Ryanair quitte plusieurs aéroports français en protestation contre les taxes

Face à une hausse jugée insoutenable de la fiscalité aérienne, Ryanair décide de se retirer de plusieurs aéroports régionaux français. Une riposte économique lourde de conséquences pour les territoires concernés.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 30 juillet 2025 11h31
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Ryanair quitte plusieurs aéroports français en protestation contre les taxes - © Economie Matin
181%Ryanair dénonce une hausse de 181 % de la taxe de solidarité sur les billets d’avion

Le 30 juillet 2025, Ryanair a officiellement annoncé une réduction drastique de ses opérations en France, invoquant une fiscalité devenue incompatible avec le modèle low-cost. Cette décision prend effet dès la saison hivernale 2025-2026, et survient dans un contexte de hausse notable de la taxe de solidarité sur les billets d’avion. Cette mesure, présentée par le gouvernement comme une réponse écologique et budgétaire, provoque une onde de choc dans le secteur aérien.

Ryanair fustige une « taxe astronomique » et abandonne trois aéroports français

Ryanair, premier transporteur aérien en Europe en nombre de passagers, a annoncé la suppression de 25 routes en France et l’abandon complet de ses opérations dans trois aéroports : Bergerac (Dordogne), Brive (Corrèze) et Strasbourg (Bas-Rhin). La compagnie irlandaise invoque une hausse de 181 % de la taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA), entrée en vigueur le 1ᵉʳ mars 2025.

Selon son communiqué officiel, « cette taxe astronomique rend la France moins compétitive par rapport à d’autres pays de l’UE comme l’Irlande, l’Espagne ou la Pologne, qui n’imposent aucune taxe aérienne ». Le PDG de Ryanair, Michael O’Leary, a confirmé que cette décision affectera environ 750 000 sièges. Il déplore que la France « ne croît pas autant » comparée à d’autres marchés européens. La compagnie estime ses marges nettes à 2 % à 3 %, quand la taxe dépasse à présent ce niveau pour chaque billet vendu.

Une fiscalité en forte hausse qui pénalise la connectivité régionale

La TSBA, établie initialement en 2006 pour financer des programmes de santé internationaux (Unitaid), a été fortement revalorisée par la loi de finances 2025. Le montant est passé de 2,63 € à 7,40 € en classe économique pour les vols intra-européens. Il atteint 15 à 40 € pour les destinations plus lointaines et jusqu’à 120 € en classe affaires.

À titre de comparaison, le seuil de rentabilité moyen par billet pour un opérateur comme Ryanair est évalué à 6 € par passager, selon Thomas Juin, président de l’UAF (Union des Aéroports Français). Ce déséquilibre a conduit Ryanair à réduire sa capacité de 13 % pour la saison hivernale (novembre à mars).

Les conséquences ne tardent pas : l’aéroport de Strasbourg perd ses connexions vers Porto et Agadir, les dessertes de Brive et Bergerac sont tout bonnement annulées. Ces décisions fragilisent des régions déjà peu desservies. Volotea reste le seul opérateur majeur dans certaines de ces plateformes.

Les contre-effets d’une fiscalité environnementale mal calibrée

L’intention gouvernementale est claire : verdir l’aviation et dégager jusqu’à 850 millions d’euros annuels grâce à la nouvelle grille fiscale. Cependant, cette approche est loin de faire consensus.

L’Union des Aéroports Français et la FNAM (Fédération Nationale de l’Aviation et de ses Métiers) dénoncent un mécanisme sans étude d’impact fiable. Ils estiment qu’une telle surtaxe pourrait engendrer une baisse de 2 % du trafic et 11 500 suppressions d’emplois directs et indirects, soit une perte fiscale supérieure à 500 millions d’euros.

Le transport aérien représente aujourd’hui 33 milliards d’euros de valeur ajoutée et plus de 392 000 emplois en France. Il contribue à hauteur de 12,2 milliards d’euros par an aux recettes publiques. Les syndicats craignent une spirale où la taxation excessive décourage non seulement les compagnies mais également les passagers, avec un impact direct sur la desserte des territoires périphériques.

Une dynamique européenne déséquilibrée

Alors que le Royaume-Uni prélève environ 15 € par billet intra-UE, l’Allemagne 16 €, et les Pays-Bas jusqu’à 29 €, la France pratiquait jusqu’à présent une fiscalité bien plus modeste. La nouvelle taxe rapproche Paris de ses voisins, mais sans dispositif d’exception pour les aéroports secondaires, à l’inverse d’autres États membres.

Pour Ryanair, cette absence de modulation constitue une faute stratégique majeure : « Taxer à ce niveau sans prendre en compte les réalités régionales, c’est condamner certaines plateformes à l’isolement », dénoncent les représentants de la FNAM.

Avec la suppression de 25 lignes, Ryanair matérialise une menace de plus en plus fréquente dans l’aviation européenne. L’aérien, souvent pris pour cible dans les discours écologiques, reste pourtant un levier crucial pour la connectivité, le tourisme et l’attractivité locale.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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