Trop chaud pour faire face : pourquoi le rafraîchissement doit devenir le prochain droit social de l’Europe

Par Marine Cornelis, ambassadrice numérique de la Semaine européenne de l’énergie durable (EUSEW), directrice exécutive de Next Energy Consumer

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By EUSEW Published on 16 mai 2026 9h30
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2024 a été l’année la plus chaude, avec une température moyenne de 15,1 °C, suivie de 2023 avec 14,98 °C. - © Economie Matin
75%Près de 75 % du parc immobilier est inefficace énergétiquement en Europe.

L’Europe se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale, et des millions de ménages en paient déjà le prix sur le plan de la santé, des factures et des nuits sans sommeil. Rafraîchir son logement n’est plus une question de confort, mais de sécurité. Cet article examine ce que signifie réellement la précarité énergétique estivale, pourquoi la climatisation ne suffira pas à elle seule à nous sauver, et à quoi ressemblent des solutions justes et durables pour les citoyens, les villes et les responsables politiques.

Pris au piège de la chaleur

La précarité énergétique estivale désigne les ménages qui ne peuvent pas maintenir un confort thermique intérieur adéquat, faute d’un accès suffisant ou abordable au rafraîchissement. Une enquête de l’UE de 2023 a révélé que 26 % des ménages ne pouvaient pas maintenir leur logement confortablement frais ; cette proportion atteint près de 35 % dans le groupe aux revenus les plus faibles. Des études évaluées par les pairs associent l’insuffisance du rafraîchissement à entre 46 400 et 60 000 décès excédentaires en Europe durant l’été 2022, dont 89 % chez des personnes âgées de 65 ans ou plus.

Ce qui nous tient au chaud

Les villes européennes n’ont pas été conçues pour la chaleur qu’elles subissent désormais. Le béton et l’asphalte absorbent la chaleur toute la journée et la restituent la nuit (effet d’« îlot de chaleur urbain »). Près de 75 % du parc immobilier est inefficace, la plupart des logements n’ont pas été construits en tenant compte de la performance thermique estivale, et le risque est inégalement réparti : les locataires, soit 31 % de la population de l’UE, ne peuvent pas rénover, et les programmes de rénovation les atteignent rarement. Les femmes font face à des obstacles supplémentaires, de la tolérance physiologique à la chaleur aux préoccupations de sécurité à l’extérieur. La directive sur la performance énergétique des bâtiments a exigé des États membres qu’ils soumettent des plans nationaux de rénovation des bâtiments d’ici décembre 2025. La mesure dans laquelle ces plans atteindront les personnes les plus exposées sera déterminante.

Le piège des appareils

Face à un bâtiment qu’ils ne peuvent pas modifier, de nombreux ménages se tournent vers l’appareil qu’ils peuvent acheter. Un climatiseur apporte du répit et peut même sauver des vies, mais il fait augmenter les factures d’électricité, rejette de la chaleur dans des rues déjà surchauffées et alimente l’effet d’îlot de chaleur urbain. En Grèce, en juillet 2025, une seule vague de chaleur a fait bondir les prix de gros de l’électricité de 45 % en une journée, poussé la demande vers 10 000 mégawatts et placé l’ensemble du réseau en alerte d’urgence, un avertissement sur ce que signifie une demande de rafraîchissement non maîtrisée pour les réseaux dont tout le monde dépend et que tout le monde finance. Les mesures passives, comme fermer les stores, utiliser des ventilateurs, installer des toits réfléchissants et végétaliser les espaces urbains, sont peu coûteuses et éprouvées. Un accès plus large au rafraîchissement actif tend à accroître la consommation globale, c’est pourquoi l’efficacité et l’équité doivent progresser ensemble.

Le prix à payer pour rester au frais

On ne peut pas acheter du répit si l’on n’en a pas les moyens. Une enquête 2026 menée par l’Agence européenne pour l’environnement et Eurofound a révélé que près des deux tiers des répondants les moins aisés ne pouvaient pas se permettre de garder leur logement frais en été ; chez les locataires, cette proportion atteint 49 %. Les données de l’UE sur les arriérés de factures de services publics le confirment : près de la moitié des ménages en situation d’arriérés ont déclaré être incapables de rester au frais durant l’été 2022, contre 24 % des ménages sans arriérés. L’écart est important, il se creuse et exige une action urgente. L’écart est important, il se creuse et exige une action urgente.

Trois choses que l’Europe doit faire maintenant

Trois défaillances sous-tendent la précarité énergétique estivale : des données invisibles, une rénovation inaccessible et une énergie inabordable. L’indicateur HC070 des statistiques de l’Union européenne sur le revenu et les conditions de vie n’a été collecté que trois fois en seize ans (2007, 2012 et 2023). Une collecte régulière des données est la condition minimale de politiques ciblées. Sans elle, les plus vulnérables restent statistiquement invisibles.

Les programmes de rénovation doivent exiger une performance thermique estivale en plus de l’isolation hivernale et atteindre les locataires, pas seulement les propriétaires. Les jeunes sont proportionnellement plus souvent locataires, ont la plus faible capacité d’adaptation et font face à des décennies d’étés de plus en plus difficiles dans des logements qu’ils n’ont pas choisis. Les villes sont en première ligne : la Convention des maires soutient le signalement de la précarité énergétique estivale, et l’action locale doit être dotée de moyens.

Les tarifs de l’énergie doivent protéger les consommateurs à faibles revenus pendant les périodes de chaleur. La production solaire et la demande de rafraîchissement coïncident en Europe méridionale et centrale, faisant de la tarification en fonction de l’heure de consommation une réelle opportunité. Les citoyens qui interrogent leur fournisseur d’énergie ou leur représentant local sur la protection tarifaire en été ont raison de le faire.

Le rafraîchissement est une question de résilience. Il relève du contrat social européen.

Cette tribune est produite en coopération avec la Semaine européenne de l’énergie durable (EUSEW) - le plus grand événement annuel consacré aux énergies renouvelables et à l’utilisation efficace de l’énergie en Europe. #EUSEW2026 marque la 20e édition et réunira à nouveau la communauté de celles et ceux qui œuvrent à bâtir un avenir énergétique sûr et propre pour les prochaines générations.

Consultez la plateforme de l’événement et rejoignez la conversation.

Liens utiles :

  1. Précarité énergétique estivale : cadrage, enseignements et recommandations pour un avenir résilient — Commission européenne, DG Énergie (Cornelis, 2025)

  2. Demande de rafraîchissement résidentiel et précarité énergétique estivale dans l’UE — Centre commun de recherche, JRC143288 (Koukoufikis et al., 2026)

  3. Surchauffe et impréparation : l’expérience des Européens face au changement climatique — Agence européenne pour l’environnement et Eurofound (2026)

  4. Convention des maires — Face à la montée des chaleurs : comment les villes peuvent-elles se rafraîchir ?

  5. AIE — L’avenir du rafraîchissement

À propos de l’autrice :

Marine Cornelis est la fondatrice de Next Energy Consumer, une organisation consacrée à placer les citoyens au cœur de la transition énergétique européenne. Elle est l’autrice de Précarité énergétique estivale : cadrage, enseignements et recommandations pour un avenir résilient pour la direction générale de l’énergie de la Commission européenne (2025).

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La Semaine européenne de l'énergie durable (EUSEW) est composée d'une série d'activités à travers l'Europe visant à promouvoir une énergie sûre, propre et efficace. Elle réunit des décideurs politiques, des parties prenantes et des citoyens pour atteindre les objectifs climatiques et énergétiques de l'Union de l'énergie. EUSEW revient du 10 au 12 juin 2025 dans un format hybride, à Bruxelles et en ligne. Il comprend une conférence politique de haut niveau, les prix EUSEW et la cinquième Journée européenne de l'énergie pour la jeunesse, ainsi que des opportunités de tisser des liens avec la communauté EUSEW lors de la foire de l'énergie.

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