Le 6 novembre 2025, la Commission européenne a annoncé l’ouverture d’une enquête antitrust visant Deutsche Börse et Nasdaq. Cette démarche intervient alors que l’UE affiche une stratégie renforcée de contrôle de la concurrence et de la transparence dans les infrastructures financières. L’enquête porte précisément sur des comportements présumés dans la négociation, la cotation et la compensation de produits financiers dérivés au sein du marché européen.
Raison et portée de l’enquête de l’Union européenne
L’Union européenne a lancé cette procédure parce que des indices laissent penser que Deutsche Börse et Nasdaq pourraient avoir conclu des accords ou pratiqué des comportements coordonnés afin d’écarter la concurrence dans la zone économique européenne (ZEE). Selon l’annonce officielle, ces deux opérateurs « peuvent avoir conclu des ententes ou des pratiques concertées en vue de ne pas se concurrencer dans la zone économique européenne », rapporte Reuters.
Plus concrètement, l’enquête se focalise sur trois types d’agissements présumés : la répartition de la demande, la coordination des prix et le partage d’informations sensibles commercialement, selon les explications de Financial Times.
Par ailleurs, l’UE s’appuie sur des indices remontant à septembre 2024, date des inspections inopinées menées dans les locaux des deux groupes, qui ont été le prélude à l’ouverture de la phase formelle. Si une violation était avérée, les sanctions pourraient atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel mondial des entités concernées.
Ce qui est reproché à Deutsche Börse et Nasdaq
La coopération en question remonte à un accord de 1999 entre la division d’Eurex, filiale de Deutsche Börse, et l’ancienne bourse finlandaise HEX, aujourd’hui intégrée à Nasdaq.
L’Union européenne examine si cet accord a pu contourner les règles de concurrence de l’UE en matière de marchés et d’échanges de produits dérivés, en particulier :
- l’absence de concurrence effective entre les acteurs concernés,
- la possible mise en place d’une segmentation de la clientèle ou d’une zone géographique (« marché ») afin de limiter la compétition,
- l’échange d’informations sensibles qui aurait pu permettre de coordonner les prix ou les volumes.
Deutsche Börse a précisé que la coopération était « pro-compétitive » et visait à « améliorer la liquidité dans les marchés dérivés nordiques et à créer des efficacités ». Nasdaq, de son côté, affirme que l’accord avait été porté à la connaissance de la Commission et qu’« aucune objection n’avait été soulevée » jusqu’à ce jour.
L’élément central ici est le cadre de la ZEE – la Commission vise des infractions à l’article 101 du traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE) ainsi qu’à l’article 53 de l’accord EEE – ce qui montre l’ancrage juridique de l’enquête, précise EUNews.
Quel impact sur la concurrence et la stabilité du marché européen ?
Pour l’Union européenne, cette enquête marque un jalon fort dans la régulation des infrastructures de marché. En interrogeant des géants comme Deutsche Börse et Nasdaq, l’UE affirme son rôle dans la protection de la « capital markets union », essentielle à l’intégration financière et à la stabilité de l’économie européenne.
Sur le plan économique, l’annonce de l’enquête a déjà provoqué une réaction sur les marchés : l’action Deutsche Börse a chuté jusqu’à 7,3 % avant de se redresser légèrement. Ce recul traduit l’inquiétude des investisseurs face aux conséquences potentielles d’une sanction ou d’une remise en cause de pratiques établies.
Enfin, pour les acteurs du marché des dérivés en Europe, cette enquête pourrait redéfinir les règles du jeu. Si la Commission européenne conclut à des manquements, cela pourrait entraîner non seulement des amendes importantes mais aussi une plus grande transparence et des remodelages dans la façon dont les marchés dérivés nordiques sont structurés. L’enjeu est donc triple : juridique, économique et structurel.
