Face à une demande record et aux retards du nouveau matériel, le TGV va voir sa durée de vie portée jusqu’à 50 ans. Un tiers des rames sera rénové dans le cadre d’un programme industriel inédit de la SNCF, représentant plus de 600 millions d’euros d’investissement et 6,7 millions de tonnes de CO₂ évitées.
SNCF : un tiers des TGV sera rénové pour rouler jusqu’à 50 ans

Alors que le trafic grande vitesse n’a jamais été aussi élevé, la SNCF choisit de prolonger massivement la vie de ses trains plutôt que d’attendre le renouvellement complet de sa flotte. Le programme baptisé « Opération Obsolescence Déprogrammée » (O2D) vise à restaurer 104 rames TGV INOUI pour maintenir l’offre commerciale jusqu’à l’arrivée progressive des futurs TGV M.
TGV : prolonger jusqu’à 50 ans pour préserver l’offre
La pression est forte sur la flotte. En 2025, SNCF Voyageurs a transporté 168 millions de clients à bord de ses TGV en France et en Europe, « soit une augmentation de 3,5% par rapport à 2024 », précise l’entreprise dans son communiqué. Depuis 2019, la fréquentation a progressé de 18%, soit près d’un voyageur sur cinq supplémentaire.
Dans ce contexte, le groupe explique être confronté à « une équation complexe : comment continuer à maintenir un haut niveau d’offre et qualité de service alors que le renouvellement de sa flotte, incarné par le futur TGV INOUI (TGV M), a pris du retard ».
La réponse prend la forme d’un programme industriel inédit. Lancé en 2023, O2D vise à repousser l’âge de réforme des rames, initialement conçues pour une durée de service moyenne de 34 ans, afin de les porter à 40 voire 50 ans. Selon la SNCF, il s’agit d’« une première mondiale dans le domaine de la grande vitesse ».
Sur les 104 rames concernées, 81 sont des trains à un niveau et 23 des rames à deux niveaux. Les trois quarts bénéficieront d’une prolongation limitée (2 à 4 ans supplémentaires), tandis que les rames à deux niveaux pourront voir leur exploitation étendue de 10 à 15 ans.
Un chantier industriel lourd pour la SNCF
La rénovation dépasse le simple rafraîchissement esthétique. Chaque train fait l’objet d’une expertise complète : structure, châssis, installations électriques. Trois catégories sont définies : les rames en bon état nécessitant une remise à niveau légère, celles exigeant une rénovation lourde, et enfin celles destinées à être radiées mais transformées en « rames magasins » pour récupérer jusqu’à 3.000 pièces réutilisables.
Concrètement, les rames prolongées de quelques années nécessitent près d’un an d’études et un mois de travaux. Les rénovations portent sur les sièges, moquettes, accoudoirs, prises électriques, éclairage, avec une remise à neuf systématique des sanitaires et du bar. Les peintures extérieures sont également revues.
Pour les rames à deux niveaux, le chantier est d’une tout autre ampleur : trois ans d’études préalables et près de six mois de travaux par train. La modernisation est alors complète, intégrant la climatisation, les équipements de sécurité et l’amélioration de l’interopérabilité via le système ERTMS.
La première chaîne de production a démarré en septembre 2025 au technicentre Atlantique de Châtillon. Deux autres lignes ont ouvert début 2026 à Rennes-La Janais et au Landy. Au total, cinq sites industriels sont mobilisés.
En 2026, 26 rames rénovées retourneront en service commercial, puis 23 en 2027. D’ici l’an prochain, près de la moitié du programme sera donc déjà opérationnelle.
15% de capacité préservée et 6,7 Mt de CO₂ évitées
L’enjeu est stratégique : maintenir la capacité de transport. Dès 2027, les rames prolongées représenteront 17.700 places préservées. Sur la période 2027-2034, la capacité moyenne sauvegardée atteindra 22.100 places, soit l’équivalent de 52 rames TGV.
La SNCF estime que le programme O2D permet de préserver « l’équivalent de 15% de la capacité actuelle de l’offre TGV ».
Sur le plan environnemental, l’entreprise met en avant un impact significatif : « 6,7 MtCO₂ économisées », soit un peu plus de 5% des émissions annuelles du secteur des transports en France (128 MtCO₂ en 2023). La logique est simple : la phase de fabrication d’un train est la plus émettrice en carbone. Allonger la durée d’exploitation retarde donc la production de matériel neuf.
En parallèle, 100 rames TGV M ont été commandées depuis 2018 pour un montant de 3,5 milliards d’euros, avec un déploiement prévu à partir de juillet 2026. Le programme O2D doit servir de pont industriel jusqu’à leur montée en puissance.
