Ouigo n’est plus tout à fait le train à très bas coût qu’il promettait. En sept ans, les prix des billets ont bondi de 75 %, selon une étude relayée par la Fédération nationale des associations d’usagers des transports. Derrière la polémique, la SNCF défend l’évolution de son offre et invoque la transformation du modèle économique.
SNCF : Les prix des Ouigo ont presque doublé en 7 ans

Le 13 février 2026, la Fédération nationale des associations d’usagers des transports a publié une analyse fondée sur les données de l’Autorité de régulation des transports. Le constat est net : le prix moyen d’un billet Ouigo est passé de 19,80 euros en 2017 à 34,70 euros en 2024. Cela représente une hausse de 75 % sur la période 2017-2024.
Ouigo : une hausse des prix de 75 % dénoncée par les usagers
Dans le détail, la fédération précise que le prix au kilomètre des trajets en Ouigo a progressé de 71 % sur la même période, d’après les données de l’AR. À titre de comparaison, les billets de TGV Inoui ont augmenté de 8 % en prix moyen et de 11 % au kilomètre entre 2017 et 2024, selon la FNAUT. L’écart interpelle. D’autant plus que l’offre Ouigo, présentée comme une alternative low cost au train classique de la SNCF, était censée contenir la hausse des prix et soutenir la consommation des ménages en matière de transport.
La fédération pointe aussi l’évolution de l’écart tarifaire entre les deux gammes. La différence moyenne de prix entre Inoui et Ouigo serait passée de 25 euros au lancement à 14 euros aujourd’hui. Autrement dit, le différentiel s’est resserré. Pour les voyageurs, cela change la donne. Le billet Ouigo reste moins cher, certes, mais l’avantage comparatif s’amenuise au fil des années.
Entre 2017 et 2024, l’offre en sièges-kilomètres a augmenté de 185 % pour Ouigo, tandis que celle des TGV Inoui a reculé de 13 %, selon TourMaG. Ainsi, la SNCF a massivement développé le segment Ouigo, au moment même où les prix des billets progressaient fortement. Ce double mouvement alimente la critique d’un modèle low cost qui s’éloignerait de sa promesse initiale en matière de voyage à bas prix.
Ouigo : la SNCF justifie la forte hausse des billets
Face aux accusations, la SNCF ne conteste pas l’évolution des prix des billets Ouigo. Elle en propose toutefois une lecture différente. Interrogé par Le Parisien, Alain Krakovitch, directeur de TGV-Intercités à la SNCF, reconnaît : « Oui les prix des Ouigo ont évolué depuis 13 ans. En même temps que Ouigo a évolué ». Selon lui, l’offre n’a plus grand-chose à voir avec celle des débuts.
La SNCF avance un argument central. D’après Alain Krakovitch, environ 80 % de la hausse des prix s’expliqueraient par l’évolution de l’offre, avec davantage de dessertes de gares principales et des trajets plus longs. Les 20 % restants seraient liés à la hausse des coûts d’exploitation. En d’autres termes, l’augmentation du prix du billet Ouigo refléterait une montée en gamme partielle et un élargissement du périmètre de transport.
Ce point est crucial. À l’origine, Ouigo desservait principalement des gares périphériques, avec un modèle optimisé pour réduire les coûts. Or, progressivement, la marque a intégré des gares centrales et des axes plus structurants. Cela modifie la structure tarifaire. Si le prix moyen d’un billet de train Ouigo est bien passé de 19,80 euros à 34,70 euros, la SNCF estime que comparer ces deux chiffres sans tenir compte de l’évolution du réseau et des distances parcourues serait réducteur.
Du côté des usagers, le discours est plus nuancé. Sur TF1info, François Delétraz, président de la FNAUT, déclare : « Il faut regarder les prix. Si vous êtes un occasionnel (...) ça vaut encore le coup de prendre un Ouigo ». Le train Ouigo demeure attractif pour certains profils de voyageurs, notamment en réservation anticipée. Toutefois, pour d’autres, la hausse des prix pèse sur le budget consommation consacré au voyage et au transport longue distance.
Ouigo : un modèle low cost en mutation
L’évolution de Ouigo interroge le modèle économique du train low cost en France. Si l’écart de prix entre Inoui et Ouigo est passé de 25 euros à 14 euro, la frontière entre les deux offres devient plus floue. Le voyageur peut alors arbitrer différemment, en fonction du confort, des horaires ou des services inclus. La SNCF, de son côté, assume une logique de segmentation plus souple, où Ouigo ne serait plus uniquement le train ultra low cost, mais un produit optimisé dans un environnement de coûts en hausse.
Au final, le débat autour de Ouigo illustre une tension classique du transport ferroviaire. D’un côté, les usagers réclament des prix accessibles et stables. De l’autre, l’opérateur historique ajuste ses tarifs pour absorber l’augmentation des charges et financer le développement de son offre. Reste à savoir si, à long terme, le modèle Ouigo pourra concilier promesse de prix bas et réalité économique du train à grande vitesse.
