Mercosur : pourquoi la grande distribution promet de dire non aux imports

Le Mercosur s’invite dans les rayons. Alors que l’accord commercial UE–Mercosur accélère, des géants de la grande distribution promettent de ne pas acheter certains produits importés. Derrière ce mot d’ordre, il y a la question des normes, mais aussi celle du prix, de l’image et du consommateur.

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By Adélaïde Motte Published on 13 janvier 2026 15h30
Mercosur Pourquoi La Grande Distribution Promet De Dire Non Aux Imports
Mercosur : pourquoi la grande distribution promet de dire non aux imports - © Economie Matin

Entre le 7 janvier 2026 et le 13 janvier 2026, le dossier Mercosur a basculé d’un débat diplomatique vers une bataille de supermarché. D’un côté, l’exécutif français annonce un vote contre, et détaille des garde-fous. De l’autre, des dirigeants de la grande distribution affichent un refus d’achat de produits importés, tout en admettant les limites concrètes du tri dans les filières.

Mercosur et grande distribution : le boycott comme message politique

Le Mercosur n’est pas seulement un acronyme de plus. C’est devenu, à très court terme, un marqueur politique pour la grande distribution, et donc un outil de communication commerciale. D’abord, parce que la colère agricole s’est installée dans l’actualité, et ensuite parce que les enseignes vivent sous une contrainte permanente : proposer des prix bas, tout en affichant un discours de souveraineté et de « local ». C’est dans ce contexte que Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, a posé une ligne claire autour du Mercosur : « Le sujet important, c’est de protéger nos agriculteurs », a-t-il déclaré sur TF1 Info le 7 janvier 2026. Et, dans la foulée, il a précisé la logique d’achats : Coopérative U n’importera pas, « dans ce qu’on peut maîtriser directement », des produits d’Amérique du Sud concernés par le Mercosur, dès lors qu’un équivalent est disponible en France.

Mercosur, importations et normes : ce que les enseignes disent refuser

Si la grande distribution parle autant du Mercosur, ce n’est pas uniquement pour la géopolitique. C’est aussi, et surtout, une querelle de normes, donc une querelle de coûts, et donc une querelle de concurrence. Dominique Schelcher résume ce pivot en des termes très directs : « Il n’est pas possible d’importer en France un produit (…) d’Amérique du Sud qui aurait des conditions de production moindres que celles qu’on exige en France ». Le message est simple, mais il est aussi stratégique : si les règles ne sont pas symétriques, alors le Mercosur est perçu comme une « concurrence déloyale », et l’enseigne refuse d’en être le vecteur. Et, puisque la polémique se cristallise sur des produits emblématiques, la viande revient sans cesse, car elle concentre les peurs sanitaires, les enjeux climatiques et la sensibilité des éleveurs.

En face, la Commission européenne défend l’architecture du Mercosur par des chiffres et des mécanismes. Selon la Représentation de la Commission européenne en France, le volet libre-échange éliminerait à terme 91 % des droits de douane imposés par les pays du Mercosur sur les produits européens, et 92 % des droits de douane appliqués par l’UE sur les produits sud-américains, dans une logique progressive, selon la Commission le 8 janvier 2026. Et, surtout, Bruxelles met en avant des quotas agricoles : la Commission cite un quota de 99 000 tonnes de viande bovine à droit réduit, et un quota de 180 000 tonnes de volaille en franchise de droits, ainsi qu’un quota de 180 000 tonnes de sucre en franchise de droits, selon la Commission le 8 janvier 2026.

Mercosur et supermarchés : quels effets pour les consommateurs

Un supermarché ne peut pas refuser de vendre un produit autorisé à l’importation par l’UE « simplement parce qu’il provient du Mercosur », car cela relèverait d’une discrimination commerciale non autorisée, sauf justification légale liée, par exemple, à la santé, à la fraude ou au non-respect des normes. Cependant, les distributeurs disposent d’une liberté contractuelle vis-à-vis de leurs fournisseurs, et peuvent décider de ne pas référencer certains produits pour des raisons commerciales, éthiques ou stratégiques, en citant notamment l’article 1102 du Code civil.

Ensuite, il y a l’effet prix, et il est moins mécanique qu’il n’y paraît. D’un côté, la Commission met en avant l’élimination de droits de douane, ce qui, en théorie, peut peser sur les coûts. De l’autre, l’exécutif français relativise le gain macroéconomique : l’Élysée mentionne un impact estimé de 0,05 % du PIB de l’Union européenne à l’horizon 2040, selon le communiqué du 8 janvier 2026. Et, pour amortir le choc, la présidence évoque aussi un « frein d’urgence » : un mécanisme de sauvegarde déclenchable à partir de 5 % sur les prix et volumes. Enfin, l’Élysée mentionne un complément budgétaire de 45 milliards d’euros accessible dès 2028 au-delà des montants sanctuarisés, selon le communiqué du 8 janvier 2026. Pour le consommateur, cela se traduit par une réalité plus tangible : le Mercosur n’implique pas nécessairement une chute des prix en rayon, car l’offre est déjà structurée, et parce que les enseignes, en période de tension, préfèrent souvent stabiliser l’image plutôt que courir après un centime.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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