Crise du logement : Cancale dit stop aux résidences secondaires

À Cancale, la municipalité a voté l’interdiction des nouvelles résidences secondaires. Une mesure inédite en Bretagne, destinée à protéger le logement des habitants, mais qui relance le débat national sur l’immobilier dans les communes touristiques.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 1 septembre 2025 6h40
La Ruee Sur Les Logements Etudiants Une Rentree 2025 Sous Tension
Crise du logement : Cancale dit stop aux résidences secondaires - © Economie Matin
28%Les copropriétés en France représentent près de 10 millions de logement, soit 28% du parc immobilier

Le 29 août 2025, le conseil municipal de Cancale, en Ille-et-Vilaine, a adopté une décision historique pour le logement local. Dès le 1er janvier 2026, la construction de nouvelles résidences secondaires sera bannie. La ville justifie ce choix par la flambée des prix immobiliers et la rareté des logements disponibles pour les familles. Selon la mairie, 45 % des habitations de la commune sont déjà des résidences de villégiature, une proportion jugée insoutenable.

Résidences secondaires : une interdiction nécessaire

Le maire Pierre-Yves Mahieu a expliqué cette orientation sans détour : « Nous devons protéger les habitants permanents et garantir leur accès au logement », relaye Le Monde. Selon lui, la croissance des résidences secondaires et des meublés touristiques bloque l’accès des jeunes ménages à la propriété. « La pression immobilière est telle que les jeunes et les familles modestes ne trouvent plus à se loger ».

Les chiffres confirment ce diagnostic. Entre 2011 et 2022, la part de résidences secondaires est passée de 35,5 % à 41,2 % du parc. En novembre 2024, la ville comptait 582 meublés de tourisme déclarés, en hausse de 30 % depuis 2020. Le secteur immobilier se détourne du logement permanent au profit du tourisme saisonnier, au détriment de la vie locale et des habitants.

Une loi qui donne des outils aux communes

L’interdiction votée à Cancale s’appuie sur la loi Echaniz/Le Meur, promulguée en 2024. Ce texte permet aux municipalités de créer des zones réservées à la résidence principale lorsqu’elles dépassent 20 % de résidences secondaires. Dans ces secteurs, chaque logement neuf doit être occupé au moins huit mois par an. En cas d’infraction, les propriétaires encourent jusqu’à 1 000 € d’astreinte par jour, dans la limite de 100 000 €, rappelle La Tribune.

Cette base légale rassure les élus mais la mesure ne s’applique pas aux logements existants, mais seulement aux futures constructions. Elle cible donc l’évolution du parc sans créer de rupture brutale. Pour Valérie Mathieu, professionnelle de l’immobilier interrogée par TF1, « le but, c’est que ce soit uniquement en résidence principale. Si c’est acheté par des investisseurs, ce sera obligatoirement pour mettre en location longue durée ».

Le logement au centre des nouvelles politiques locales

Cancale rejoint un front grandissant de villes françaises qui régulent le marché. En mars 2025, Chamonix avait été la première à interdire toute nouvelle résidence secondaire, sur un territoire où elles représentent 70 % du parc, rappelle TF1 Info. Quelques mois plus tard, en juin, cinq communes du Pays basque — Biarritz, Bayonne, Anglet, Bidart et Boucau — ont voté la même restriction via leur plan local d’urbanisme intercommunal.

D’autres collectivités suivent des voies parallèles. À Royan, le conseil municipal a modifié son PLU pour bloquer la construction de résidences secondaires sur 17 hectares. Mais quelle que soit la décision et sa forme, toutes les municipalités mettent en avant un objectif commun : préserver le logement des habitants permanents face à un marché immobilier devenu inaccessible.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

No comment on «Crise du logement : Cancale dit stop aux résidences secondaires»

Leave a comment

* Required fields