« La Chine est la bienvenue » en France, Shein beaucoup moins ?

« La Chine est la bienvenue ! Nous avons besoin de plus d’investissements directs chinois en Europe dans certains secteurs clés pour contribuer à notre croissance ». Ainsi s’est exprimé Emmanuel Macron lors de son discours au Forum économique de Davos, mardi 20 janvier. Pourtant, au-delà de cette déclaration de principe, certains grains de sable continuent de gripper les relations commerciales franco-chinoises, comme le cas Shein. Dernier épisode en date : ce 21 janvier, lors des vœux de la CPME, le ministre des PME Serge Papin a lancé devant un parterre incrédule qu’il fallait « casser la gueule aux Chinois », en référence à la plateforme de fast fashion…

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By La rédaction Last modified on 22 janvier 2026 10h39
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« La Chine est la bienvenue » en France, Shein beaucoup moins ? - © Economie Matin
1000 MILLIARDS $La Chine a enregistré un excédent commercial de plus de 1.000 milliards de dollars en 11 mois.

La sortie d’Emmanuel Macron s’inscrit dans le cadre des tensions qui s’accroissent dans les relations transatlantiques, Donald Trump traitant l’Europe en adversaire bien plus qu’en allié ces dernières semaines, avec des déclarations très directes sur son envie d’annexer le Groenland. La question des tarifs douaniers a aussi connu une nouvelle aggravation, la présidence américaine menaçant de passer les droits sur les vins, champagnes et spiritueux à « 200 % » en guise de représailles contre la France, qui n’a pas souhaité rejoindre l’audacieux « Conseil de la Paix » imaginé par le locataire de la Maison Blanche.

Dans un tel contexte, il semble assez logique que la France tente de diversifier ses échanges commerciaux. Le Premier ministre canadien Mark Carney en a fait de même, annonçant son intention de trouver de nouvelles bases aux échanges commerciaux entre son pays et Pékin. La visite d’État d’Emmanuel Macron en Chine en décembre 2025 s’inscrivait déjà dans cette dynamique. Elle intervenait dans un contexte de forte intensification des échanges, ceux-ci ayant atteint près de 69 milliards de dollars sur les dix premiers mois de l’année 2025. Des volumes qui font de la Chine l’un des principaux partenaires commerciaux de la France, et confirment le degré d’interdépendance existant entre les deux économies.

Cette relation se traduit également par l’importance des investissements croisés, estimés à environ 46 milliards d’euros pour les entreprises françaises implantées en Chine et à près de 12 milliards d’euros pour les investissements chinois en France. Le déplacement présidentiel du 3 au 5 décembre 2025 avait été accompagné par une délégation d’environ trente dirigeants d’entreprises françaises, représentant notamment les secteurs de l’aéronautique, de l’énergie, de l’automobile et des technologies industrielles.

Plusieurs projets de coopération avaient été évoqués ou confirmés à cette occasion. Orano s’était ainsi engagé dans un partenariat avec XTC New Energy pour la production de matériaux critiques destinés aux batteries électriques. Le groupe chinois Envision Energy avait quant à lui choisi de poursuivre le développement de capacités de production de batteries dans le Nord de la France, destinées notamment au site Renault de Douai, illustrant une logique d’implantation industrielle sur le territoire européen.

Des tensions à aplanir : le cas Shein

Cette évolution s’inscrit dans une dynamique amorcée depuis quelques années, notamment dans le secteur de la distribution et du textile, autour du cas de Shein. Depuis 2024, la plateforme chinoise a engagé une stratégie d’implantation plus directe en Europe, marquée par plusieurs investissements ciblés. Son arrivée au BHV, ainsi que sa participation au sauvetage de l’enseigne Pimkie, alors en grande difficulté financière, avaient constitué des signaux notables. Mais si ces opérations ont permis la recapitalisation d’entreprises fragilisées et la préservation de plusieurs centaines d’emplois, elles ont entrainé une levée de boucliers de la part des acteurs du secteur textile français et d’une partie de la classe politique.

Pourtant, la démarche de l’enseigne chinoise répond à des crises anciennes de l’économie française : le déclin de l’industrie textile et la désertification des centres commerçants des villes moyennes. Auditionné par le Sénat mercredi 21 janvier, Quentin Ruffat, responsable des opérations extérieures de Shein, affirmait ainsi que l’enseigne avait l’intention d’investir davantage en France et d’y créer des emplois. Selon le porte-parole, ce faisant, Shein se contente de remplir un vide provoqué par « une trajectoire longue marquée par plusieurs ruptures successives : le développement des hypermarchés et des zones commerciales en périphérie dans les années 1970, la délocalisation massive de l’industrie textile dans les années 2000 puis l’adoption progressive du e-commerce par les consommateurs français ».

Les propositions du géant du prêt-à-porter répondent au souhait exprimé par Emmanuel Macron, qui en a appelé à davantage d’investissements directs des entreprises chinoises en France et en Europe. Reçu 5/5 par le gouvernement ? Pas à en croire la récente sortie de Serge Papin, ministre des PME en croisade contre la plateforme, qui a profité de sa présence aux vœux de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), le 21 janvier, pour en appeler à « casser la gueule aux Chinois ». L’AFP précise que selon son entourage, « on pouvait l'entendre comme "aux Sheinois", un jeu de mot avec le nom de la plateforme asiatique. »

Si elle a pu amuser dans la salle, cette charge n’a pas spécialement dû faire sourire nos partenaires chinois. Surtout, elle montre qu’au-delà des effets d’annonce, Macron va devoir travailler à l’harmonisation du discours et de l’action de ses troupes, s’il ne veut pas que sa stratégie de rapprochement, à peine annoncée dans le faste de Davos, ne soit sabordée en coulisses par les coups de boutoir de quelque ministre à l’agenda dissonant.

Notons, pour finir, que la démarche française ne se limite pas à une logique d’ouverture. Lors de la visite de décembre 2025, Emmanuel Macron a rappelé la nécessité de rééquilibrer les relations commerciales entre l’Union européenne et la Chine, qualifiant le niveau du déficit commercial de problématique à moyen terme. Il a souligné que le dialogue économique doit nécessairement s’accompagner de principes de réciprocité et de concurrence loyale, tout en évoquant la possibilité de recourir aux instruments européens de défense commerciale en cas de déséquilibres persistants.

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