Les Français sont-ils prêts à consacrer une partie de leur épargne à la défense nationale ? L’idée d’un livret d’épargne dédié à l’armement fait débat et les résultats d’un sondage récent révèlent des disparités marquantes entre les différentes catégories de la population française.
Épargne et défense : ce sondage révèle une fracture sociale

Le 6 mars 2025, une enquête ELABE pour Les Échos a montré une réticence des Français à financer la défense. Avec un contexte international marqué par le conflit en Ukraine et des tensions croissantes en Europe, la question de l'autonomie stratégique et du rôle des citoyens dans cet effort financier prend une nouvelle dimension.
Les catégories aisées, plus enclines à participer
Les cadres supérieurs et professions libérales sont les plus favorables à l'idée d'un produit d'épargne fléché vers la défense. Selon le sondage, 62% des hauts revenus considèrent ce type d'investissement comme un levier stratégique pertinent, notamment dans une logique de souveraineté économique. Leur capacité d'épargne plus importante, combinée à une perception différente des enjeux géopolitiques, explique en partie cette adhésion.
En revanche, les catégories populaires expriment une réticence bien plus forte. Employés et ouvriers (69%) considèrent que l'État doit réduire ses dépenses plutôt que de solliciter l'épargne des ménages. Avec un pouvoir d'achat sous tension, ces groupes voient la défense comme une priorité de l'État et non comme un effort supplémentaire à leur charge.
Or, le gouvernement ne peut pas faire l'économie des catégories moins aisées s'il veut lever des fonds suffisants pour la défense nationale. La perspective de voir un livret d'épargne dédiée à la défense boudé par une part importante de la population n'a rien de réjouissant. D'autant que les catégories aisées ne mettent pas tous leurs oeufs dans le même panier. Il est dès lors probable qu'ils ne mettent qu'une partie de leur épargne dans un livret dédié à la défense, réduisant d'autant les fonds récupérés par le gouvernement.
Les jeunes et les retraités face à la question de l'épargne militaire
L'âge joue également un rôle essentiel dans la perception de cette mesure. Les jeunes actifs de 18-34 ans sont les plus réticents, avec seulement 31% d'opinions favorables. Endettés pour leurs études, confrontés à la précarité du marché du travail et à une inflation pesant lourd sur leur budget quotidien, ils privilégient l'épargne de précaution à toute autre forme d'investissement.
En revanche, les seniors se montrent plus ouverts à cette idée : 58% des plus de 65 ans jugent le financement de la défense par l'épargne citoyenne acceptable. De fait, les plus de 65 ans ont un niveau de vie et un taux d'épargne supérieurs à ceux des actifs. L'idée de financer un tant soit peu la défense leur est donc moins difficile.
Enfin, les sympathisants du parti présidentiel sont plus enclins que les autres à accepter l'idée d'un livret d'épargne dédié à la défense. En effet, cette catégorie est généralement plus satisfaite de la politique menée par Emmanuel Macron. Il leur est donc plus naturel de lui confier leur argent.
Les Français face à un budget contraint
La difficulté d'épargner est un point clé du refus de nombreux Français. Près de 70% des ménages estiment ne pas avoir de marge suffisante pour affecter une partie de leur épargne à autre chose que leur sécurité financière personnelle. Avec un niveau de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés d'Europe et une inflation persistante, la priorité des foyers français reste le financement des dépenses courantes et la préparation à la retraite.
Ce sondage met ainsi en lumière un écart croissant entre les catégories sociales face aux enjeux budgétaires et stratégiques du pays. Tandis que les plus aisés perçoivent cette contribution comme un investissement national, les classes populaires et moyennes y voient un prélèvement supplémentaire qui pèserait sur un budget déjà exsangue.
S'il veut permettre à la France de retrouver une puissance militaire satisfaisante, le gouvernement est donc appelé à réduire les dépenses plutôt que trouver de nouvelles façons de prélever le peu d'argent qui reste aux Français. Au reste, ces derniers demandent justement une baisse des dépenses publiques et un recentrage sur le régalien, où la défense occupe une place de choix.
