Mondialisation : un modèle économique très intelligent ou un truc de fous ?

Le mot « fou » n’est pas du tout inopportun ! Il été utilisé pour la première fois par le prix Nobel d’Economie Maurice Allais, dans sa « lettre aux Français » de décembre 2009. https://www.econospheres.be/Lettre-aux-Francais-contre-les Il écrivait il y a 17 ans ! : « …Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières ».

By Bertrand de Kermel Published on 19 janvier 2026 5h00
Mondialisation Accord Transatlantique Conditions Etats
@shutter - © Economie Matin
24 MILLIARDS €En 2024, les exportations françaises vers la Chine se montaient à 24 milliards d’euros.

Il est vrai qu’en mettant en concurrence, sans la moindre précaution, des personnes aux salaires parmi les plus bas du monde avec les salariés français, il était évident que les entreprises françaises et plus généralement européennes allaient se délocaliser pour ne pas mourir. Gagné ! Le résultat est sans appel. Le continent européen a été désindustrialisé.

Pourtant, l’Union Européenne veut aller encore plus loin sans modifier son modèle économique, espérant un résultat différent. Rappelons qu’ Einstein en a fait la définition de la folie !

Pour prendre un langage de roman policier, demandons-nous «à qui profite le crime» ?.

En fait le système bénéficie comme jamais aux entreprises nomades du monde entier, et agit comme un poison lent sur les Etats et les peuples en les paupérisant1.

Les chiffres le démontrent. Ils sont accablants :

Par exemple, en 2024, les exportations françaises vers la Chine se montaient à 24 milliards d’euros. Les importations françaises provenant de la Chine représentaient 71 milliards d’€. Si la balance commerciale était équilibrée, nous produirions en France pour 47 milliards d’€ de biens et de services, et le déficit de la loi de Finance se comblerait rapidement.

C’est donc une guerre économique folle que l’UE a mis en place, qui fonctionne ainsi qu’il suit :

les fortes baisses des droits de douane décidées en 1994, les accords de libre-échange et les mesures visant à supprimer les «obstacles aux échanges», ont rendu extrêmement simple :

D’abord la fermeture des usines en France pour les installer dans des pays peu regardant sur les sujets sociaux et environnementaux,

Ensuite, l’exportation vers la France et l’Europe, des produits fabriqués dans ces nouvelles usines à des prix de dumpings, sans droits de douane, sans aucune contribution pour compenser les effets des émissions de gaz à effets de serre résultant du transport des marchandises et sans acquitter d’impôts, grâce à des montages avec les paradis fiscaux.

L’Union Européenne a donc créé une sorte de « prime » au départ des entreprises situées en Europe. Beaucoup d’entreprises françaises sont parties, en raison des avantages très importants qu’elles allaient en tirer.

La déloyauté est totale pour les entreprises restées en France. Voilà pourquoi, pour survivre, les entreprises opérant sur les mêmes marchés en France, sont souvent condamnées à délocaliser à leur tour pour ne pas mourir.

Pour une démonstration claire et courte sur le fait que le modèle économique mis en place par l’Union Européenne dans ses accords dits de « libre échange » ne ressemble à rien de sérieux pour les Etats et les peuples, voir sur : https://www.pauvrete-politique.com/_files/ugd/146df5_5704fb10cd7341c9829651145051713e.pdf

La réindustrialisation échouera tant que le départ d’une entreprise hors de France sera beaucoup plus intéressant que son maintien sur le territoire. Qui, à Paris ou à Bruxelles est capable de démontrer le contraire ?

C’est pourquoi le Comité Pauvreté et Politique prône depuis longtemps la mise en place de garde fous, qui devraient notamment se concrétiser par la création de droits de douane mesurés, chiffrés, réversibles, dont l’objectif devra être de créer ou maintenir dans tous les secteurs une concurrence loyale et juste, tout en restant stimulante pour tous les opérateurs, afin de maintenir une saine compétition entre les entreprises.

Il ne s’agit pas de créer des droits de douane aveugles, pays par pays. Cela ne ferait que déplacer les gagnants et les perdants. Ce serait donc un nouveau cercle vicieux. La concurrence resterait mécaniquement déloyale.

A cet égard, l’une des pires erreurs de l’UE est d’accepter de « fusiller » un secteur économique dans un accord de libre-échange, pourvu qu’un autre secteur y gagne.

CONCLUSION : Comment croire à une prospérité future dans un tels contexte ?

Le Continent européen est en train de devenir un nain sur la planète. Il n’a aucun projet fédérateur et enthousiasmant pour ses peuples. Son modèle économique est une anomalie, mais s’impose aux 27 pays. Il sert de terrain de chasse aux influents lobbies.

De son côté, la France voit également se réduire considérablement son influence malgré tous ses atouts.

1 En 1985/1986, les resto du Coeur ont distribué 8 millions de repas. Quarante ans plus tard, (2023/24), ils en ont distribué 163 millions ! De son côté que le Président Macron a reconnu à l’ONU, en 2020, que les classes moyennes et pauvres sont les variables de la mondialisation, ce qui implique un appauvrissement au fil du temps.

Ancien directeur général d'un syndicat patronal du secteur agroalimentaire, Bertrand de Kermel est aujourd'hui Président du comité Pauvreté et politique, dont l'objet statutaire est de formuler toutes propositions pour une "politique juste et efficace, mise délibérément au service de l'Homme, à commencer par le plus démuni ". Il est l'auteur de deux livres sur la mondialisation (2000 et 2012)

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