L’IA générative s’impose dans les entreprises, y compris pour des usages financiers sensibles. Pourtant, son recours non encadré provoque déjà des pertes comptables mesurables. Experts-comptables et professionnels du chiffre alertent sur des erreurs coûteuses, un risque croissant de non-conformité et une dépendance technologique mal maîtrisée.
Les pertes comptables générées par l’IA inquiètent les entreprises françaises

Depuis le 26 janvier 2026, une alerte traverse la profession comptable française. Selon une étude menée auprès de 500 experts-comptables et professionnels du secteur, l’usage de l’IA pour produire des conseils financiers, fiscaux ou comptables expose les entreprises à des pertes directes. L’IA, devenue omniprésente, brouille la frontière entre assistance technologique et décision stratégique engageante.
IA et comptabilité : des pertes financières déjà observées en entreprise
L’IA est désormais utilisée par un nombre croissant d’entreprises pour arbitrer des questions comptables complexes. Or, selon l’étude commandée par Dext et réalisée par Censuswide, 37 % des professionnels du chiffre déclarent avoir connaissance d’entreprises ayant subi des pertes financières après avoir suivi des conseils erronés. Ces pertes prennent des formes variées, allant de trop-payés à des pénalités fiscales, selon l’étude publiée le 26 janvier 2026 par Dext.
Cette situation s’explique par la généralisation rapide des usages. Toujours selon cette étude, 63 % des experts-comptables observent une augmentation du nombre de clients utilisant l’IA pour solliciter des conseils financiers ou fiscaux, tandis que 59 % constatent que ces contenus servent à contester l’expertise professionnelle, ou à suggérer que l’IA pourrait s’y substituer. Cette remise en cause modifie profondément la relation entre entreprises et conseil comptable.
Dans les faits, l’IA générative produit des réponses standardisées, déconnectées du contexte juridique et financier précis de chaque entreprise. Geoffrey Nozerand, responsable partenariat France, souligne que « les conséquences sont dorénavant avérées », en rappelant que les entreprises subissent déjà des pertes et que les professionnels doivent corriger des erreurs évitables, selon le communiqué de Dext du 26 janvier 2026.
IA génératives et erreurs comptables : un risque structurel sous-estimé
Les erreurs générées ne sont ni marginales ni exceptionnelles. Selon l’étude, 9 % des professionnels relèvent des erreurs liées à l’IA quotidiennement, 21 % chaque semaine, et 23 % chaque mois, ce qui traduit une diffusion massive du phénomène. À l’inverse, seuls 10 % affirment n’avoir jamais rencontré ce type de situation, toujours selon Dext.
Les domaines concernés sont particulièrement sensibles. Les erreurs portent sur la mauvaise interprétation des dépenses d’entreprise dans 38 % des cas, sur des charges ou demandes fiscales incorrectes dans 31 % des situations, ainsi que sur des stratégies fiscales personnelles ou d’entreprise erronées dans 30 % des cas. Les erreurs de paie, qui engagent directement la responsabilité de l’employeur, concernent encore 26 % des situations observées, selon l’étude Censuswide.
Au-delà de l’impact financier direct, l’IA génère un coût invisible en productivité. Selon les résultats publiés par Dext, 60 % des professionnels passent jusqu’à trois heures par mois à corriger de petites erreurs, tandis que 31 % consacrent entre quatre et dix heures à rectifier des anomalies plus lourdes, un chiffre également repris par DAF Mag le 29 janvier 2026. Cette charge corrective annule souvent les gains de temps initialement recherchés par les entreprises.
IA et gouvernance financière : vers un encadrement devenu inévitable
À mesure que l’IA s’impose comme un outil décisionnel, les risques se déplacent vers la gouvernance et la conformité. Selon l’étude, 20 % des professionnels alertent sur un risque accru d’insolvabilité ou de faillite dès 2026, tandis que 37 % redoutent que l’IA serve à justifier des demandes frauduleuses ou inappropriées, selon les données publiées par Dext.
Les conséquences anticipées sont multiples. 35 % craignent des perturbations importantes des flux de trésorerie, 32 % anticipent un renforcement des contrôles fiscaux, et 26 % une augmentation des amendes et pénalités, toujours selon la même source. Cette projection révèle une inquiétude systémique, liée à une confiance excessive accordée à des réponses automatisées non contextualisées.
Face à cette situation, la profession comptable appelle massivement à une réaction publique. 89 % des professionnels interrogés estiment qu’une réglementation ou des restrictions sont nécessaires, dont 48 % en faveur d’un cadre réglementaire clair et 44 % pour des limitations d’usage, selon l’étude publiée le 26 janvier 2026. Geoffrey Nozerand insiste sur la nécessité de garde-fous et de formation, rappelant que la technologie « n’a rien de magique » et que l’absence de supervision humaine expose les entreprises à des coûts supérieurs à ceux qu’elles cherchaient à éviter.
