Le travail est censé garantir un niveau de vie décent et assurer le pouvoir d’achat. Pourtant, une large majorité de Français doutent aujourd’hui de ce lien. Un sondage Elabe pour BFMTV montre une fracture profonde entre l’effort fourni et les revenus perçus, au point de remettre en cause le contrat social autour du travail.
Pouvoir d’achat : seul 1 Français sur 4 gagne assez pour vivre

Pour 1 Français sur 5, ses revenus ont diminué en termes réels
Le constat est net : selon un sondage Elabe pour BFMTV, 77% des Français estiment que le travail ne paie pas suffisamment en France aujourd’hui, tandis que seulement 23% jugent que le travail permet réellement de s’en sortir. Autrement dit, le travail n’apparaît plus comme un rempart efficace contre la perte de pouvoir d’achat. Cette perception s’enracine dans une réalité quotidienne où, malgré l’emploi, les revenus peinent à suivre la hausse des prix. Ainsi, même en travaillant, de nombreux ménages ont le sentiment de faire du surplace, voire de reculer.
Cette défiance est renforcée par l’expérience récente des actifs. Sur les trois dernières années, 37% des actifs déclarent que leurs revenus ont seulement suivi l’inflation, sans gain réel de pouvoir d’achat, tandis que 18% affirment avoir vu leurs revenus diminuer en termes réels. À l’inverse, seuls 5% estiment que leurs revenus ont progressé plus vite que l’inflation. Dès lors, le travail apparaît moins comme un levier d’ascension sociale que comme un effort nécessaire pour maintenir un équilibre fragile. Par conséquent, la promesse économique associée au travail semble s’affaiblir, nourrissant un sentiment d’injustice.
Travailler plus pour gagner plus : une promesse en question
L’idée selon laquelle travailler davantage permettrait mécaniquement d’augmenter ses revenus reste ancrée dans le débat public. Pourtant, le sondage Elabe pour BFMTV nuance fortement cette vision. Seuls 14% des Français pensent que travailler plus permettrait d’augmenter fortement leurs revenus et d’améliorer significativement leur niveau de vie. En revanche, 46% jugent que cet effort supplémentaire n’apporterait que des gains marginaux, tandis que 40% considèrent qu’il n’aurait pas d’impact notable. Ainsi, le travail supplémentaire n’est plus perçu comme une solution évidente à la baisse du pouvoir d’achat.
Dans ce contexte, les Français privilégient d’autres stratégies. 51% estiment que réduire leurs dépenses ou optimiser leur budget est le moyen le plus efficace pour améliorer leur niveau de vie, loin devant le fait de travailler plus, cité par 28%. Ce basculement est révélateur : le travail, autrefois central, cède du terrain face à la contrainte budgétaire.
Toutefois, cela ne signifie pas un rejet de l’effort. Au contraire, 69% des salariés se disent prêts à effectuer des heures supplémentaires, et 70% seraient disposés à prendre davantage de responsabilités, selon le même sondage. Mais cet engagement est conditionné à une contrepartie financière jugée crédible, ce qui n’est plus toujours le cas aujourd’hui.
Inflation, cotisations, profits... : d'après les Français, les salaires sont grignotés de toutes parts
Lorsqu’ils sont interrogés sur les raisons pour lesquelles le travail ne paie pas suffisamment, les Français désignent d’abord des facteurs macroéconomiques. 63% citent une inflation plus rapide que les salaires. Cette explication domine largement, traduisant l’impact direct de la conjoncture sur le pouvoir d’achat. Vient ensuite le coût du travail pour les employeurs, pointé par 60% des répondants, qui est perçu comme un frein à l’augmentation des revenus nets. Ainsi, même lorsque la richesse est produite par le travail, elle ne se traduirait pas pleinement dans la rémunération.
D’autres facteurs complètent ce diagnostic. 44% des Français estiment que les entreprises privilégient les profits au détriment des salaires, tandis que 42% jugent que le modèle de protection sociale pèse trop lourdement sur les rémunérations. Plus loin, 31% évoquent la mondialisation et la concurrence internationale, 21% la productivité jugée insuffisante, et 20% estiment que les Français ne travaillent pas assez. Enfin, le décalage entre salaire brut et salaire net cristallise le malaise : 71% des Français considèrent cet écart comme trop important, après avoir été informés de son niveau moyen. Ce chiffre alimente l’idée que le travail est insuffisamment récompensé une fois les prélèvements appliqués.
