La troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), qui fixe la trajectoire énergétique française jusqu’en 2035, marque un moment important dans la stratégie énergétique nationale. Comme ses précédentes versions, elle poursuit deux objectifs structurants : accélérer la décarbonation du système énergétique et renforcer la souveraineté énergétique du pays.
PPE3 : au-delà du débat sur le nucléaire, le véritable défi reste la sortie des énergies fossiles

Pourtant, le débat public s’est largement concentré sur l’évolution de la place du nucléaire dans le mix électrique. Si cette question est structurante, elle ne doit pas masquer l’enjeu principal : la transformation profonde du mix énergétique dans son ensemble, encore largement dépendant des énergies fossiles.
Un rééquilibrage stratégique autour du nucléaire
Par rapport à la PPE2 (2019-2028), la PPE3 introduit un changement de cap notable. Alors que la précédente programmation envisageait une réduction progressive de la part du nucléaire dans la production d’électricité, la nouvelle trajectoire privilégie désormais le maintien et le renouvellement du parc existant, avec la perspective de nouveaux réacteurs.
Ce réajustement répond à plusieurs contraintes. Le nucléaire constitue aujourd’hui le pilier du système électrique français, représentant environ 70 % de la production d’électricité nationale.
Les énergies renouvelables variables, comme l’éolien ou le solaire, présentent également une contrainte structurelle : leur intermittence. Or l’électricité reste difficile à stocker à grande échelle. Dans un système électrique historiquement centralisé, conçu autour de moyens de production puissants et pilotables, remplacer rapidement une part significative de la production nucléaire par ces sources pose des défis techniques et industriels majeurs.
L’angle mort du débat énergétique : la dépendance aux énergies fossiles
Concentrer la discussion sur le seul mix électrique revient à ignorer un point essentiel. L’électricité ne représente qu’une partie de l’énergie consommée en France. Aujourd’hui, les énergies fossiles, essence et gasoil, gaz naturel ou fioul, représentent 60 % du mix énergétique total du pays. Cette dépendance pose un double défi. Climatique : la combustion des hydrocarbures reste la principale source d’émissions de CO₂. Stratégique : la France ne produit pratiquement pas d’énergies fossiles et dépend donc largement des importations pour couvrir ses besoins.
La question décisive : les moyens pour financer et piloter la transition
Si la PPE3 fixe un cap stratégique, sa réussite dépend des moyens mobilisés pour atteindre ces objectifs. La transition énergétique ne se limite pas à une orientation politique : elle implique des investissements massifs, des instruments économiques efficaces et une capacité de pilotage robuste. Les besoins d’investissement sont considérables. Les estimations associées à la programmation énergétique évoquent plus de 110 milliards d’euros d’investissements par an, appelés à croître encore dans la décennie à venir.
Dans ce contexte, les mécanismes de financement constituent des leviers essentiels. Le dispositif des Certificats d’Économie d’Énergie (CEE) en est un exemple emblématique. Son principe repose sur une logique originale : plutôt que de financer directement les politiques d’efficacité énergétique par le budget de l’État, ce sont les fournisseurs d’énergie qui sont mis à contribution pour financer des actions d’économie d’énergie auprès des entreprises, des collectivités et des ménages.
Ce modèle présente un avantage indéniable : il permet de mobiliser des volumes d’investissement significatifs sans peser directement sur les finances publiques. Mais son efficacité dépend étroitement de sa capacité à orienter réellement les financements vers des projets utiles et mesurables.
L’enjeu pour les pouvoirs publics n’est pas seulement de maintenir l’ambition financière de ces mécanismes, mais d’en renforcer le pilotage, le contrôle et l’évaluation. Sans une gouvernance plus rigoureuse et un suivi précis des résultats, le risque est de voir se multiplier les dispositifs sans garantir leur efficacité réelle dans la réduction des consommations énergétiques.
Une transformation systémique du modèle énergétique
La PPE3 ne doit pas être interprétée uniquement comme un arbitrage entre nucléaire et renouvelables. Elle constitue une étape dans une transformation plus large : celle d’un système énergétique encore largement dominé par les énergies fossiles.
Cette transformation implique à la fois des investissements massifs, une évolution des infrastructures et une transformation profonde des usages énergétiques dans les transports, l’industrie et le bâtiment. Elle suppose également une coordination étroite entre acteurs publics, industriels et territoires pour aligner les stratégies d’investissement et sécuriser les trajectoires de décarbonation.
