Selon une étude du Boston Consulting Group, 70% de la valeur de l’IA provient de la transformation humaine, contre seulement 10% des algorithmes. Les entreprises doivent repenser leurs processus métier et autonomiser leurs collaborateurs pour réussir leur transformation digitale.
La règle des 70 % : une stratégie IA est avant tout une stratégie humaine

L’an dernier, les discussions autour de l’intelligence artificielle (IA) lors des publications de résultats financiers ont atteint un niveau record, devenant l’un des cinq principaux sujets abordés par les dirigeants, selon une analyse de The CEO Radar portant sur près de 5 000 conférences. Cette étude montre que les dirigeants évoquent principalement l’IA sous l’angle de l’innovation et de la croissance. En Europe comme à l’échelle mondiale, les mentions liées à l’IA, à la technologie, à l’innovation et à la croissance ont toutes progressé.
Si les dirigeants concentrent leur attention sur l’IA, le risque est toutefois de mal orienter les priorités. Suivre les dernières avancées des modèles d’IA, qu’ils soient agentiques, génératifs ou autres, est important. Mettre en place les bons algorithmes et les bonnes infrastructures technologiques est évidemment essentiel.
Mais la création de valeur réside avant tout dans la reconception des processus métier et dans l’autonomisation des collaborateurs. L’IA est moins un projet IT qu’un nouveau chapitre dans la manière de concevoir, développer et mobiliser le capital humain. Pourtant, selon McKinsey, seuls 21 % des dirigeants déclarent que leur stratégie répond à quatre ou plus des dix critères d’une stratégie robuste, soit une baisse de 40 % par rapport à il y a quinze ans. Un signal préoccupant dans un contexte d’investissements et d’attentes élevés autour de l’IA.
Mettre l’accent sur la culture d’entreprise est essentiel pour encourager l’innovation et soutenir une vision transformatrice de l’IA capable d’améliorer le travail au quotidien. Une stratégie efficace doit renforcer la manière dont l’entreprise aide ses clients et crée de la valeur. L’IA peut résoudre des problèmes, mais sa valeur la plus importante réside dans l’avantage concurrentiel qu’elle procure, à condition de s’appuyer sur les bonnes compétences et les bons partenaires.
IA : la règle des 70-20-10
Un système présenté dans une étude récente du Boston Consulting Group apporte un éclairage intéressant :
- 10 % de la valeur générée par l’IA provient des algorithmes eux-mêmes ;
- 20 % de la technologie nécessaire à leur mise en œuvre ;
- 70 % de la manière dont les organisations repensent le facteur humain.
Cette répartition rappelle qu’une transformation réussie repose sur une approche stratégique éclairée et organisée. La culture d’innovation, la formation et l’accompagnement au changement deviennent essentiels pour maximiser le retour sur investissement de l’IA.
Cela implique d’inscrire l’IA comme une priorité stratégique au niveau du conseil d’administration, et non comme un simple projet IT. L’ensemble des responsables d’une organisation jouent un rôle clé dans cette exécution : selon la même étude, 88 % d’entre eux donnent l’exemple en intégrant l’IA dans leurs décisions et opérations quotidiennes. Ils constituent le lien entre la direction, la stratégie et les équipes terrain, là où la valeur est créée, où les tâches sont automatisées intelligemment et où le travail s’améliore chaque jour.
Mettre en pratique la règle des 70-20-10
Cette stratégie n’est pas théorique. Un industriel du secteur bois, fort de 80 ans d’histoire, a appliqué ce principe pour générer plus de 575 000 € d’économies annuelles. Ses dirigeants ont identifié un écart sur le marché, les concurrents ne proposaient pas d’améliorations, et les solutions existantes reposaient sur des scanners traditionnels pour l’inspection visuelle, sans amélioration continue ni mise à niveau. Cela entraînait de nombreux faux positifs, du gaspillage et un recours important aux contrôles manuels chronophages, dans un environnement où les équipes terrain traitaient jusqu’à 20 000 articles par jour.
En combinant expertise humaine et partenariat avec un leader mondial de la vision industrielle et des solutions d’IA, ainsi qu’un partenaire local pour les tests et le déploiement, l’entreprise a transformé ses opérations. Elle a mis en place un système d’automatisation intelligente basé sur un logiciel de vision industrielle, du deep learning et des capteurs 3D.
Intégré aux lignes de production, le système fonctionne de manière fiable même dans des environnements industriels exigeants. L’IA apprend en continu, améliorant la précision et le rendement au fil du temps. Résultats : précision multipliée par huit, réduction des erreurs, économies significatives et expansion vers de nouveaux marchés internationaux. Les bénéfices s’étendent également à la chaîne d’approvisionnement, avec une meilleure visibilité sur la performance et la qualité des fournisseurs, une précision accrue des stocks et une planification plus fiable des expéditions et de la production.
Le système contribue aussi à répondre à l’un des défis majeurs du secteur : la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Grâce à l’IA, les nouveaux collaborateurs peuvent simplement annoter des images ; le modèle apprend ensuite à reconnaître les caractéristiques de manière cohérente, sans nécessiter d’opérateurs hautement spécialisés.
Les enseignements sont clairs : la stratégie sans exécution n’est qu’une illusion. À l’ère de l’IA, l’exécution ne repose pas uniquement sur des algorithmes, mais sur une culture qui donne les moyens d’agir aux collaborateurs. Les questions essentielles pour les dirigeants sont donc : quelle est notre stratégie IA ? Qui pilote réellement la transformation de nos processus métier ? Si l’exécution est maîtrisée, l’IA cesse d’être une simple ligne budgétaire évoquée lors des résultats financiers. Elle devient le moteur central d’un avantage concurrentiel durable.
