Le Medef pensait relancer le débat sur l’emploi des jeunes. Il a surtout déclenché une tempête sociale. En proposant un nouveau contrat censé faciliter l’embauche des jeunes, le patronat a rouvert une plaie ancienne, ravivé le souvenir du CPE et relancé une polémique explosive sur la précarité et le rapport de force entre employeurs et jeunes travailleurs.
CDI jeunes : le Medef accusé d’organiser la précarité

Fin janvier 2026, le Medef a présenté aux syndicats une série de propositions sur l’emploi, dont un contrat spécifique destiné aux jeunes. Officiellement, l’objectif affiché est clair : faire reculer le chômage des jeunes et faciliter leur entrée sur le marché du travail. Avec en échange un salaire inférieur au SMIC et des droits et garanties amoindries pour la jeune génération déjà largement précarisée
Emploi : un CDI pour les jeunes qui les précarise encore plus
Le Medef a remis aux partenaires sociaux un document proposant la création d’un CDI destiné aux jeunes, présenté comme un outil de lutte contre le chômage. Selon les éléments rapportés, ce contrat permettrait une rupture sans motif pendant les premières années, avec une indemnisation progressive liée à l’ancienneté. Autrement dit, le jeune salarié serait officiellement en CDI, mais privé d’une partie des protections associées à ce type de contrat, notamment la justification du licenciement. Cette architecture contractuelle marque une rupture nette avec le CDI tel qu’il existe aujourd’hui, et pose immédiatement la question de la sécurité juridique pour les jeunes travailleurs.
Le Medef avance également l’idée d’une adaptation de la rémunération des jeunes primo-entrants. Le SMIC est explicitement présenté comme un possible frein à l’embauche, ouvrant la voie à des discussions sur des salaires inférieurs ou modulés pour les jeunes. Selon les documents attribués au patronat et cités par La Tribune, ces aménagements seraient limités dans le temps et ciblés sur certains publics. Néanmoins, pour les syndicats, le message est limpide : derrière l’argument de l’emploi, le contrat proposé transforme le jeune en variable d’ajustement économique, plus flexible, moins protégé et potentiellement moins payé.
Pourquoi ce contrat risque d’accentuer la précarité des jeunes
Le Medef justifie sa proposition en s’appuyant sur des données chiffrées. En France, 12,3 % des 15-29 ans étaient en 2023 ni en emploi, ni en études, ni en formation, selon les chiffres relayés par RTL. Le taux de chômage des jeunes atteindrait par ailleurs 19 %, un niveau régulièrement mis en avant par le patronat pour légitimer une réforme profonde du marché du travail. À ces statistiques s’ajoute un autre chiffre, largement cité : 1,4 million de jeunes se trouvent durablement éloignés de l’emploi, de la formation ou des études.
Cependant, pour de nombreux observateurs, ces données servent surtout de justification à une flexibilisation accrue. Le risque est clair : créer un sous-CDI réservé aux jeunes, moins protecteur, plus facile à rompre, et potentiellement moins rémunéré. Cette logique, dénoncée par plusieurs syndicats, pourrait installer durablement les jeunes dans un cycle de précarité, en retardant l’accès à un CDI classique et en fragilisant leur trajectoire professionnelle. L’inspiration revendiquée du contrat à droits progressifs italien, créé en 2016, renforce cette inquiétude, car ce modèle a déjà été critiqué pour avoir affaibli les garanties des salariés en début de carrière. Le Medef ne peut donc pas ne pas savoir : la volonté est bien celle de précariser l’emploi des jeunes.
Une levée de boucliers syndicale et une polémique immédiate
La réaction syndicale ne s’est pas fait attendre. La CGT a qualifié la proposition de « déclaration de guerre contre les jeunes et les salariés », selon un communiqué repris par Le Parisien. Sa secrétaire générale, Sophie Binet, a dénoncé un projet qui remettrait sur la table « période d’essai pendant trois ans, SMIC jeune et généralisation des contrats précaires », rappelant explicitement le traumatisme du contrat première embauche (CPE) de 2006. L’Unef, de son côté, a appelé l’ensemble de la jeunesse à se mobiliser contre ce qu’elle considère comme des attaques inacceptables contre les droits sociaux des jeunes.
Face à la polémique, le Medef tente de désamorcer. Son vice-président, Fabrice le Saché, assure dans la presse qu’« il ne s’agit pas de se séparer plus facilement », mais de répondre à ce qu’il qualifie de « scandale absolu » du chômage des jeunes. Il insiste sur la nécessité d’agir face à une situation qu’il juge bloquée. Pourtant, ces arguments peinent à convaincre. Dans l’opinion comme chez les syndicats, le parallèle avec le CPE, abandonné après une mobilisation massive, s’impose. La controverse dépasse désormais le seul cadre technique de l’emploi pour les jeunes et s’installe comme un affrontement idéologique entre sécurité de l’emploi et flexibilisation abusive du travail.
