La fin du secret des salaires ? Pourquoi la transparence devient une arme concurrentielle

La directive européenne sur la transparence des rémunérations fait déjà couler beaucoup d’encre. Pour certains employeurs, elle cristallise leurs craintes, ils la perçoivent comme une charge administrative en plus, une perte en flexibilité, ou encore comme un risque de tensions internes. Mais pour ceux qui sauront en comprendre l’esprit, c’est tout l’inverse. Cette réforme ouvre une ère nouvelle, fondée sur l’équité, la clarté… et la compétitivité.

Marguerite Monrose
By Marguerite Monrose Published on 5 janvier 2026 5h00
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La fin du secret des salaires ? Pourquoi la transparence devient une arme concurrentielle - © Economie Matin
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Nous entrons dans un cycle où la capacité à attirer les meilleurs talents ne dépendra plus seulement de la réputation d’une marque employeur, mais de sa capacité à jouer cartes sur table. À l’échelle européenne comme mondiale.

Un cadre exigeant qui ouvre de nouvelles opportunités

La directive, adoptée en 2023, doit être transposée dans l’ensemble des États membres d’ici l’année prochaine. Elle impose aux entreprises présentes dans l’UE, quel que soit leur siège social, de publier les fourchettes de salaires dans les offres d’emploi, d’interdire toute question sur les rémunérations passées des candidats, et de déclarer les écarts de rémunération entre les sexes. En cas d’écart supérieur à 5 %, des actions correctives seront exigées.

Cela concerne autant les entreprises européennes que les groupes américains ou britanniques disposant d’entités dans l’UE. À l’heure où les frontières du travail s’effacent, la portée de cette directive dépasse déjà largement le cadre du continent européen.

Certes, une telle réforme peut compliquer la gestion RH à l’international. Mais elle offre aussi un avantage décisif à ceux qui s’y préparent sans attendre. Car derrière les obligations formelles se cache une opportunité stratégique, celle de devenir un employeur de référence, dans un marché où les attentes des talents évoluent rapidement.

Certaines entreprises ne s’y trompent pas. Bien que l’échéance réglementaire semble lointaine, elles anticipent déjà les changements, en révisant leur politique de rémunération et en intégrant les nouvelles exigences à leurs processus de recrutement.

Deux raisons à cela. D’abord, le chantier est structurel, mieux vaut l’aborder à froid que dans l’urgence. Ensuite, la directive est déjà appliquée dans plusieurs pays, notamment la Belgique, la Suède ou la Pologne, où les candidats s’habituent dès aujourd’hui à davantage de transparence. Ce décalage crée un effet d’attraction locale que les entreprises doivent prendre en compte.

Une culture du secret remise en question, bien au-delà de l’Europe

Ce qui se joue ici, au fond, c’est une redéfinition du contrat implicite entre employeurs et candidats. La confidentialité des salaires était jusque-là la règle tacite. Demain, ce sera l’exception.

Rendre les salaires visibles, c’est permettre aux candidats de faire des choix éclairés. C’est aussi, pour les entreprises, l’obligation d’assumer leurs grilles salariales et d’en expliquer la logique. Il ne s’agit pas de tout uniformiser, mais d’être capable de justifier les écarts existants, de manière transparente, cohérente, et équitable.

Les entreprises déjà confrontées à des réglementations similaires en Californie ou à New York seront en terrain connu. Pour les autres, cette directive agit comme un électrochoc.

L’impact de cette directive ne s’arrêtera pas aux frontières de l’UE. À mesure que les pays les plus transparents affichent des fourchettes salariales dans leurs offres d’emploi, les candidats du monde entier s’y habitueront et en viendront à l’exiger partout.

Un professionnel basé à Londres peut tomber sur une offre en ligne d’une entreprise en Pologne indiquant clairement la rémunération. Il se demandera naturellement pourquoi cela ne va pas de soi dans son pays. Ce mouvement va créer un effet de ricochet, et poussera d’autres régions à suivre le même chemin. Très vite, la transparence ne sera plus un enjeu de conformité, mais un standard de marché.

Un nouvel équilibre entre transparence, mobilité et accès aux opportunités

L’entrée en vigueur de cette directive s’inscrit dans un contexte où le travail à distance est devenu la norme pour de nombreuses entreprises. En rompant le lien traditionnel entre emploi et lieu de résidence, le télétravail a ouvert la voie à un marché du travail plus fluide, plus mobile, plus accessible. La transparence salariale, elle, vient amplifier cette dynamique.

Car en rendant les niveaux de rémunération visibles dès l’annonce, cette directive donne aux candidats un pouvoir nouveau, celui de prendre des décisions mieux informées, de négocier en connaissance de cause, et de comparer les opportunités sur des bases objectives. L’information salariale cesse d’être une zone d’ombre, elle devient un levier d’action.

Et ce pouvoir prend toute sa force quand il est combiné à la flexibilité géographique. Grâce au travail à distance, les profils qualifiés peuvent désormais postuler, sans avoir à déménager, dans des entreprises situées dans des régions plus équitables, ou à des postes mieux rémunérés. Autrement dit, la transparence crée les conditions d’un choix éclairé, et le télétravail transforme ce choix en mouvement réel.

Nous en sommes convaincus, le talent est universel, mais les opportunités ne le sont pas encore. Cette directive permet de combler ce fossé. Elle permet à chacun, quel que soit son parcours ou son lieu de vie, d’accéder à des postes jusqu’ici inaccessibles, parce que cachés derrière des filtres géographiques ou des pratiques opaques.

Cette directive agit ainsi comme un accélérateur d'équité et un moteur d'aide à la décision pour les travailleurs. Influencé par cette nouvelle transparence et par les modes de travail à distance, le marché de l'emploi devient plus juste et plus inclusif. Pensé au départ pour l’Europe, ce modèle pourrait bien inspirer d’autres régions du monde.

Alors, oui, sa mise en œuvre demande des ajustements. Mais ces efforts peuvent devenir des leviers puissants. Les entreprises peuvent transformer cette obligation en atout stratégique. Car la transparence n’est pas un risque, mais un socle solide sur lequel construire la confiance, l’équité… et la performance durable.

Marguerite Monrose

Senior Country Marketing Manager chez Remote

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