S&P baisse la note française : quels risques pour la dette publique ?

S&P Global Ratings a surpris les marchés le 17 octobre 2025 en abaissant la note de la France de AA- à A+. Une dégradation qui renforce les doutes sur la soutenabilité de la dette publique et souligne la fragilité politique du pays.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 20 octobre 2025 7h16
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Censure de Barnier : la dette va s'enflammer - © Economie Matin
115%La dette de la France a atteint 115% du PIB.

La dette française est de nouveau sous les projecteurs. Le vendredi 17 octobre 2025, l’agence S&P Global Ratings a décidé de rétrograder la note souveraine de la France d’un cran, à A+, estimant que « l’incertitude politique et budgétaire demeure élevée ». Cette dégradation, la première depuis 2023, intervient alors que la France tente de contenir son déficit public et de préserver sa crédibilité financière.

S&P et la France : la logique d’une dégradation de la dette

S&P Global Ratings justifie sa décision par un faisceau de signaux défavorables : stagnation économique, instabilité politique et affaiblissement de la discipline budgétaire. Dans son communiqué, l’agence estime que « la France traverse sa plus grave instabilité politique depuis la fondation de la Cinquième République », relaye Euronews. Elle souligne que les tensions internes ont retardé plusieurs réformes clés, notamment celle des retraites, perçue comme un pilier de la maîtrise de la dette.

Selon S&P, « l’incertitude politique affectera l’économie française en freinant l’investissement et la consommation », avec un effet mécanique sur la croissance et, par ricochet, sur la dette, souligne Reuters. La note A+ reflète donc moins un risque de défaut qu’une inquiétude structurelle sur la trajectoire budgétaire. Le maintien d’une perspective dite « stable » traduit cependant une certaine confiance résiduelle dans la capacité du gouvernement à restaurer la crédibilité de ses finances publiques.

La décision, prise hors calendrier, surprend d’autant plus qu’elle intervient après la présentation du budget 2026. S&P considère néanmoins que le document, bien que réaliste sur les hypothèses de croissance, reste flou sur les économies structurelles. L’agence anticipe désormais une dette publique atteignant 121 % du PIB en 2028, contre 112 % fin 2024. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a réagi en réaffirmant que « le gouvernement reste déterminé à tenir l’objectif de déficit de 5,4 % du PIB en 2025 ». Mais pour les agences, l’enjeu n’est plus seulement de respecter les cibles, mais de garantir leur crédibilité politique sur plusieurs années.

Une dette française fragilisée par la politique et les finances publiques

L’analyse de S&P met en avant la paralysie institutionnelle comme facteur de risque majeur pour la dette. L’épisode de la suspension de la réforme des retraites décidée pour sauver le gouvernement de Sébastien Lecornu a « envoyé un signal négatif » aux marchés, note Le Point, car il a symbolisé la difficulté du gouvernement à maintenir une stratégie budgétaire cohérente.

La France paie aujourd’hui la combinaison d’un endettement élevé et d’une croissance modérée. La dette dépasse les 110 % du PIB depuis 2020, seuil que S&P considère comme structurellement vulnérable. L’agence observe que la charge des intérêts pourrait augmenter de près de 15 milliards d’euros d’ici 2028 si les taux se maintiennent à leurs niveaux actuels. Un tel scénario pèserait lourdement sur le budget de l’État, limitant la capacité à financer d’autres priorités économiques.

La dégradation de la note rapproche désormais la France de pays comme l’Espagne ou le Portugal, également notés A+. Euronews souligne que cette convergence symbolique traduit une perte relative de prestige financier pour la deuxième économie de la zone euro.

Dégradation de la dette souveraine : pas d’effet majeur sur les marchés pour l’instant

La réaction immédiate des marchés a été mesurée : les taux français à 10 ans n’ont augmenté que marginalement, signe que la dette française reste perçue comme sûre à court terme. Cependant, plusieurs économistes soulignent que les effets d’une dégradation de note se manifestent à moyen terme. Un glissement progressif de la prime de risque, même faible, peut renchérir durablement le coût des intérêts et alimenter un cercle vicieux : plus la dette est coûteuse, plus le déficit se creuse.

Le think tank Rexecode estime qu’un différentiel de 0,3 point sur le taux moyen des emprunts d’État représenterait une dépense supplémentaire de plus de 4 milliards d’euros par an à horizon 2027. Or, selon S&P, la France « n’a pas encore démontré sa capacité à stabiliser la dette sans croissance robuste ». Autrement dit, tant que la croissance nominale restera inférieure au coût moyen de la dette, celle-ci continuera de progresser mécaniquement.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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