Voitures autonomes : Clément Beaune alerte sur le retard européen face à la domination sino-américaine

Les voitures autonomes représentent un défi technologique majeur pour l’Europe, selon Clément Beaune, haut commissaire au plan. Face à la domination sino-américaine, il plaide pour une stratégie européenne d’urgence afin d’éviter une dépendance technologique fatale.

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
By Nicolas Egon Last modified on 11 mai 2026 15h10
Voitures autonomes : Clément Beaune alerte sur le retard européen face à la domination sino-américaine
Voitures autonomes : Clément Beaune alerte sur le retard européen face à la domination sino-américaine - © Economie Matin

Voitures autonomes : l'urgence d'une stratégie européenne selon Clément Beaune

Les voitures autonomes représentent un enjeu technologique et économique majeur que l'Europe ne peut plus se permettre d'ignorer. Clément Beaune, haut commissaire au Plan, tire aujourd'hui la sonnette d'alarme face au retard inquiétant accumulé par le Vieux Continent dans cette course technologique décisive. « Ça va tout changer », martèle-t-il ce lundi 11 mai, déplorant avec véhémence que « tous les modèles soient uniquement américains ou chinois aujourd'hui » .

Cette préoccupation s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu où les innovations technologiques se propagent désormais à une vitesse fulgurante d'un continent à l'autre. L'enjeu transcende largement la simple compétition industrielle : il s'agit de préserver la souveraineté technologique européenne face à une bipolarisation technologique sino-américaine de plus en plus prononcée.

La Chine et les États-Unis creusent l'écart technologique

Les projections financières révèlent l'ampleur vertigineuse du défi. En Chine, Goldman Sachs anticipe une expansion fulgurante du marché des robotaxis : de 4 100 véhicules en 2025 à 500 000 en 2030, avant d'atteindre 1,9 million en 2035. Cette progression exponentielle témoigne de la dynamique irrésistible qui anime les géants sino-américains du secteur.

Outre-Atlantique comme dans l'Empire du Milieu, les voitures autonomes « se déploient dans des dizaines de villes aujourd'hui même depuis plusieurs mois », observe l'ancien ministre délégué aux Transports. Cette réalité dessine un contraste saisissant avec la situation européenne, où de tels déploiements demeurent inexistants. Le marché chinois prospère sous l'impulsion d'acteurs comme Apollo (filiale de Baidu), Pony AI, WeRide, Didi et SAIC, tandis qu'outre-Atlantique, Waymo (Alphabet) et Tesla mènent la danse, malgré quelques déboires opérationnels.

Plus préoccupant encore, ces champions étrangers lorgnent désormais vers l'Europe : Waymo s'apprête à conquérir Londres dès 2026, Pony AI expérimente ses vans autonomes au Luxembourg en partenariat avec Stellantis, tandis que WeRide opère déjà en Belgique, Espagne et Suisse.

« La machine est meilleure que l'humain » : les arguments sécuritaires

Au-delà des considérations géostratégiques, Clément Beaune met en exergue les bénéfices tangibles des véhicules autonomes. « Ça réduit l'accidentologie parce que la machine est meilleure que l'humain pour éviter les risques et avoir des comportements au volant moins dangereux » , explique-t-il sur France 2 avec la conviction d'un technocrate éclairé.

Cette technologie ne constitue nullement un gadget, insiste le haut commissaire, mais représente une des réponses pour des publics vulnérables : personnes âgées isolées en zone rurale ou citoyens en situation de handicap. Cette vision sociale de la mobilité autonome s'inscrit pleinement dans les défis démographiques que traverse l'Europe, confrontée au vieillissement accéléré de sa population.

Le spectre d'une colonie numérique européenne

Selon la note alarmante du Haut-Commissariat au Plan, l'Europe demeure loin du compte dans cette course technologique. Sans stratégie de rattrapage ambitieuse, elle risque de sombrer dans le statut de colonie numérique vassale d'acteurs étrangers, un scénario que redoute Clément Beaune.

Cette dépendance technologique évoque douloureusement d'autres secteurs où l'Europe a bradé son autonomie stratégique. Le parallèle avec la fragilité des chaînes d'approvisionnement, brutalement révélée lors de la pandémie de Covid-19, n'est guère fortuit et rappelle la nécessité impérieuse de reconquérir une souveraineté technologique.

Une stratégie européenne différenciante en gestation

Face à cette situation critique, Clément Beaune et le Haut-Commissariat au Plan préconisent une approche européenne résolument originale. Plutôt que de singer servilement le modèle des robotaxis américains et chinois - qui « effectuent la moitié de leurs trajets à vide », l'Europe pourrait se distinguer en intégrant harmonieusement les voitures autonomes à son maillage de transports en commun.

Le rapport préconise une stratégie articulée autour de plusieurs piliers : faire émerger deux ou trois champions européens massivement financés, inclure le véhicule autonome dans la logique de préférence européenne, prendre le leadership technologique sur les systèmes de mobilité intégrée, et identifier en France cinq à dix territoires pilotes pour un déploiement à grande échelle. Cette approche systémique vise à transformer un handicap en avantage concurrentiel.

Des initiatives encourageantes mais encore limitées

Quelques signaux encourageants émergent néanmoins de ce paysage morose. Tesla a obtenu en avril l'autorisation aux Pays-Bas pour expérimenter son système Full Self-Driving, marquant une première européenne pour l'entreprise d'Elon Musk. Cependant, les autorités européennes demeurent circonspectes, s'inquiétant notamment des performances sur chaussées verglacées - une prudence qui traduit l'approche réglementaire traditionnellement plus stricte de l'Europe.

Plus surprenant, la Croatie endosse le rôle de pionnier européen avec le lancement du premier service commercial de robotaxis par la start-up Verne, portée par l'entrepreneur Mate Rimac. Avec un tarif dérisoire de 1,99 euro par course dans Zagreb, utilisant paradoxalement la technologie chinoise Pony AI, cette initiative illustre simultanément la dépendance technologique européenne et les possibilités d'innovation du continent.

L'appel de Clément Beaune résonne donc comme un ultimatum salutaire : l'Europe doit impérativement « se lancer, tester » pour « réguler et innover » simultanément. Dans cette course technologique planétaire où les positions se cristallisent rapidement, l'inaction équivaudrait à un abandon de souveraineté. Les voitures autonomes incarnent ainsi bien plus qu'une simple révolution des transports : elles cristallisent les rapports de force géopolitiques du XXIe siècle.

No comment on «Voitures autonomes : Clément Beaune alerte sur le retard européen face à la domination sino-américaine»

Leave a comment

* Required fields