Derrière les murs décrépis des écoles françaises se cache un affrontement budgétaire silencieux. À chaque rentrée scolaire, les élus locaux réclament des fonds que l’État ne débloque pas. Résultat : des milliers de bâtiments vétustes, et une fracture éducative alimentée par l’austérité budgétaire.
Rentrée scolaire : une facture salée pour les collectivités face à la vétusté des bâtiments

La rentrée scolaire 2025 illustre une fois de plus le déséquilibre financier entre les ambitions affichées par l’État et les moyens laissés aux communes. Alors que les conditions d’accueil des élèves se dégradent, la responsabilité de la rénovation des bâtiments scolaires pèse presque exclusivement sur les collectivités locales. Et le fossé se creuse. L’enjeu n’est plus seulement éducatif ou climatique : il devient politique et budgétaire.
Collectivités sous pression : le coût écrasant d’un entretien délégué
Depuis plusieurs années, les mairies tirent la sonnette d’alarme. Elles supportent seules l’entretien, la rénovation, voire la reconstruction des établissements scolaires du premier degré. Pourtant, 20 à 30 % du bâti est aujourd’hui considéré comme vétuste et inadapté aux conditions climatiques extrêmes, selon un rapport sur l'état du bâti scolaire. Cette situation est d’autant plus critique que les épisodes météorologiques violents se multiplient.
Face à ces urgences, les élus locaux manquent cruellement de marges de manœuvre. Le coût moyen d’une rénovation lourde d’école primaire dépasse souvent un million d’euros par bâtiment, une somme impossible à assumer pour de nombreuses petites communes. L’été dernier, plus de 2 000 établissements ont été contraints de fermer, toujours d'après ce rapport, révélant l’absence d’investissements préventifs.
Un financement déséquilibré : l’État absent du chantier
Cette désorganisation budgétaire prend racine dans une répartition inégale des compétences. Si l’État fixe les programmes et les horaires, il ne finance ni l’enveloppe thermique des bâtiments, ni l’isolation des classes. Pourtant, selon l’Alliance climatique et sociale, un plan de rénovation à hauteur de 5 milliards d’euros par an sur dix ans est indispensable pour remettre à niveau le parc scolaire français. Ce montant correspond à moins de 2 % du budget total de l’éducation nationale, mais il reste absent des lois de finances.
Dans les faits, les communes les plus aisées investissent, tandis que les zones rurales et périurbaines diffèrent les travaux. Ce décalage budgétaire alimente une fracture scolaire et territoriale de plus en plus visible. À titre d’illustration, seules 59 % des cours d’école sont végétalisées, selon une enquête relayée par franceinfo le 5 septembre 2025 — un marqueur d’inégalité d’accès au confort climatique.
Crise budgétaire rampante : vers un décrochage éducatif durable ?
Les conséquences économiques de cette sous-dotation sont multiples. Elles touchent d’abord la santé publique : « 95 % des enseignants disent rencontrer des difficultés en cas de canicule », souligne sur Franceinfo Isabelle Vuillet, co-secrétaire générale de la CGT Éduc’action. Cela se traduit par une baisse de la concentration, une multiplication des arrêts de travail, et une efficacité pédagogique diminuée.
À moyen terme, la désorganisation budgétaire risque de provoquer un effet domino : abandon de certains bâtiments, délocalisation des classes, hausse des dépenses de fonctionnement… Le coût global de l’inaction s’élèvera bien au-delà des 5 milliards d’euros annuels aujourd’hui réclamés. La question n’est donc plus de savoir s’il faut investir, mais combien de temps encore il est tenable de ne pas le faire.