Depuis 2020, les automobilistes français ont vu leur pouvoir d’achat se heurter de plein fouet à un mur tarifaire. Le prix moyen d’un véhicule neuf est passé de 28 000 à 35 000 euros en l’espace de quatre ans. Une hausse de 25 % qui ne saurait être uniquement imputée aux coûts de production ou à la pénurie de composants. Selon une étude publiée le 23 mai 2025 par l’Institut Mobilité en Transition (IMT), la moitié de cette envolée s’explique par les manœuvres commerciales des constructeurs eux-mêmes.
Pourquoi les voitures neuves coûtent de plus en plus cher

Et ce n’est pas une spéculation : « Les stratégies des constructeurs expliquent la moitié des hausses de prix record (des voitures neuves) enregistrées sur le marché automobile depuis 2020 », affirment Jean-Philippe Hermine et Clément Dupont-Roc, co-auteurs de l’étude. Ils détaillent : 8 % d’augmentation proviennent de la montée en gamme volontaire, 4 % des simples hausses tarifaires. En comparaison, l’inflation liée aux matières premières et à l’énergie ne représente que 6 %.
Les constructeurs automobiles fixent aussi les prix
En pleine crise des semi-conducteurs, l’offre s’est raréfiée, créant un effet de rareté. Résultat : entre 2020 et 2023, les constructeurs automobiles ont bénéficié d’un « pouvoir de prix » inédit dans un marché traditionnellement ultra-concurrentiel. Et ils n’ont pas laissé passer l’occasion. « Cette parenthèse enchantée (pour les constructeurs) s’est refermée », observe l’universitaire Bernard Jullien dans des propos rapportés par Les Echos. Les marques d’entrée de gamme sont celles qui ont le plus tiré sur la corde.
Dacia, longtemps championne du rapport qualité/prix, a vu ses tarifs s’envoler plus que toute autre marque. Même Skoda, pourtant perçue comme une marque « accessible », a emboîté le pas. À l’opposé, des constructeurs haut de gamme comme Audi ou Mercedes ont freiné leurs hausses pour ne pas perdre pied face à Tesla, qui a cassé les prix de ses véhicules électriques de 15 % entre 2020 et 2024.
Voitures neuves : un marché devenu inaccessible pour les classes moyennes
Le choc est brutal pour les foyers français. En 2020, les 40 % de ménages les moins aisés achetaient encore 43 % des voitures neuves. En 2024, cette proportion est tombée à 30 %. « Les classes populaires et moyennes sont en train d’être évincées du marché du neuf », avertit Clément Dupont-Roc. En s’éloignant des segments abordables, les constructeurs ont consciemment déserté les citadines bon marché, comme la Twingo.
À la place, l’industrie a misé sur les SUV familiaux, plus lucratifs mais hors de portée pour de nombreux ménages. Renault, qui s’était fait connaître avec ses citadines, a vu le prix moyen de ses modèles bondir de 32 % en quatre ans. Mercedes a quant à elle tenté un repositionnement dans le luxe, avec à la clé une hausse tarifaire de 44 %. Cette transformation stratégique s’est faite au détriment de l’accessibilité. Une rupture de contrat social entre industrie et consommateurs ?
Derrière l’explosion des prix, ce ne sont pas seulement les courbes de l’inflation qui s’envolent. Ce sont aussi les lignes de fracture sociale qui se creusent. Le véhicule neuf, longtemps symbole d’ascension sociale, devient un luxe. L’étude de l’IMT le rappelle avec insistance : cette trajectoire n’a rien d’inéluctable. « La voie de l’explosion des prix
