Renault rapatrie en France le moteur de la Twingo E-Tech

En décidant d’assembler en France un moteur électrique conçu en Chine pour la Twingo E-Tech, Renault avance sur une ligne de crête. Le constructeur cherche à concilier compétitivité industrielle, accès au bonus écologique et maintien de l’emploi, tout en assumant une relocalisation encore partielle.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 5 février 2026 15h30
Renault Rapatrie En France Le Moteur De La Twingo E Tech
Renault rapatrie en France le moteur de la Twingo E-Tech - © Economie Matin

Fin janvier 2026, Renault a confirmé étudier l’assemblage en France d’un moteur électrique d’origine chinoise destiné à la future Twingo E-Tech. Cette décision marque un tournant industriel, dans un contexte de pression sur les coûts, de concurrence chinoise accrue et de durcissement des règles d’accès au bonus écologique pour les voitures électriques.

Renault fait le choix d’un moteur assemblé en France

Pour Renault, la stratégie autour de la Twingo E-Tech repose d’abord sur un impératif de prix. Le constructeur vise une voiture électrique d’entrée de gamme, affichée autour de 20 000 euros avant bonus. Or, dans ce segment, le groupe fait face à une double contrainte. D’un côté, les coûts de production européens restent élevés. De l’autre, les constructeurs chinois progressent rapidement, avec des modèles électriques à bas prix. Dans ce contexte, Renault a fait le choix d’un moteur développé par le motoriste chinois Shanghai e-Drive, conçu pour être plus simple et moins coûteux que les groupes motopropulseurs actuellement utilisés par le groupe.

Toutefois, Renault n’a pas retenu un schéma d’importation directe. Le projet prévoit un assemblage en France, sur le site de Cléon, en Seine-Maritime, déjà spécialisé dans les motorisations électriques. Le moteur destiné à la Twingo E-Tech, mais aussi aux futures Renault 5 et Renault 4 électriques, serait assemblé à Cléon à partir de composants importés. Cette nuance est centrale. Renault distingue clairement la conception, la fabrication des pièces et l’assemblage final, ce dernier étant la seule étape relocalisée à ce stade.

Une relocalisation encore partielle

Sur le plan social, Renault met en avant l’impact positif pour l’emploi local. L’assemblage du moteur électrique à Cléon pourrait mobiliser jusqu’à cinq équipes de 28 personnes, soit environ 140 emplois directs, si la ligne fonctionne à pleine capacité.

Du côté des syndicats, l’accueil est globalement favorable, même s’il reste prudent. « Pour la pérennité du site industriel et de l’emploi, c’est une excellente nouvelle », déclare Thierry Coquin, secrétaire du syndicat Force ouvrière de l’usine de Cléon. Le représentant syndical souligne également que ce choix permet d’éviter une livraison directe des moteurs vers les sites d’assemblage de véhicules, ce qui aurait privé Cléon de toute activité supplémentaire. Renault, de son côté, insiste sur le rôle stratégique du site normand dans son dispositif d’électrification, une position déjà mise en avant par la direction.

Néanmoins, cette relocalisation reste limitée. La CGT d'Ampere Cléon déplore que « le site de Cléon ne fera que l’assemblage du moteur, aucune pièce ne sera sortie de la fonderie ni des lignes d’usinage ». Les composants essentiels continueront donc d’être fabriqués en Chine par Shanghai e-Drive. Pour Renault, il s’agit d’un compromis industriel. L’assemblage en France génère de l’activité et des emplois, mais la valeur ajoutée la plus élevée reste, pour l’instant, localisée hors d’Europe.

Renault face au bonus écologique et aux limites de la réindustrialisation

La décision de Renault s’inscrit aussi dans un cadre réglementaire précis. L’assemblage en France du moteur de la Twingo E-Tech répond aux critères du bonus écologique, désormais conditionné à une part significative de production européenne. En internalisant l’assemblage final, Renault améliore le score environnemental et industriel de son modèle, condition indispensable pour rester éligible aux aides publiques. Cette dimension a pesé lourd dans l’arbitrage industriel du constructeur.

Pour autant, cette stratégie révèle les limites actuelles de la réindustrialisation automobile. Renault ne relocalise ni la conception complète du moteur, ni la fabrication des composants critiques. Les raisons sont économiques. Produire ces éléments en Europe renchérirait le coût final, compromettant l’objectif de prix fixé pour la Twingo E-Tech. L’Usine Nouvelle souligne d’ailleurs que le projet reste présenté comme une ébauche et pourrait évoluer, voire ne pas aboutir, en fonction des conditions économiques et des discussions avec le partenaire chinois. Renault avance donc par étapes, en privilégiant une solution jugée réaliste à court terme.

Dans ce contexte, Renault tente de maintenir un équilibre délicat. Le constructeur sécurise l’accès au bonus écologique, soutient l’activité industrielle en France et préserve sa compétitivité sur le segment de l’entrée de gamme électrique. En revanche, la relocalisation reste partielle et dépendante de fournisseurs chinois, illustrant les contraintes structurelles auxquelles l’industrie automobile européenne continue de faire face.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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