L’AME, dispositif peu connu mais essentiel, soulève un débat passionné entre nécessité de soins et restrictions budgétaires. Alors que son coût ne pèse que marginalement sur la Sécurité sociale, le gouvernement Bayrou envisage de revoir son périmètre, suscitant inquiétudes médicales et tensions politiques.
AME : coût, soins couverts et restrictions envisagées par le gouvernement

Le 3 septembre 2025, la question de l’AME s’est imposée dans l’actualité française. Ce dispositif, qui permet aux étrangers en situation irrégulière de recevoir des soins sans avance de frais, est de nouveau dans le viseur des autorités. Entre discussions sur son coût, son champ d’application et les conditions d’accès, le gouvernement de François Bayrou prépare des réformes qui pourraient profondément modifier ce système d’aide médicale d’État.
Qu’est-ce que l’AME et qui peut en bénéficier ?
L’aide médicale d’État (AME) constitue une protection sociale destinée aux personnes étrangères vivant en France sans titre de séjour régulier. Selon le site officiel Service-public, il faut résider en France de manière ininterrompue depuis au moins trois mois pour y prétendre. Les ressources du demandeur doivent rester inférieures à un plafond fixé à 862 euros mensuels en 2025.
Ce dispositif couvre 100 % des frais médicaux des bénéficiaires. La Sécurité sociale règle directement les dépenses aux professionnels de santé, dispensant ainsi les patients d’avancer les frais. Ce mécanisme garantit l’accès à des soins variés, allant des consultations de médecine générale aux hospitalisations. Néanmoins, certains traitements sont déjà exclus : depuis 2011, les cures thermales, la procréation médicalement assistée et certains médicaments à faible efficacité médicale n’entrent pas dans le champ des remboursements, comme le précise BFMTV.
Aujourd’hui, environ 450 000 personnes en bénéficient, selon un chiffre de RTL. Cette population reste fragile, souvent marquée par des parcours migratoires difficiles et des conditions de vie précaires. Pour les associations humanitaires, l’AME n’est pas seulement une couverture médicale, mais un outil de prévention sanitaire qui limite les urgences lourdes et coûteuses.
Combien coûte l’AME et que représente-t-elle réellement dans les finances publiques ?
Le financement de l’AME reste un sujet sensible dans le débat public, souvent mis en avant par les opposants au dispositif. Pourtant, les chiffres confirment son poids limité dans le budget global de la santé. Le coût annuel oscille entre 1,2 et 1,3 milliard d’euros, selon BFMTV et RTL.
Rapporté aux dépenses globales de l’Assurance maladie, supérieures à 230 milliards d’euros, cela équivaut à 0,4 % seulement des dépenses, toujours selon les calculs de BFMTV. La répartition montre un usage principalement centré sur les hospitalisations (60,8 %), suivies des soins de ville (26,5 %), de la pharmacie (12,7 %) et enfin de la rééducation, dont la balnéothérapie, qui représente moins de 2 %.
Thomas Fatôme, directeur de la Caisse nationale de l’Assurance maladie, a confirmé le 2 septembre sur BFMTV : « Le gouvernement nous a saisi » afin de donner un avis consultatif sur les projets de décret restreignant le dispositif. Cette annonce survient dans un contexte où l’exécutif cherche à économiser près de 44 milliards d’euros dès 2026, selon les orientations budgétaires du gouvernement Bayrou.
Les associations médicales rappellent que ce coût reste marginal au regard de l’efficacité sanitaire. L’association Médecins du monde a alerté sur le fait que les mesures envisagées « auraient des conséquences directes et graves sur la santé des personnes en situation irrégulière les plus précaires » et « pèseraient inévitablement sur les urgences et sur les hôpitaux ».
Quelles restrictions sont envisagées par le gouvernement Bayrou ?
À quelques jours du vote de confiance, l’exécutif prépare plusieurs décrets. Selon Midi Libre et RTL, l’objectif est de durcir les conditions d’accès à l’AME et de réduire le panier de soins remboursés.
Première mesure envisagée : exiger davantage de pièces justificatives. L’acte de naissance ou le livret de famille pourraient devenir obligatoires, des documents difficiles à obtenir pour les migrants ayant fui leur pays. Deuxième volet : revoir le calcul des ressources. Actuellement, l’aide est attribuée aux personnes vivant avec moins de 800 euros mensuels, mais le projet prévoit d’inclure les revenus du conjoint et des enfants, ce qui pourrait exclure une partie des demandeurs.
Sur le volet médical, certains actes pourraient disparaître du remboursement. Les soins en balnéothérapie, certaines séances de kinésithérapie, les lunettes, les aides auditives, le transport sanitaire et les implants dentaires figurent parmi les exclusions possibles. En parallèle, le gouvernement pourrait allonger à neuf mois la durée minimale de bénéfice de l’AME avant d’accéder à certains soins spécifiques, comme les interventions contre l’obésité ou la chirurgie des varices.
Ces projets ne laissent pas indifférent le monde politique. Louis Aliot, vice-président du Rassemblement national, a rappelé le 3 septembre sur RTL sa volonté de mettre fin au dispositif. Face à ces appels à la suppression pure et simple, Matthias Thibeaud, de Médecins du monde, a rétorqué que supprimer l’AME serait « aberrant en termes d’organisation pour le système de soins ».