Création artistique : un secteur deux fois plus polluant que le trafic aérien intérieur

Célébrée pour sa capacité à éveiller les consciences, la création artistique française se retrouve aujourd’hui confrontée à une autre réalité : son propre impact sur l’environnement. Entre festivals, spectacles, galeries ou écoles, l’art pèse lourd dans le bilan carbone national.

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By Grégoire Hernandez Published on 4 août 2025 13h00
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Création artistique : un secteur deux fois plus polluant que le trafic aérien intérieur - © Economie Matin
25 % Le rapport révèle que les achats de matériel (costumes, décors, équipements techniques) représentent à eux seuls 39 % des émissions dans le cas des opéras, et 25 % dans le spectacle vivant en général.

En 2025, aller voir un opéra pollue plus que prendre l’avion entre Paris et Marseille. Ce constat, brutal, révèle l’envers d’un secteur qu’on imaginait exemplaire, ou du moins discret, sur le plan écologique.

Création artistique : une empreinte carbone plus élevée que celle de l’aérien domestique !

Le 7 juillet 2025, le ministère de la Culture a dévoilé que la création artistique représente 1,3 % de l’empreinte carbone annuelle de la France, soit 8,5 millions de tonnes d’équivalent CO₂ (Mt CO₂e). C’est deux fois plus que le transport aérien intérieur, selon les données issues de l’évaluation menée par la Direction générale de la création artistique (DGCA) avec le cabinet PricewaterhouseCoopers.
Cette mesure englobe les arts visuels, le spectacle vivant et les enseignements artistiques. Le rapport, qualifié d’« inédit à l’échelle mondiale » par le ministère, souligne l’écart entre l’image d’un secteur porteur de sens et son impact environnemental réel. En somme, la culture ne plane pas au-dessus des enjeux climatiques : elle y contribue, massivement.

Parmi les disciplines analysées, certaines se distinguent nettement. L’opéra est le plus émetteur de gaz à effet de serre (GES), avec 2 726 tonnes de CO₂ par structure en moyenne, loin devant les orchestres (783 tonnes). À lui seul, l’Opéra de Paris émet 42 800 tonnes de CO₂ par an, presque autant que les 78 scènes nationales réunies.
Quant aux festivals, leur bilan carbone est principalement lié aux déplacements. Dans les festivals de musique, jusqu’à 78 % des émissions de GES proviennent des trajets effectués par les spectateurs, artistes et équipes techniques. Les structures installées en zones mal desservies par les transports en commun aggravent encore cet impact.

Des efforts locaux, mais insuffisants face à l’urgence climatique

Certaines initiatives sont à saluer. La Comédie Française a acheminé ses décors à Avignon par train, et le Festival d’Aix pratique depuis 2014 l’écoconception de ses décors. Mais ces démarches isolées peinent à inverser la tendance.
Le rapport révèle que les achats de matériel (costumes, décors, équipements techniques) représentent à eux seuls 39 % des émissions dans le cas des opéras, et 25 % dans le spectacle vivant en général. Une partie non négligeable, sur laquelle les structures peuvent pourtant agir plus facilement que sur la mobilité du public.

Le cap est fixé : diviser par deux les émissions de GES du secteur culturel d’ici à 2030. Un objectif en ligne avec les engagements climatiques nationaux, mais qui impose une transformation structurelle profonde.
Pour accompagner cette mutation, le ministère prévoit de mettre en place un outil d’estimation de l’empreinte carbone pour chaque structure culturelle, à l’automne 2025. Un moyen de responsabiliser et d’outiller les acteurs, à condition que des financements, des formations et des normes accompagnent ces mesures.

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Étudiant en école de journalisme. Journaliste chez Économie Matin de 2023 à 2025.

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