L’ONUSIDA (Programme commun des Nations unies sur le VIH/Sida) a publié un rapport le 10 juillet, révélant que plusieurs décennies de progrès dans la lutte contre le Sida sont sur le point de s’effondrer. Le rapport met en cause une série de coupes drastiques dans les financements internationaux, notamment ceux des États-Unis, principal bailleur de fonds historique du programme PEPFAR (President’s Emergency Plan for AIDS Relief). Ces réductions, brutales et sans préavis, frappent de plein fouet l’Afrique du Sud, pays qui concentre la plus importante population séropositive au monde.
Lutte contre le Sida : l’ONU alerte sur les conséquences des coupes américaines

Sida : l’alerte rouge d’ONUSIDA face aux coupes budgétaires américaines
Le rapport annuel d’ONUSIDA, présenté à Johannesburg, ne prend pas de pincettes. Il évoque une crise imminente aux conséquences dramatiques. Selon Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’agence onusienne, et dans des propos partagés par le site NPR : « si le monde ne comble pas ce déficit, nous estimons que six millions de personnes supplémentaires seront infectées au cours des quatre prochaines années. Nous pourrions avoir quatre millions de décès supplémentaires liés au Sida ».
Le retrait brutal du financement américain, annoncé en février par l’administration Trump, représente près de 50 % du budget d’ONUSIDA. Il s’agit du plus grand donateur de l’histoire du combat mondial contre le VIH. L’arrêt de ce soutien stratégique laisse derrière lui un vide financier abyssal, que les pays à revenu faible ou intermédiaire sont bien incapables de combler.
Sida : l’Afrique du Sud au bord du gouffre
Avec plus de 7,8 millions de personnes vivant avec le VIH, l’Afrique du Sud dépend largement du programme PEPFAR pour financer l’achat et la distribution de traitements antirétroviraux. Ces traitements sauvent chaque jour des milliers de vies, freinant la transmission du virus et stabilisant les patients. Aaron Motsoaledi, ministre sud-africain de la Santé, a exprimé son inquiétude lors de la conférence de lancement du rapport : « Cette dépendance à un seul pays, et quand ce pays se trouve dans une humeur négative, c’est le monde entier qui s’écroule. Oui, c’est effrayant ».
L’homme politique voit dans cette crise une incitation à reconfigurer le modèle de solidarité mondiale. Au sein des instituts de recherche sud-africains, le choc est tout aussi brutal. Des essais cliniques pionniers sur le VIH et la tuberculose sont suspendus. « La recherche menée ici a eu un impact mondial majeur », rappelle la docteure Helen Rees, responsable du Wits Reproductive Health and HIV Institute à Johannesburg. Son établissement, en première ligne des progrès thérapeutiques, est aujourd’hui confronté à un tarissement brutal de ses ressources.
Sida : quand « l’aide » devient une arme diplomatique
L’administration Trump justifie ce retrait par un virage stratégique, privilégier le commerce à « l’aide humanitaire ». Lors d’un sommet à Washington début juillet, l’ex-président des États-Unis souhaite en finir avec la charité en Afrique pour réorienter les relations bilatérales vers les échanges économiques. Mais pour Winnie Byanyima, cette posture est suicidaire : « Ce n’est pas de la charité. C’est résoudre ensemble un problème mondial. Tant qu’il persistera quelque part, il finira par nous rattraper ailleurs ».
Cette coupure soudaine, sans transition, a laissé peu de marge d’adaptation aux organismes de terrain. Nombeko Mpongo, militante de longue date à Cape Town, décrit l’impact personnel de cette rupture : « C’était comme une peine de mort… un volcan qui emportait tout. Mais j’ai réalisé que je devais me battre. Nous avons combattu ce virus auparavant. Nous le ferons encore, car l’espoir nous portera ».
