Pendant plus d’un siècle, les avions finlandais ont volé sous des croix gammées bleues censées porter bonheur. Le 29 août 2025, Helsinki a décidé d’en finir avec ce porte-bonheur encombrant, devenu au fil du temps un fardeau diplomatique et visuel.
La Finlande dit adieu à ses croix gammées, même si elles n’en sont pas

Oui, vous avez bien lu : jusqu’à l’été 2025, certaines unités de l’armée de l’air finlandaise arboraient encore des croix gammées. Le ministère de la Défense a finalement annoncé que ces emblèmes disparaîtraient, officiellement pour clarifier les choses. Officieusement, parce qu’expliquer à ses partenaires de l’OTAN qu’une croix gammée n’a « rien à voir avec le nazisme » commençait à tourner à la gymnastique diplomatique.
Héritage encombrant d’un symbole ancien
Tout commence en 1918, lorsque la toute jeune Finlande reçoit son premier avion. Le mécène suédois Eric von Rosen, un aristocrate passionné, peint sur l’appareil une svastika bleue, censée porter chance. Ce symbole millénaire existait bien avant Hitler, dans des cultures aussi diverses que l’Inde ou la Scandinavie. Le geste était innocent, et même joyeux.
Mais l’Histoire, elle, n’a pas d’humour. Dans les années 1920 et 1930, le nazisme s’approprie la croix gammée. Du jour au lendemain, l’innocente svastika finlandaise se retrouve visuellement associée au pire régime du XXe siècle. Puis, malgré la défaite allemande en 1945, Helsinki a conservé ses emblèmes. C’était comme garder un tee-shirt de groupe de rock dont le chanteur a très, très mal tourné.
Les responsables militaires ont pourtant martelé, décennie après décennie, que leur croix gammée n’était pas la croix gammée. Comme le déclarait un porte-parole de l’armée : « Ce symbole n’a rien à voir avec le nazisme, il a été utilisé bien avant. » Vrai. Mais peu convaincant devant une bannière qui ressemble trait pour trait à celle des nazis.
Une décision attendue mais tardive
Ce n’est pas la première fois que la Finlande joue à cache-cache avec ses croix gammées. En 2020 déjà, l’armée avait discrètement remplacé le symbole sur certains insignes officiels. Mais le drapeau de l’escadre aérienne numéro 1 continuait d’arborer fièrement la svastika. Et chaque fois qu’une photo de cérémonie circulait à l’international, l’effet était garanti : regards interloqués, sourcils froncés, explications embarrassées.
L’entrée de la Finlande dans l’OTAN en 2023 a précipité la décision. Difficile de prôner l’unité euro-atlantique quand vos drapeaux semblent tout droit sortis d’un musée sur le Troisième Reich. Même si des historiens soulignent que « la croix gammée bleue a été un emblème de bonne fortune dans de nombreuses cultures avant d’être détournée par l’Allemagne nazie ». Mais face à l’opinion publique mondiale, la subtilité historique s’efface. Une croix gammée reste… une croix gammée.
Il aura donc fallu 107 ans pour que l’armée de l’air tire enfin un trait sur ses croix. Un record de longévité qui en dit long sur le poids des traditions militaires, et sur la difficulté de se débarrasser d’un héritage visuel.
Quand la mémoire visuelle dépasse l’histoire
La Finlande a voulu croire que ses croix gammées pouvaient rester « différentes ». Orientation légèrement modifiée, contexte historique distinct, tout a été tenté. Mais à l’œil nu, l’effet restait identique. La mémoire collective ne fonctionne pas comme un dictionnaire symbolique. Peu importe l’origine, une croix gammée évoque la Shoah, les chemises brunes et les autodafés. Point. La nuance « oui mais la nôtre date de 1918 » avait beau être répétée, elle ne résistait pas à la réalité des images.
En août 2025, Helsinki a donc tranché : la page est tournée, les croix gammées pliées et rangées au placard de l’histoire. La décision n’a provoqué ni cris ni larmes. Juste un soupir de soulagement, celui d’un pays qui préfère désormais que son armée soit jugée sur ses chasseurs F-35 plutôt que sur un vieux symbole devenu incompréhensible. Au reste, l'armée finlandaise n'est pas la première à devoir abandonner une part de son identité à cause du régime nazi. Hitler a entaché bien d'autres symboles, notamment les foulards noirs que portaient certains groupes scouts.
