployés, incluant missiles balistiques intercontinentaux terrestres, missiles balistiques lancés depuis des sous-marins et bombardiers lourds, éléments clés de la dissuasion nucléaire moderne.

Au-delà des chiffres, le traité nucléaire imposait également une architecture de transparence et de vérification inédite. Des inspections mutuelles sur place, des échanges de données réguliers et des notifications obligatoires permettaient de limiter les risques de malentendus stratégiques. Selon l’Arms Control Association, ces inspections autorisaient même le comptage direct des ogives sur certains missiles, une avancée rare dans l’histoire du contrôle de l’armement nucléaire. Ce dispositif renforçait la prévisibilité, réduisait les soupçons et contribuait à stabiliser la relation stratégique entre les deux adversaires historiques de la guerre froide.

Cependant, ce mécanisme s’est progressivement dégradé. Les inspections ont été suspendues en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, avant que la Russie ne suspende officiellement sa participation au traité en février 2023, selon l’Associated Press. Dès lors, le cadre nucléaire est resté juridiquement en place mais pratiquement affaibli, jusqu’à son expiration formelle début février 2026.

Pourquoi la fin du traité inquiète les experts

L’expiration du traité nucléaire New START intervient dans un contexte de guerre en Ukraine, de tensions accrues entre la Russie et l’Occident et de défiance stratégique durable entre Washington et Moscou. Pour de nombreux experts en défense, cette combinaison crée un terrain propice à une nouvelle dynamique d’armement nucléaire. Reuters souligne que, sans traité, il n’existe désormais plus aucun obstacle juridique empêchant les deux pays d’augmenter rapidement le nombre de leurs ogives nucléaires déployées.

Selon le SIPRI, les États-Unis et la Russie détiennent à eux seuls environ 90 % des armes nucléaires mondiales. Cette concentration donne à leurs décisions un poids systémique. La disparition des limites imposées par New START réduit la transparence et la prévisibilité des postures nucléaires, deux éléments essentiels pour éviter les escalades accidentelles. Le Bulletin of the Atomic Scientists rappelle que la Russie n’a plus communiqué de données détaillées sur ses forces stratégiques depuis septembre 2022, tandis que les États-Unis ont cessé de publier leurs chiffres agrégés depuis mai 2023.

Les déclarations politiques accentuent cette inquiétude. Dmitri Medvedev, ancien président russe, a estimé début février 2026 que laisser expirer le traité nucléaire devait « alarmer tout le monde », selon Reuters. Du côté américain, Donald Trump a déclaré que « si le traité expire, il expire », illustrant le manque de consensus politique autour de la poursuite du contrôle des armements nucléaires. Ces prises de position nourrissent la crainte d’un retour à une logique de confrontation stratégique sans garde-fous.

À ces risques s’ajoute la dimension économique. Le Congressional Budget Office estime que les États-Unis pourraient dépenser près de 1 000 milliards de dollars entre 2025 et 2034 pour moderniser et maintenir leurs forces nucléaires.

Expiration du traité New START : une nouvelle course aux armements ?

La fin du traité nucléaire New START ne concerne pas uniquement les USA et la Russie. Elle envoie un signal stratégique global, susceptible d’influencer d’autres puissances nucléaires. Le SIPRI observe que la Chine, dont l’arsenal est estimé à environ 600 ogives aujourd’hui contre 300 il y a cinq ans, pourrait dépasser le seuil des 1 000 ogives d’ici 2030, selon des évaluations du Pentagone rapportées. Dans un monde sans cadre bilatéral fort entre Washington et Moscou, Pékin pourrait se sentir moins incité à la retenue.

Les conséquences se font également sentir sur la sécurité européenne. Le think tank britannique Royal Institue of International Affairs souligne que l’absence de traité nucléaire juridiquement contraignant accroît les incertitudes stratégiques sur le continent, alors même que la guerre en Ukraine a ravivé les craintes liées à l’emploi potentiel de l’arme nucléaire. Les mécanismes de confiance, déjà fragilisés, disparaissent progressivement, laissant place à une logique de dissuasion plus opaque et potentiellement plus instable.

Plusieurs organisations spécialisées alertent sur les effets à long terme. Le Center for Arms Control and Non-Proliferation rappelle que l’arsenal nucléaire mondial a diminué de plus de 80 % depuis le pic de la guerre froide, une tendance largement soutenue par les traités successifs entre les USA et la Russie. La disparition de New START pourrait inverser cette dynamique. L’Union of Concerned Scientists estime même que, sans contraintes mutuelles, les deux pays pourraient déployer des centaines d’armes nucléaires supplémentaires en quelques années, relançant une course aux armements coûteuse et dangereuse.

Face à cette situation, des appels diplomatiques se multiplient. Le pape Léon XIV a exhorté début février 2026 les deux puissances à ne pas laisser expirer le traité nucléaire, qualifiant l’accord d’outil essentiel pour la paix mondiale, relaye Reuters. L’Organisation des Nations unies a également décrit cette expiration comme un « moment grave pour la paix et la sécurité internationales », appelant à un retour aux négociations. Toutefois, à ce stade, aucune discussion structurée n’a été annoncée pour remplacer New START ou instaurer un nouveau cadre de contrôle de l’armement nucléaire.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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