La Chine menace l’Union européenne si la préférence made in Europe est adoptée

La Chine menace l’Union européenne de contre-mesures si le projet de loi d’accélération industrielle européenne, imposant des exigences d’origine UE dans les secteurs stratégiques, est adopté. Pékin dénonce une discrimination envers ses entreprises dans les domaines des batteries, véhicules électriques et photovoltaïque.

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By Adélaïde Motte Published on 27 avril 2026 11h35
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La Chine menace l’Union européenne si la préférence made in Europe est adoptée - © Economie Matin

La Chine brandit la menace de représailles commerciales face au protectionnisme européen

La Chine a durci le ton ce lundi 27 avril 2026, brandissant explicitement la menace de "contre-mesures" à l'encontre de l'Union européenne si Bruxelles persiste dans son dessein d'instaurer une préférence made in Europe. Cette escalade diplomatique surgit en riposte au projet de loi d'"accélération industrielle" dévoilé le 4 mars dernier par la Commission européenne, que Pékin perçoit comme un dispositif discriminatoire visant ses entreprises.

Le ministère chinois du Commerce a cristallisé ses "graves préoccupations" dans un communiqué diffusé après avoir transmis ses observations à la Commission européenne le 24 avril. "Si l'UE fait fi des suggestions de la Chine et s'obstine à faire adopter ce texte, causant ainsi préjudice aux intérêts des entreprises chinoises, la Chine se verra contrainte de prendre des contre-mesures", a averti le ministère dans des termes d'une fermeté inédite.

Un arsenal protectionniste visant quatre secteurs stratégiques

Le projet de loi européenne d'accélération industrielle marque un tournant doctrinal majeur pour l'Union européenne. Comme l'a souligné Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, ce texte incarne "davantage qu'un simple changement de mode opératoire : il s'agit d'une mutation doctrinale encore impensable il y a seulement quelques mois".

Cette législation cible spécifiquement quatre secteurs que Bruxelles considère comme névralgiques : l'industrie des batteries pour véhicules électriques, le secteur automobile avec un accent particulier sur les véhicules électriques, la filière photovoltaïque et énergies renouvelables, ainsi que les matières premières critiques et terres rares.

Le mécanisme envisagé contraindrait les entreprises bénéficiant de fonds publics européens à incorporer "un nombre ou un pourcentage de composants critiques originaires d'Europe" dans ces domaines sensibles. Cette préférence européenne s'articule autour de restrictions aux investissements étrangers et de clauses d'"origine UE" dans les marchés publics, constituant un véritable effort de réindustrialisation sans précédent.

L'objectif ambitieux de réindustrialisation européenne

L'ambition affichée par Bruxelles ne souffre d'aucune équivoque : "ramener l'industrie à 20% du PIB européen d'ici 2035, contre 14% aujourd'hui", selon les déclarations de Stéphane Séjourné. Cette cible représente un défi titanesque pour une Europe qui a assisté à l'érosion progressive de son tissu industriel face à l'offensive asiatique au cours des dernières décennies.

La stratégie européenne s'enracine dans une démarche de souveraineté économique renforcée, particulièrement prégnante depuis les bouleversements d'approvisionnement liés à la pandémie de Covid-19 et aux turbulences géopolitiques contemporaines. Les technologies d'énergies décarbonées - panneaux solaires, batteries, pompes à chaleur, centrales nucléaires - forment l'épine dorsale de cette reconquête industrielle européenne.

Pékin dénonce une discrimination systémique

La riposte chinoise n'a guère tardé à se manifester. Pékin fustige l'Union européenne pour l'instauration présumée d'un système discriminatoire qui pénaliserait structurellement les entreprises chinoises. "Les investisseurs chinois seront en butte à la discrimination", martèle le ministère du Commerce, qui perçoit dans cette législation une rupture fondamentale avec les principes du libre-échange.

Cette tension s'inscrit dans la trame plus vaste d'une guerre commerciale larvée entre la Chine et l'Occident. Les Européens dénoncent depuis des années la concurrence déloyale orchestrée par les entreprises chinoises, massivement subventionnées par l'appareil d'État. Les secteurs de l'automobile électrique et du photovoltaïque cristallisent particulièrement ces frictions, la Chine y ayant forgé une position hégémonique grâce à ses investissements publics colossaux.

Des enjeux économiques considérables en perspective

Les ramifications de cette escalade transcendent le cadre bilatéral sino-européen. Selon les dernières statistiques disponibles, la Chine s'est hissée au rang de premier partenaire commercial de l'Union européenne, avec des échanges culminant à plus de 650 milliards d'euros annuels. Dans le secteur automobile notamment, les constructeurs chinois tels que BYD ou SAIC ont considérablement consolidé leur emprise sur le marché européen.

L'industrie photovoltaïque illustre parfaitement ces enjeux stratégiques. La Chine exerce aujourd'hui un contrôle sur plus de 80% de la production mondiale de panneaux solaires, une domination qui alarme les décideurs européens soucieux de sécuriser leurs approvisionnements énergétiques. Cette réalité s'inscrit dans un contexte plus large de transformation technologique où l'indépendance stratégique devient cruciale.

La bataille qui se profile entre Bruxelles et Pékin pourrait redéfinir durablement les équilibres commerciaux mondiaux. Si la Chine concrétise ses menaces, l'Europe risque de subir des mesures de rétorsion dans des secteurs où ses entreprises conservent un avantage compétitif, notamment l'aéronautique, le luxe ou les services financiers.

Un test décisif pour la nouvelle doctrine européenne

Le projet de loi demeure soumis à l'approbation des États membres et du Parlement européen, un processus que la Chine "suivra attentivement". Cette séquence législative constitue un test grandeur nature pour la capacité de l'Europe à s'émanciper de sa dépendance économique vis-à-vis de Pékin.

Paradoxalement, cette confrontation commerciale surgit alors que l'Europe affronte des défis énergétiques et climatiques majeurs, nécessitant une accélération de sa transition vers les énergies renouvelables. La tension avec la Chine pourrait compliquer cette métamorphose, dans la mesure où Pékin demeure un acteur incontournable des technologies vertes.

L'issue de ce bras de fer diplomatique et commercial déterminera en grande partie la crédibilité de la nouvelle stratégie de souveraineté économique européenne. Face aux pressions chinoises, Bruxelles devra démontrer sa capacité à maintenir le cap malgré les turbulences extérieures, dans un monde où l'autonomie stratégique devient le nouveau paradigme des relations économiques internationales.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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