Pour la première fois, les bébés de moins de cinq kilos ont un traitement approuvé contre le paludisme. Et ce n’est pas un détail. Derrière cette innovation : Novartis, huit pays africains et vingt ans de bataille médicale.
Paludisme : Novartis tient-il enfin la solution pour les nourrissons ?

Ils n’avaient rien. Pas de vaccin efficace. Pas de molécule adaptée. Jusqu’à aujourd’hui, les nouveau-nés exposés au paludisme devaient être soignés avec des médicaments pensés pour des enfants plus âgés. Résultat : un surdosage risqué, une efficacité incertaine, et des milliers de vies en sursis.
Novartis : un déploiement coordonné avec huit pays africains
Le 8 juillet 2025, la société pharmaceutique suisse Novartis a obtenu l’autorisation de l’agence Swissmedic pour son nouveau traitement contre le paludisme, baptisé Coartem Baby. Destiné aux nourrissons pesant entre 2 et 5 kilos, ce traitement constitue une première mondiale.
Cette nouvelle version du Coartem, médicament-phare du groupe depuis 1999, a été formulée spécialement pour répondre aux besoins cliniques des tout-petits. Soluble, aromatisée à la cerise et compatible avec le lait maternel, elle facilite l’administration même en conditions précaires.
Jusqu’alors, aucune solution thérapeutique homologuée ne visait les nourrissons pesant moins de 4,5 kilogrammes. Comme le précise Novartis dans son communiqué du 8 juillet 2025 : « Jusqu'ici, les nourrissons étaient traités à l'aide de formulations destinées aux enfants plus âgés, ce qui pouvait augmenter le risque de surdosage et de toxicité ».
L’approbation suisse n’est que la première étape. Huit États d’Afrique subsaharienne ayant participé à l’évaluation clinique (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Kenya, Malawi, Mozambique, Nigeria, Tanzanie et Ouganda) devraient suivre rapidement avec des procédures accélérées.
Cette stratégie commune s’appuie sur un mécanisme d’enregistrement collaboratif entre agences de régulation, visant à faciliter l'accès aux produits thérapeutiques dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Chaque année, selon Novartis, 30 millions d’enfants naissent dans des zones exposées au paludisme sur le continent africain. Et dans certaines régions, les taux d’infection chez les moins de six mois atteignent jusqu’à 18,4 %.
Le paludisme : un fléau toujours hors de contrôle
Le médicament a été développé avec Medicines for Malaria Venture (MMV), une organisation suisse à but non lucratif qui soutient la recherche contre le paludisme. L’objectif déclaré est clair : « mettre ce traitement à disposition sur une base largement non lucrative », selon les mots de Novartis.
Un accord de longue date lie le laboratoire à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour proposer ses antipaludiques à prix coûtant. Une nécessité dans une région où le coût reste souvent une barrière majeure à l’accès aux soins.
« Ensemble avec nos partenaires, nous sommes fiers d'être allés plus loin pour développer le premier traitement cliniquement prouvé contre le paludisme pour les nouveau-nés et les jeunes bébés », a déclaré Vas Narasimhan, PDG de Novartis.
En 2023, le paludisme (ou malaria) a touché 263 millions de personnes dans le monde, entraînant 597 000 décès, dont 76 % concernaient des enfants de moins de cinq ans. L’Afrique concentre 95 % de ces décès. Malgré les avancées vaccinales, notamment le vaccin RTS,S développé par GSK avec une efficacité estimée entre 48 et 67 %, les plus jeunes restent largement non protégés.
Face à cette vulnérabilité persistante, la solution de Novartis vient combler un vide. Le Coartem Baby ne remplace pas le vaccin, mais il offre une réponse immédiate et adaptée à un segment oublié de la population : les nouveau-nés exposés dès la naissance.