La guerre soutient la Défense mais le baril mène encore la Bourse

La guerre au Moyen-Orient s’impose comme un nouveau catalyseur d’incertitudes économiques et financières. Si les valeurs de défense semblent, à première vue, tirer parti des tensions géopolitiques, la réalité des marchés se révèle plus nuancée. Crise internationale, envolée des prix du pétrole et hausse des budgets militaires soumettent ces acteurs à des tendances parfois divergentes. Dans quelle mesure cet environnement constitue-t-il un moteur de performance durable pour les actions françaises du secteur ?

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By Louise Girard Published on 2 avril 2026 15h05
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La guerre soutient la Défense mais le baril mène encore la Bourse - © Economie Matin
57 MILLIARDS €En France, le budget des armées devrait atteindre 57 milliards d’euros en 2026

Le pétrole avant les arsenaux: les marchés sous pression

Le 28 février 2026 a ouvert une nouvelle phase de turbulence au Moyen-Orient. L’intensification des frictions dans le golfe Persique et la fermeture du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les flux énergétiques mondiaux, alimentent les craintes d’un choc sur le pétrole, susceptible de raviver l’inflation, de peser sur l’économie mondiale et de compromettre la trajectoire de taux des banques centrales.

Depuis le début du conflit, le cours du Brent a progressé de plus de 43%, au-delà de 100 dollars. Cette véritable flambée a poussé les investisseurs à réduire leur exposition aux actifs risqués et a entraîné un repli significatif des marchés actions : le CAC 40 a cédé 8,9%, l’Euro Stoxx 50 a reculé de 9,2% et le S&P 500 a corrigé de 5,1% au 31 mars 2026.

Le retour de la défense comme priorité

La multiplication des tensions internationales ces dernières années souligne un besoin croissant de réarmement des États. Les déclarations récentes de Donald Trump, appelant à une responsabilisation des alliés dans le conflit au Moyen-Orient et évoquant un possible démantèlement de l’OTAN, en témoignent.

Les problématiques de souveraineté et de sécurité deviennent centrales, conduisant les pays européens à intensifier leurs efforts de défense après des années de sous-investissement. En France, le budget des armées devrait atteindre 57 milliards d’euros en 2026. L’Allemagne prévoit un plan de plusieurs centaines de milliards d’euros pour moderniser et accroître ses capacités militaires. Outre-Atlantique, la tendance est encore plus spectaculaire avec des dépenses pouvant atteindre 1 500 milliards de dollars à horizon 2027.

La défense, un secteur résilient mais pas immunisé

La défense figure parmi les secteurs bien positionnés en période d’incertitude géopolitique. L’accélération des programmes publics offre des perspectives positives aux industriels, souvent soutenus par des contrats de long terme.

Toutefois, le segment ne s’affranchit pas de la direction des marchés. La corrélation modérée entre l’ETF Stoxx Europe Aerospace & Défense et l’Euro Stoxx 600 (coefficient de 0,4) indique que le secteur évolue globalement dans le même sens que les actions, tout en conservant une certaine autonomie. Les acteurs ne sont donc pas immunisés contre les phases de repli boursier et restent affectés par le regain de l’aversion au risque. Depuis fin février, le compartiment français a corrigé : Safran a reculé de 17,8%, Airbus de 12,7%, Dassault Aviation de 5,7% et Thales de 1,1% (données au 31 mars 2026).

Une défense française à deux vitesses

Les acteurs les plus exposés aux dépenses publiques de défense résistent à l’intensification des foyers de tension à l’échelle mondiale ; à l’inverse, ceux davantage liés à l’aérien civil demeurent plus vulnérables.

Thales s’impose comme la valeur française la plus alignée avec les besoins actuels. Son positionnement dans les systèmes critiques (radars, défense aérienne, cybersécurité), associé à un carnet de commandes record pour la division Défense de 41,6 milliards d’euros (3,4 années de chiffre d’affaires), lui confère une bonne lisibilité et résilience à moyen terme. Le constat est proche pour Dassault Aviation, porté par la forte demande pour le Rafale. Les analystes anticipent un chiffre d’affaires de 8,7 milliards d’euros en 2026 (+17%), avec une activité soutenue par les exportations et les négociations en cours, notamment en Inde. La trajectoire du groupe reste bien orientée.

Safran, spécialiste de la propulsion et des équipements aéronautiques, présente un profil plus corrélé aux conditions de marché. Le groupe affiche d’excellentes performances financières ainsi que des perspectives encourageantes : le consensus des analystes table sur un résultat opérationnel courant de 6,2 milliards d’euros en 2026 (+18%). Néanmoins, la part importante de l’aéronautique civile dans son modèle (plus de 60%) le rend plus tributaire des cycles économiques et des périodes d’incertitude. Airbus reste fortement exposé à l’aviation commerciale et confronté à des contraintes persistantes sur sa chaîne d’approvisionnement, sur fond d’envolée des coûts énergétiques et de ralentissement du trafic aérien au Moyen-Orient, ce qui pèse sur la visibilité à court terme.

La sélectivité indispensable

La guerre au Moyen-Orient confirme le retour des facteurs géopolitiques au cœur des marchés financiers. La crise soutient les valorisations des entreprises les plus directement liées aux dépenses souveraines en améliorant la prévisibilité de leur activité. Les valeurs de la défense ne constituent pas pour autant un refuge systématique en période de turbulences, la volatilité alimentée par la montée des prix du pétrole renforçant la nécessité d’une sélectivité rigoureuse. Thales et Dassault Aviation se distinguent par leur capacité à tirer parti de la hausse des budgets militaires. À l’inverse, Safran et Airbus, malgré des fondamentaux de qualité, demeurent plus sensibles à un apaisement des tensions internationales et à une normalisation des conditions macroéconomiques.

Louise Photo Cv

Analyste de marchés, XTB France.

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