Une baisse de 0,8 % du prix de l’électricité au 1er février 2026. L’annonce, formulée par la Commission de régulation de l’énergie, intrigue autant qu’elle interroge. Derrière ce chiffre modeste se cachent des mécanismes complexes, un rôle institutionnel clé et des enjeux politiques majeurs pour les ménages français.
Électricité : comprendre la baisse de 0,8 % proposée par la CRE

Le 1er février 2026 marque une nouvelle échéance pour l’évolution du prix de l’électricité en France. Ce jour-là, les tarifs réglementés de vente de l’électricité, souvent appelés TRVE, pourraient reculer de 0,8 %. Cette proposition émane de la Commission de régulation de l’énergie, plus connue sous le sigle CRE. À première vue, la baisse semble marginale. Pourtant, elle s’inscrit dans un cadre réglementaire précis, hérité de l’histoire énergétique française, et révèle la manière dont le prix de l’électricité est aujourd’hui construit, encadré et politiquement sensible.
Pourquoi la CRE propose une baisse du prix de l’électricité de 0,8 %
La proposition de baisse de 0,8 % du prix de l’électricité repose d’abord sur une photographie des coûts réels du système électrique. En effet, la CRE a pour mission d’évaluer, de manière indépendante, l’ensemble des charges supportées par un fournisseur type. Ainsi, elle observe l’évolution des prix de gros, les coûts d’acheminement sur les réseaux, mais aussi le niveau des taxes et contributions. Or, ces derniers mois, plusieurs composantes ont légèrement reculé ou se sont stabilisées. Dès lors, et puisque les tarifs réglementés de l’électricité doivent refléter ces coûts, une baisse devient mécaniquement envisageable. Toutefois, contrairement à la forte diminution de 15 % intervenue un an plus tôt, le contexte actuel ne permet pas un ajustement plus marqué, selon l’analyse transmise par l’autorité.
Par ailleurs, la CRE insiste sur le caractère prudent de sa recommandation. D’une part, les marchés restent volatils, malgré une accalmie relative. D’autre part, les charges structurelles du système, notamment l’entretien des réseaux et les investissements nécessaires à la transition énergétique, demeurent élevées. Dans ce cadre, proposer une baisse trop importante du prix de l’électricité ferait peser un risque sur l’équilibre économique du système. C’est pourquoi la baisse de 0,8 % est présentée comme un ajustement technique plutôt que comme un signal politique fort. Selon les éléments communiqués par la CRE, cette diminution représenterait environ 1,99 euro par mégawattheure et, concrètement, une économie annuelle moyenne proche de 9 euros pour un ménage consommant 4,5 MWh par an.
À quoi servent les tarifs réglementés de l’électricité et pourquoi existent-ils
Pour comprendre la portée de cette baisse du prix de l’électricité, il faut revenir à l’existence même des tarifs réglementés. Les TRVE sont un dispositif spécifique à la France, mis en place pour protéger les consommateurs particuliers face aux aléas du marché. Historiquement, l’électricité était produite et vendue par un opérateur public unique, à un prix fixé par l’État. Avec l’ouverture à la concurrence, ce modèle a évolué, mais les pouvoirs publics ont souhaité conserver un filet de sécurité tarifaire. Ainsi, les tarifs réglementés de l’électricité offrent une référence de prix, accessible à tous les ménages qui le souhaitent, indépendamment des offres de marché proposées par les fournisseurs alternatifs.
De plus, ces tarifs réglementés remplissent une fonction stabilisatrice. En période de forte hausse des prix sur les marchés, ils amortissent les chocs pour les consommateurs. À l’inverse, lorsque les coûts diminuent, ils permettent une répercussion progressive et encadrée de la baisse. Sans ces tarifs réglementés de l’électricité, les ménages seraient directement exposés aux fluctuations parfois brutales des marchés de gros. En ce sens, la baisse de 0,8 % proposée aujourd’hui illustre précisément ce rôle d’ajustement. Elle montre que les TRVE ne sont ni figés ni arbitraires, mais qu’ils évoluent selon une méthode de calcul encadrée par la loi et supervisée par une autorité indépendante.
Le rôle central de la CRE dans la fixation du prix de l’électricité
La CRE occupe une place singulière dans l’architecture énergétique française. Créée pour garantir le bon fonctionnement des marchés de l’électricité et du gaz, elle agit à la fois comme arbitre et comme expert. Concernant le prix de l’électricité, son rôle est strictement défini. Elle n’impose pas directement les tarifs, mais elle formule une proposition fondée sur l’analyse détaillée des coûts. Cette proposition est ensuite soumise au Conseil supérieur de l’énergie, puis aux ministères concernés, qui prennent la décision finale par arrêté. Autrement dit, la baisse de 0,8 % du prix de l’électricité n’est pas automatique, même si, dans les faits, les recommandations de la CRE sont rarement écartées.
En outre, la méthode utilisée par la CRE repose sur ce que l’on appelle l’« empilement des coûts ». Chaque composante du prix de l’électricité est identifiée, chiffrée et justifiée. On y retrouve le coût d’approvisionnement en électricité, les frais d’acheminement via les réseaux, et les différentes taxes. Cette transparence méthodologique explique pourquoi les ajustements sont parfois limités. Lorsque certaines composantes baissent mais que d’autres augmentent, l’effet global reste modéré. La baisse de 0,8 % reflète donc un équilibre fragile entre des forces contradictoires. Elle traduit aussi la volonté de la CRE de privilégier la lisibilité et la stabilité du prix de l’électricité pour les consommateurs.
