La Finance africaine est-elle prête pour intégrer les normes ESG ?

Réunie à Dakar les 26 et 27 mars 2026, la 7ᵉ édition des BRVM Awards, organisée par la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), place boursière commune aux pays de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), a été marquée par un panel d’intervenants de haut niveau regroupant différents acteurs de la finance africaine autour du thème « Financement durable : leurre ou réalité ? Quels défis pour l’UEMOA et le marché financier régional ? ».

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By La rédaction Published on 7 avril 2026 11h01
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La Finance africaine est-elle prête pour intégrer les normes ESG ? - © Economie Matin
3,5%La croissance de l'Afrique subsaharienne devrait progresser de 3,3 % en 2024 à 3,5 % en 2025

Un panel d’experts et d’acteurs de la finance africaine diversifié

Y participaient Sassou Hunzunken, Directeur des Émetteurs à l’AMF-UMOA, Mazen Bouri, spécialiste en chef du secteur financier à la Banque mondiale, Moubarak Moukaila, Directeur du financement du développement durable de la Banque Ouest Africaine de Développement.

Pour le secteur privé, on note la présence de Olola Vieyra, représentante pays du Global Growth Institute, structure positionnée sur les enjeux de croissance économique et de mise en réseau d’acteurs internationaux. À ses côtés, Ababacar Diaw, Directeur général de IMPAXIS Securities, une Société de Gestion et d’Intermédiation (SGI) intervenant sur les marchés financiers de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), joue un rôle clé dans les opérations de marché et l’ingénierie financière. Enfin, Dr. Kubeterzié Constantin Dabiré, Président-Directeur Général (PDG) de la SA2IF (Société Africaine d’Ingénierie Financière et d’Investissement), se distingue par un engagement marqué dans les activités de formation, de vulgarisation et de sensibilisation aux mécanismes de la finance africaine, contribuant ainsi au renforcement des capacités des acteurs locaux.

Un marché régional sous pression des normes internationales

Les BRVM Awards constituent un espace d’échanges entre régulateurs, investisseurs et émetteurs de l’espace UEMOA, qui regroupe huit États partageant un cadre monétaire et financier harmonisé autour du franc CFA. L’édition 2026 s’inscrit dans un contexte de diffusion rapide des standards ESG, portés par les institutions financières internationales et les grands investisseurs.

Les intervenants ont souligné que cette dynamique répond en partie à des exigences d’alignement avec les pratiques internationales, devenues un facteur d’accès aux financements extérieurs. Dans ce cadre, les instruments liés à la finance durable, notamment les obligations vertes, sociales et durables, connaissent une progression sur le marché régional.

Une réalité opérationnelle encore limitée

Au-delà des principes, les échanges ont mis en évidence les contraintes de mise en œuvre. Plusieurs intervenants ont relevé l’écart entre les référentiels ESG et les capacités opérationnelles des entreprises de l’UEMOA, en particulier en matière de reporting, de gouvernance et de structuration de projets.

Le financement durable suppose des outils techniques, des données fiables et des cadres réglementaires adaptés. Or, ces éléments restent inégalement disponibles dans la région. Les coûts de mise en conformité constituent également un frein pour de nombreuses entreprises.

Dans ce contexte, le Président-Directeur Général de la SA2IF a recentré le débat sur une approche pragmatique, insistant sur la nécessité d’identifier les conditions concrètes d’efficacité de la finance durable dans les économies de l’UEMOA plutôt que de s’en tenir à une opposition entre réalité et effet d’annonce.

Entre opportunité stratégique et risque de dépendance

Les discussions ont néanmoins mis en évidence le potentiel structurant de ces instruments pour mobiliser des ressources en faveur de secteurs prioritaires. Sur le marché financier régional, plus de 300 milliards de FCFA ont déjà été levés via des obligations vertes, sociales et durables, au profit de projets d’infrastructures, d’énergie et d’inclusion financière.

Cette dynamique s’accompagne toutefois d’un enjeu d’adaptation. Plusieurs intervenants ont mis en garde contre une transposition mécanique des standards internationaux, susceptible de créer un décalage avec les réalités économiques locales.

Le rôle des institutions régionales, notamment l’AMF-UMOA et la BOAD, apparaît déterminant pour structurer un cadre adapté et orienter les flux financiers vers des projets à impact réel.

Les échanges tenus à Dakar confirment que la finance durable s’impose progressivement dans l’espace UEMOA sous l’effet des dynamiques internationales. Sa crédibilité dépendra de sa capacité à s’ancrer dans les réalités économiques régionales et à produire des effets mesurables au-delà des cadres normatifs.

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