La chute du titre Eutelsat en Bourse a surpris une partie des investisseurs. En cause, le refus de l’État français d’autoriser la vente d’actifs jugés stratégiques. Une décision politique assumée, aux conséquences financières immédiates, qui éclaire les tensions croissantes autour des actifs de télécommunications sensibles.
Eutelsat sous pression en Bourse après le veto de l’État

Le 30 janvier 2026, Eutelsat s’est imposé au cœur de l’actualité boursière. La décision du gouvernement français de bloquer une cession d’actifs jugés stratégiques a immédiatement déstabilisé le marché. En quelques heures, le titre a décroché, révélant la sensibilité extrême du groupe aux arbitrages de l’État en matière de télécommunications et de souveraineté.
Un refus de l’État aux motifs souverains
La décision est venue directement de l’exécutif. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a confirmé que l’État avait opposé un veto à la vente des antennes au sol d’Eutelsat à un fonds d’investissement suédois. Ces infrastructures constituent « un actif stratégique », ce qui justifie, par conséquent, un refus clair et assumé.
En effet, au-delà de leur usage civil, ces antennes sont également mobilisées pour des communications militaires. Ainsi, comme l’a précisé Roland Lescure, cette décision est liée « exclusivement au caractère critique de cette activité pour la souveraineté française ». Autrement dit, le gouvernement a considéré que la nature des télécommunications concernées primait sur toute logique financière ou industrielle à court terme.
Par ailleurs, cette intervention de l’État n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue sur les actifs stratégiques, notamment dans les télécommunications, un secteur désormais au cœur des enjeux de défense et de sécurité nationale. Dès lors, le refus apparaît comme une mesure de protection plutôt que comme une remise en cause directe de la stratégie d’Eutelsat.
Une décision qui a immédiatement secoué l’action Eutelsat
Les marchés n’ont toutefois pas tardé à réagir. À l’ouverture de la Bourse de Paris, le titre Eutelsat a reculé d’environ 5 %. Cette baisse traduit une inquiétude immédiate des investisseurs face à l’abandon d’une opération présentée comme structurante pour la trajectoire financière du groupe.
Initialement annoncée en 2024, la cession des infrastructures passives du segment sol devait rapporter environ 550 millions d’euros à Eutelsat. Ce produit était perçu comme un levier important pour réduire l’endettement et renforcer la flexibilité financière du groupe. Or, en l’absence de cette rentrée de fonds, la visibilité financière s’est brusquement assombrie, ce qui explique en grande partie la sanction boursière.
Dans un communiqué publié le 29 janvier 2026, Eutelsat a confirmé que l’opération ne serait pas menée à son terme, précisant que « les conditions suspensives n’ayant pas été toutes remplies », selon la formulation exacte du groupe. Une déclaration factuelle, mais qui n’a pas suffi à rassurer les marchés, d’autant plus que l’État français demeure le premier actionnaire d’Eutelsat, avec environ 29,6 % du capital.
Eutelsat face à ses ratios financiers et à la concurrence de Starlink
Sur le plan financier, les conséquences sont désormais chiffrées. Après l’échec de la cession, Eutelsat anticipe un ratio de dette nette sur EBITDA autour de 2,7 fois, contre une cible précédente proche de 2,5 fois. Même si cet écart reste contenu, il modifie néanmoins la trajectoire financière communiquée aux investisseurs.
Cependant, tout n’est pas négatif. Eutelsat estime que le maintien de ces actifs pourrait générer, sur trois ans, une amélioration de marge d’environ 5 %, grâce notamment à la fin de certains coûts de location. De plus, le groupe bénéficie d’un contrat de services satellites avec l’armée française, d’une valeur d’environ 1 milliard d’euros sur dix ans. Un élément qui renforce la dimension stratégique de ses activités, mais qui accentue aussi la surveillance de l’État.
Enfin, cette affaire intervient dans un contexte de concurrence intense sur le marché des télécommunications spatiales. Face à des acteurs comme Starlink, Eutelsat évolue dans un environnement où la frontière entre enjeux commerciaux, industriels et géopolitiques devient de plus en plus poreuse. Dès lors, la décision de l’État, si elle fragilise temporairement le titre en Bourse, souligne aussi la place singulière d’Eutelsat dans l’écosystème stratégique français.
