L’agence Fitch a abaissé la note souveraine de la France de AA- à A+. Cette décision, qui sanctionne une dette publique élevée et une instabilité politique persistante, met le gouvernement sous pression à l’heure où il doit présenter son budget. Que signifie cette dégradation, comment s’explique-t-elle et quelles en sont les répercussions ?
Fitch dégrade la note souveraine de la France : ce que le A+ signifie

Le 12 septembre 2025, l’agence internationale Fitch a décidé de rétrograder la note de la France, passant de AA- à A+. Ce déclassement, le plus significatif depuis 2013, reflète selon Fitch la fragilité des finances publiques et l’incertitude politique accrue. Pour l’exécutif, conduit par Sébastien Lecornu, il s’agit d’un signal sévère, susceptible de peser sur le coût de la dette et sur la confiance des investisseurs.
AA-, A+ et le rôle des agences de notation
La note souveraine attribuée à un État par les agences de notation internationales constitue une évaluation de sa capacité à honorer ses engagements financiers. Dans cette hiérarchie, le triple A (AAA) est la meilleure évaluation possible, traduisant une solvabilité maximale. Les catégories suivantes, AA puis A, restent considérées comme de bonne qualité mais reflètent un risque plus important. La France, notée jusqu’ici AA-, évoluait encore dans la fourchette haute. Avec le passage à A+, elle demeure dans l’investissement dit « grade », mais subit un déclassement symbolique.
Cette distinction n’est pas seulement technique : elle influence directement la perception des marchés financiers. Un investisseur en obligations d’État se fonde sur la note pour évaluer le risque et fixer le rendement exigé. Plus la note est basse, plus l’État doit verser un taux d’intérêt élevé pour convaincre d’acheter ses titres. En clair, un abaissement peut se traduire par un renchérissement immédiat du coût de la dette publique.
Fitch, fondée en 1914 à New York, est aujourd’hui l’une des trois principales agences mondiales avec Moody’s et Standard & Poor’s. Chacune attribue des notes selon des critères communs : niveau d’endettement, trajectoire budgétaire, perspectives de croissance, stabilité institutionnelle et capacité d’un gouvernement à faire adopter des réformes. C’est sur ces critères que Fitch a jugé que la position française se dégradait.
Les raisons de la dégradation décidée par Fitch
L’agence Fitch motive son choix par plusieurs facteurs convergents. D’abord, la situation budgétaire. La dette publique française atteint désormais 113 % du PIB et sa trajectoire reste mal maîtrisée. Le déficit structurel dépasse les 4 %, bien au-delà de la limite européenne de 3 %, et aucune perspective claire de retour sous ce seuil n’a été présentée à moyen terme. Fitch estime que la consolidation budgétaire prévue par le gouvernement est « fragile » et dépend trop d’hypothèses de croissance jugées optimistes.
Ensuite, la conjoncture politique a pesé lourd dans la décision. Fitch rappelle la séquence de crises politiques et institutionnelles qui ont secoué la France en 2024 et 2025. Le rejet de la précédente loi de finances rectificative, la dissolution de l’Assemblée, puis la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon après plusieurs semaines d’incertitude, sont perçus comme autant de signaux d’instabilité. L’agence pointe le risque d’un blocage parlementaire persistant, réduisant la capacité de l’exécutif à adopter des réformes fiscales ou sociales de grande ampleur.
Enfin, l’agence souligne l’absence de marges de manœuvre face aux chocs extérieurs. Les tensions géopolitiques, l’augmentation durable des taux d’intérêt à l’échelle mondiale et la hausse des dépenses liées à la transition énergétique et à la défense limitent les options disponibles. Fitch conclut que la France n’a pas suffisamment de résilience budgétaire pour absorber ces contraintes sans accentuer sa dette.
Des conséquences immédiates sur les finances publiques
L’abaissement de la note souveraine à A+ ne place pas la France dans la catégorie spéculative, mais il élève le niveau de risque perçu. Concrètement, cela signifie que l’État devra offrir un rendement plus important pour ses nouvelles émissions obligataires. Chaque dixième de point de hausse des taux appliqués sur des centaines de milliards d’euros de dette se traduit par plusieurs milliards de charges supplémentaires.
Les investisseurs, en quête de sécurité, comparent désormais la situation française à celle d’autres pays de la zone euro. L’Allemagne conserve son triple A, l’Espagne et l’Italie se situent plus bas mais affichent pour l’instant une dynamique politique jugée plus stable. La France se retrouve dans une position médiane inconfortable : plus endettée que ses partenaires du nord, mais moins rassurante que ses voisins du sud en termes de réformes.
Cette dégradation complique également la gestion budgétaire du gouvernement. Le coût du service de la dette, déjà premier poste de dépense de l’État avec plus de 50 milliards d’euros par an, risque d’augmenter encore. Les marges de manœuvre pour financer des politiques publiques — défense, éducation, transition écologique — se réduisent. Chaque hausse de taux imposée par les marchés contraint davantage les arbitrages budgétaires.
Une trajectoire de déclassement longue et préoccupante
L’histoire récente des notes souveraines de la France montre une lente érosion. Jusqu’en 2012, le pays bénéficiait encore du triple A auprès des trois agences. En 2013, Fitch lui avait retiré cette distinction, invoquant la crise de la dette européenne et le manque de réformes structurelles. En 2015, la note était passée à AA, puis en 2023, à AA-. Chaque abaissement a été accompagné de promesses de redressement budgétaire, rarement suivies d’effets durables.
La rétrogradation de septembre 2025 marque un nouveau seuil. Avec A+, la France rejoint le groupe des pays développés jugés plus fragiles. Les comparaisons européennes sont parlantes : seuls quelques États, comme l’Italie, présentent désormais une note inférieure parmi les grandes économies de l’Union.
Cette tendance interroge sur la crédibilité à long terme des finances françaises. Pour Fitch, la dynamique actuelle, combinant dette élevée et blocage politique, réduit la probabilité d’une remontée rapide. La perspective est qualifiée de « stable », ce qui signifie que l’agence ne prévoit pas de nouvelle dégradation immédiate, mais n’envisage pas non plus d’amélioration à court terme.
La pression politique sur le gouvernement Lecornu
Pour le gouvernement, cette décision a des implications politiques majeures. Sébastien Lecornu, nommé Premier ministre à la fin de l’été, doit présenter un budget 2026 crédible aux yeux des agences et des marchés. L’opposition souligne déjà que la dégradation de la note souveraine est le reflet de l’échec des politiques menées ces dernières années.
Dans ce contexte, Fitch renforce la contrainte extérieure : toute loi de finances jugée trop laxiste pourrait provoquer une nouvelle sanction. Inversement, un plan d’austérité trop sévère risquerait de déclencher un rejet social et politique. Le gouvernement doit donc trouver un équilibre délicat entre rigueur budgétaire et acceptabilité politique.
Au-delà des chiffres, la dégradation symbolise une perte d’influence pour la France au sein de la zone euro. Un pays moins bien noté voit son poids réduit dans les discussions budgétaires européennes, car sa crédibilité financière s’amenuise. Le déclassement met aussi à mal l’image d’une puissance capable de tenir ses engagements, affaiblissant le rôle diplomatique et économique du pays sur la scène internationale.
