Ravagée par des années de sous-investissement et bouleversée par l’éviction de Nicolás Maduro, l’économie du Venezuela repose plus que jamais sur son pétrole. Les déclarations de Donald Trump, ouvrant la porte aux investissements chinois, redessinent les équilibres énergétiques et politiques du pays.
Crise pétrolière au Venezuela : les calculs de Trump et de la Chine

Le président américain Donald Trump a surpris en affirmant que la Chine était la bienvenue pour investir dans le pétrole du Venezuela. Cette annonce intervient dans un contexte explosif, quelques semaines après l’enlèvement du président Nicolás Maduro, alors que l’industrie pétrolière vénézuélienne reste exsangue et que Washington entend désormais capter une partie des bénéfices.
Au Venezuela, une industrie pétrolière affaiblie par des années de crise
Le pétrole est depuis longtemps le cœur battant de l’économie du Venezuela. Le pays détient environ 303 milliards de barils de réserves prouvées, soit près de 17 % des réserves mondiales. Pourtant, cette richesse ne s’est plus traduite en prospérité depuis plus d’une décennie. La production pétrolière vénézuélienne s’est effondrée, passant de plusieurs millions de barils par jour à environ 880 000 barils quotidiens début 2026.
Cette chute s’explique par une combinaison de facteurs. D’abord, une mauvaise gestion chronique de la compagnie publique PDVSA, marquée par un manque d’entretien des infrastructures et une fuite des compétences. Ensuite, les sanctions internationales ont limité l’accès aux financements, aux technologies et aux partenaires étrangers. Enfin, l’instabilité politique permanente a découragé les investissements de long terme indispensables à un secteur aussi capitalistique.
Ces difficultés se sont aggravées à la fin de l’année 2025, lorsque les exportations de brut ont été presque paralysées. Environ 25 millions de barils de pétrole résiduel se sont accumulés dans les installations de stockage, faute de débouchés suffisants. Cette situation a accentué la pression financière sur l’État vénézuélien, dont les recettes dépendent largement du pétrole.
Avant l’éviction de Nicolás Maduro, la Chine jouait déjà un rôle clé dans cet écosystème fragilisé. Pékin figurait parmi les principaux acheteurs du brut vénézuélien et avait consenti d’importants prêts remboursés en pétrole. Cette relation énergétique étroite explique en partie la réaction critique de la Chine face à l’intervention américaine ayant conduit à la disparition du président vénézuélien.
Donald Trump ouvre la porte au pétrole chinois
C’est dans ce contexte que Donald Trump a pris la parole début février. À bord d’Air Force One, il a déclaré que « la Chine est la bienvenue et ferait une très bonne affaire sur le pétrole », ajoutant que les États-Unis « accueilleraient volontiers la Chine », selon des propos rapportés par CNEWS le 1er février 2026. Cette déclaration marque une inflexion notable du discours américain sur le Venezuela.
Le président américain ne s’est pas contenté d’évoquer une ouverture aux investissements étrangers. Il a également indiqué que les États-Unis entendaient capter une partie des revenus générés par le pétrole vénézuélien. « Nous allons vendre beaucoup de pétrole, et nous en prendrons une partie », a-t-il affirmé, laissant entendre que Washington souhaite désormais peser directement sur la redistribution des bénéfices issus de l’or noir vénézuélien.
Pour l’administration américaine, cette stratégie répond à plusieurs objectifs. D’un côté, elle permet de relancer la production pétrolière du Venezuela sans mobiliser exclusivement des capitaux américains. De l’autre, elle vise à intégrer la Chine dans un cadre défini par Washington, en l’autorisant à investir et à acheter du pétrole, tout en encadrant les flux financiers.
Cette approche tranche avec les années de sanctions et d’isolement du régime de Nicolás Maduro. Donald Trump a d’ailleurs affirmé que les États-Unis étaient désormais « aux commandes » du Venezuela. Cette déclaration souligne la volonté américaine de contrôler les leviers économiques du pays, en particulier son secteur énergétique.
Pour Pékin, la situation est ambivalente. La Chine conserve un intérêt stratégique pour le pétrole vénézuélien, à la fois pour sécuriser ses approvisionnements et pour préserver ses investissements passés. Toutefois, accepter ce nouveau cadre implique de composer avec une influence américaine renforcée sur un partenaire historiquement sensible.
Venezuela : quels enjeux pour les acteurs économiques et géopolitiques
Pour le Venezuela, l’ouverture aux investissements chinois pourrait représenter une bouffée d’oxygène. Le pays manque cruellement de capitaux, de technologies et de compétences pour remettre en état ses champs pétroliers et ses raffineries. Une reprise de la production permettrait d’augmenter les recettes publiques et de stabiliser une économie en grande difficulté.
Cependant, cette relance potentielle s’accompagne de fortes contraintes. La volonté affichée de Donald Trump de prélever une part des bénéfices limite la marge de manœuvre financière de Caracas. De plus, la dépendance accrue à des acteurs étrangers, qu’ils soient américains ou chinois, pose la question de la souveraineté économique du Venezuela sur sa principale ressource.
Pour les États-Unis, l’enjeu est double. Sur le plan énergétique, une augmentation de la production vénézuélienne pourrait contribuer à stabiliser les marchés pétroliers mondiaux. Sur le plan géopolitique, Washington cherche à reprendre la main sur un pays longtemps considéré comme un point d’ancrage de l’influence chinoise et russe en Amérique latine.
La Chine, de son côté, doit arbitrer entre ses intérêts économiques et le risque politique. Investir dans le pétrole vénézuélien sous supervision américaine pourrait sécuriser des volumes de brut, mais au prix d’une perte d’autonomie stratégique. Pékin se retrouve ainsi face à un dilemme : préserver sa présence énergétique au Venezuela ou contester un cadre imposé par Washington.
Enfin, pour les marchés pétroliers, ces annonces ajoutent une variable supplémentaire à un environnement déjà incertain. La perspective d’une remontée progressive de la production vénézuélienne pourrait peser sur les prix à moyen terme. Mais cette hypothèse reste conditionnée à la capacité du pays à surmonter ses faiblesses structurelles et à attirer des investissements durables.
