BYD sur le point de détrôner Tesla : le nouvel empire de la voiture électrique

Alors que le marché mondial des voitures électriques continue de croître, BYD s’apprête à ravir à Tesla sa couronne de numéro un du tout-électrique en 2025. Ce basculement s’explique par une avance massive en volumes, une stratégie industrielle millimétrée et un contexte beaucoup moins favorable pour Tesla, notamment en Europe et aux États-Unis.

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By Adélaïde Motte Published on 29 décembre 2025 12h06
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BYD sur le point de détrôner Tesla : le nouvel empire de la voiture électrique - © Economie Matin

En cette fin d’année 2025, le paysage de la voiture électrique bascule clairement en faveur de BYD, désormais en passe de dépasser Tesla sur les ventes mondiales. Entre janvier et fin novembre 2025, le groupe a déjà écoulé plus de deux millions de véhicules 100 % électriques, un niveau qui rend très improbable un retour de Tesla dans le classement annuel. Dans le même temps, les livraisons du constructeur américain ralentissent, alors même que le marché global des véhicules électriques poursuit sa progression.

BYD distance Tesla sur les volumes de voitures électriques

La dynamique est nette : BYD a pris une longueur d’avance décisive sur Tesla en 2025. Sur les neuf premiers mois de l’année, le groupe a vendu environ 1,606 million de véhicules électriques à batterie, contre 1,218 million pour Tesla, soit un avantage d’environ 388 000 unités en faveur du groupe chinois. Ces chiffres, issus des données de livraison communiquées par les constructeurs, montrent que BYD ne se contente plus de rattraper Tesla, il le dépasse durablement.

L’avance de BYD s’est encore creusée à l’automne. À fin novembre 2025, le groupe de Shenzhen avait vendu précisément 2 066 002 véhicules entièrement électriques dans le monde, devenant le premier constructeur à franchir ce seuil sur une seule année. Tesla, lui, reste nettement en dessous : à fin septembre, ses ventes cumulées atteignaient environ 1 217 902 véhicules, malgré un troisième trimestre solide à près de 497 100 livraisons, soit environ 7 % de plus sur un an. Même en retenant les scénarios les plus optimistes des analystes, qui voient Tesla livrer entre 415 000 et 449 000 véhicules au quatrième trimestre, BYD conservera une avance confortable.

BYD, une stratégie industrielle agressive face aux vents contraires de Tesla

Si BYD parvient à dépasser Tesla, c’est d’abord grâce à une stratégie industrielle très agressive. le groupe combine une offre large de véhicules 100 % électriques et d’hybrides rechargeables, ce qui lui permet de capter une clientèle hésitant encore à passer au tout-électrique. En parallèle, il maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur, des batteries aux véhicules finis, ce qui lui donne un avantage coût décisif. Comme le souligne l’analyste Jing Yang, BYD fait partie des pionniers dans l’installation à l’étranger de capacités de production et de chaînes d’approvisionnement pour véhicules électriques. En clair, l'entreprise construit déjà des usines et des réseaux logistiques hors de Chine pour absorber les hausses de droits de douane et continuer à proposer des prix compétitifs.

Cette stratégie d’internationalisation permet à BYD de compenser le ralentissement de son marché domestique. En novembre 2025, ses ventes en Chine ont légèrement reculé, mais le constructeur a exporté environ 131 935 véhicules hors de Chine sur le seul mois, soit plus de 300 % de hausse en un an. Grâce à ce pivot, BYD progresse là où Tesla recule, notamment en Europe. Sur les onze premiers mois de 2025, les immatriculations de BYD sur le Vieux Continent ont presque triplé pour atteindre environ 42 500 véhicules. Dans le même temps, les voitures 100 % électriques représentent près de 19 % des ventes européennes, mais Tesla y perd du terrain.

BYD profite aussi des difficultés commerciales et d’image de Tesla

La progression de BYD s’explique aussi par les vents contraires qui frappent Tesla. Aux États-Unis, l’arrêt fin septembre 2025 d’un crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars, soit environ 6 750 euros, a déstabilisé la demande pour les véhicules électriques. Avant l’échéance, Tesla a bénéficié d’un appel d’air artificiel, les clients anticipant la fin de cette aide ; mais une fois le dispositif supprimé, les livraisons ont chuté. Plusieurs analystes de marché, comme Dan Ives, anticipent ainsi un quatrième trimestre plus faible pour Tesla, avec des livraisons autour de 400 000 véhicules, bien en deçà de la dynamique affichée par BYD. Ce type de coup de frein fiscal ne touche pas BYD de la même manière, le groupe s’appuyant sur des politiques nationales différentes et sur une base de clientèle très diversifiée à l’international.

En Europe, l’écart entre BYD et Tesla se creuse également, et pas seulement pour des raisons de prix. Selon les données d’immatriculation, Tesla a vendu environ 12 130 voitures neuves dans l’Union européenne en novembre 2025, contre 18 430 un an plus tôt. Sa part de marché est passée d’environ 2,1 % en 2024 à 1,4 % sur les onze premiers mois de 2025, alors même que l’ensemble des ventes de voitures électriques progressent d’environ 27 % sur la période. Autrement dit, dans un marché européen porteur, Tesla recule quand BYD avance. Par ailleurs, l’image de Tesla a été abîmée par la proximité affichée d’Elon Musk avec Donald Trump et certaines figures politiques extrêmes, ce qui a entraîné des manifestations, des dégradations de concessions et des appels au boycott dans plusieurs pays. BYD, lui, reste largement perçu comme un pur acteur industriel, ce qui rassure une partie des consommateurs et des investisseurs.

BYD, Tesla et la Bourse : un changement de leadership sous surveillance

Ce basculement au profit de BYD n’est pas sans conséquences pour la Bourse. Les investisseurs suivent de près la trajectoire des volumes, qui reste l’un des principaux moteurs de valorisation pour des groupes très exposés à la croissance comme BYD et Tesla. Le fait que BYD devienne le premier constructeur à franchir la barre des deux millions de véhicules électriques purement à batterie sur une année renforce son statut de champion de la mobilité zéro émission. À l’inverse, Tesla risque de voir la prime de croissance que lui accordaient les marchés se réduire si les livraisons stagnent autour de 1,6 à 1,65 million de véhicules en 2025. Les prévisions contrastées de banques comme Deutsche Bank, UBS ou TD Cowen sur les livraisons du quatrième trimestre illustrent ce climat d’incertitude autour de Tesla, tandis que BYD bénéficie d’une trajectoire plus lisible.

Pour autant, le match en Bourse reste ouvert entre avec Tesla. Les investisseurs savent que 2026 pourrait marquer une nouvelle étape pour Tesla avec le lancement annoncé du Cybercab, un robotaxi autonome dont la production doit démarrer en avril 2026, ainsi que de versions meilleur marché des Model 3 et Model Y destinées à relancer la demande. Ce pari sur la conduite autonome pourrait redonner un avantage technologique à Tesla face à BYD, plus concentré pour l’instant sur les volumes et les coûts. Mais, à court terme, le signal envoyé par le marché est clair : BYD a pris la main sur le terrain des ventes réelles, ce qui pèse sur les anticipations de croissance et donc sur la valorisation boursière relative des deux groupes.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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