Climat : Le monde n’a jamais émis autant de carbone qu’en 2025

En 2025, la planète franchit un seuil historique : les émissions mondiales de carbone atteignent un nouveau record alors que la concentration atmosphérique de CO₂ grimpe encore, confirmant une dérive climatique de plus en plus profonde malgré la montée des énergies renouvelables.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 13 novembre 2025 6h33
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co2, carbone, émissions, monde, aie, 2023, record, pollution - © Economie Matin
1,1%LEs émissions de carbone en 2025 ont grimpé de 1,1% sur un an.

Le carbone s’impose cette année comme l’indicateur central du réchauffement climatique, tant il éclaire les conséquences de la pollution, de l’énergie fossile et du déséquilibre environnemental. En effet, l’ensemble des études publiées ces derniers jours confirment une aggravation de la situation mondiale, avec des émissions de carbone qui progressent encore et une densité atmosphérique qui atteint des niveaux sans précédent.

Les chercheurs tirent la sonnette d’alarme sur la hausse ininterrompue des émissions de carbone

Dans leur dernier bilan, les scientifiques du Global Carbon Project estiment que les émissions issues des combustibles fossiles atteindront 38,1 milliards de tonnes de CO₂ en 2025, soit une hausse de +1,1 % par rapport à 2024. Selon l’un des auteurs, Glen Peters, « le monde s’éloigne de la trajectoire compatible avec +1,5 °C ». Cette hausse, qui s’ajoute à la densité croissante de carbone atmosphérique, illustre la pression exercée par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz malgré l’expansion des renouvelables.

En parallèle, le Global Energy Review publie un chiffre qui confirme cette évolution : les émissions liées à l’énergie ont atteint 37,8 gigatonnes de CO₂ en 2024, un niveau jamais observé auparavant. L’Agence internationale de l’énergie souligne que cette augmentation de +0,8 % par rapport à l’année précédente résulte notamment d’une consommation accrue dans les pays à forte croissance. Selon son directeur exécutif, Fatih Birol, « sans un changement massif des politiques actuelles, les émissions de carbone resteront sur une tendance ascendante ».

L’autre indicateur majeur, la concentration atmosphérique de CO₂, poursuit également sa progression. La World Meteorological Organization a rapporté une augmentation annuelle d’environ +3,5 ppm, portant le niveau global près de 424 ppm, une valeur qui n’a jamais été atteinte depuis l’ère préindustrielle.

Une évolution disparate des émissions de carbone selon les régions du monde

Économies émergentes : la progression la plus marquée

Les émissions de carbone progressent fortement dans les économies émergentes, où la demande énergétique augmente en raison de la croissance industrielle, de l’urbanisation et des épisodes climatiques extrêmes. D’après l’Agence internationale de l’énergie, ces pays ont enregistré en 2024 une hausse de +1,5 % de leurs émissions liées à l’énergie — soit environ 375 millions de tonnes de CO₂ supplémentaires.

Économies avancées : ralentissement notable, mais insuffisant

En revanche, les économies avancées enregistrent une inflexion : les émissions y ont reculé de -1,1 %, soit environ 120 millions de tonnes de CO₂ en moins, grâce à la baisse du charbon, à l’essor des renouvelables et à l’amélioration de l’efficacité énergétique. Les États-Unis, par exemple, ont réduit leurs émissions d’environ -0,5 %, une tendance étroitement liée au déclin structurel du charbon dans le mix électrique.

Cependant, cette baisse, bien qu’encourageante, reste insuffisante pour compenser la progression observée ailleurs. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) rappelle d’ailleurs que l’écart entre les ambitions et les actions ne cesse de se creuser. Dans son dernier rapport, l’organisation affirme que « le monde avance trop lentement pour respecter les cibles climatiques ».

Ainsi, à mesure que les disparités régionales se creusent, l’enjeu du carbone demeure au cœur des tensions : la pollution issue des combustibles fossiles s’accroît dans certaines zones tandis que d’autres tentent d’opérer une transition qui reste trop lente pour infléchir la tendance globale.

Le nouveau record de carbone : un signal d’alarme aux conséquences multiples

L’élévation de la densité atmosphérique de carbone témoigne d’un phénomène particulièrement préoccupant : l’affaiblissement des puits naturels de CO₂. La World Meteorological Organization souligne que les océans et les forêts, longtemps considérés comme des alliés du climat, montrent des signes de saturation. L’agence précise que « la capacité d’absorption diminue alors que les émissions atteignent des niveaux critiques ».

Les conséquences directes sont déjà visibles. Le réchauffement global continue de s’intensifier : davantage de carbone dans l’atmosphère signifie davantage de chaleur retenue, ce qui renforce les vagues de chaleur, les sécheresses et les précipitations extrêmes. L’UNEP estime que, pour maintenir la hausse des températures sous les +1,5 °C, il faudrait réduire les émissions mondiales de 35 % à 55 % d’ici 2035, une trajectoire que le rythme actuel ne permet absolument pas d’envisager.

Cette réalité souligne la fragilité de la transition énergétique. Alors que les renouvelables progressent rapidement, l’augmentation des besoins en énergie et la dépendance persistante au charbon, au pétrole et au gaz empêchent toute chute notable des émissions mondiales de carbone. Ainsi, l’interaction entre énergie, climat et pollution demeure le principal frein à une stabilisation globale du CO₂.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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