Stellantis dévoile son plan à 60 milliards d’euros pour redresser ses performances

Stellantis présente un plan stratégique de 60 milliards d’euros sur cinq ans pour redresser ses performances après les lourdes pertes de 2025. Le constructeur prévoit de réduire ses capacités européennes de 800 000 unités d’ici 2030 tout en privilégiant quatre marques mondiales et des partenariats chinois.

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud Published on 21 mai 2026 15h43
Stellantis dévoile son plan à 60 milliards d'euros pour redresser ses performances
Stellantis dévoile son plan à 60 milliards d’euros pour redresser ses performances - © Economie Matin
60 MILLIARDS €Stellantis a présenté son plan stratégique quinquennal d'un montant de 60 milliards d'euros

Stellantis déploie une stratégie de 60 milliards d'euros face à la crise

Stellantis a présenté jeudi 21 mai son plan stratégique quinquennal d'un montant de 60 milliards d'euros, destiné à redresser ses performances après les lourdes pertes enregistrées en 2025. Cette annonce du constructeur italo-franco-américain s'accompagne d'une réduction de 800 000 unités de ses capacités de production européennes d'ici 2030, soit un recul de 20 % par rapport aux niveaux actuels.

Antonio Filosa, directeur général du groupe, a détaillé cette feuille de route lors d'une présentation organisée à Auburn Hills, dans la banlieue de Détroit. L'objectif affiché : "offrir des prix abordables" tout en rationalisant les coûts de production, après une année 2025 particulièrement éprouvante, marquée par des provisions atteignant 25 milliards d'euros.

Les marchés financiers ont pourtant accueilli ces annonces avec une défiance manifeste. L'action Stellantis a chuté de plus de 6 % dans les minutes suivant la présentation, provoquant même une suspension temporaire de la cotation à la Bourse de Paris.

Une restructuration industrielle européenne d'envergure

La stratégie européenne de Stellantis repose sur une refonte radicale de son outil industriel. Selon Franceinfo, le groupe prévoit de "réduire les capacités annuelles de ses usines en Europe de plus de 800 000 unités d'ici à 2030". Cette contraction s'opérera notamment par la reconversion de certains sites, à l'image de l'usine de Poissy, dans les Yvelines.

Le constructeur mise également sur des partenariats stratégiques avec des acteurs chinois pour rentabiliser ses installations sous-utilisées. Les usines espagnoles de Madrid et Saragosse accueilleront ainsi la production de modèles du groupe Leapmotor, tandis que l'usine française de Rennes s'apprête à collaborer avec Dongfeng.

L'ambition affichée consiste à porter le taux d'utilisation des sites européens de 60 % aujourd'hui à 80 % en 2030. Cette rationalisation doit permettre d'atteindre "une croissance de 15 % du chiffre d'affaires et une marge d'exploitation de 3 à 5 %" sur le continent, selon les projections communiquées par le groupe.

Quatre marques au cœur de la nouvelle hiérarchie

Dans le cadre de cette refonte stratégique, Stellantis a établi une hiérarchisation claire au sein de son portefeuille de quatorze marques. Quatre d'entre elles accèdent au statut de "marques mondiales" prioritaires : Jeep, Ram, Peugeot et Fiat. Comme le souligne Le Figaro, ces enseignes concentreront 70 % des investissements dédiés aux marques et aux produits, soit environ 25 milliards d'euros sur la période.

Cette priorisation s'accompagne d'une offensive produits sans précédent. Le groupe prévoit plus de 60 lancements de nouveaux véhicules et 50 restylages majeurs d'ici 2030, répartis entre 29 modèles 100 % électriques, 15 hybrides rechargeables ou électriques à autonomie étendue, 24 hybrides classiques et 39 modèles thermiques ou hybrides légers. Une diversification technologique qui reflète, selon les tendances du marché, où les ventes de véhicules électriques devraient atteindre des niveaux records en 2026.

Les cinq autres marques principales — Chrysler, Dodge, Citroën, Opel et Alfa Romeo — conservent un statut "régional", tandis que DS Automobiles et Lancia se voient reléguer au rang de "marques de spécialité", placées respectivement sous la tutelle de Citroën et de Fiat.

L'Amérique du Nord, priorité absolue des investissements

Là où l'Europe se contracte, l'Amérique du Nord se pose en moteur de la croissance. Stellantis y ambitionne une hausse de 25 % du chiffre d'affaires et de 35 % des volumes d'ici 2030, en y consacrant 60 % des 36 milliards d'euros dédiés aux marques et aux produits. Sept nouveaux modèles tarifés sous les 40 000 dollars seront lancés sur le marché américain, dont deux particulièrement accessibles, sous la barre des 30 000 dollars — une stratégie de repositionnement visant à reconquérir les parts de marché perdues ces dernières années.

Le groupe entend par ailleurs accélérer sensiblement ses délais de développement produit, en les ramenant à 24 mois, contre jusqu'à 40 mois aujourd'hui. Cette optimisation s'appuiera sur la rationalisation de la production autour de trois plateformes technologiques, dont la nouvelle STLA One, qui devrait équiper la moitié des volumes mondiaux d'ici 2030.

Des alliances chinoises pour affronter une concurrence redoutable

Face à l'offensive des constructeurs chinois, qui représentent désormais 10 % des ventes en Europe, Stellantis a fait le choix de l'alliance plutôt que de l'affrontement frontal. Le partenariat avec Leapmotor — dont le groupe détient 51 % de la filiale internationale — illustre cette posture résolument pragmatique.

L'accord avec Dongfeng, partenaire historique depuis trois décennies, prévoit quant à lui la production de deux modèles Peugeot et de deux Jeep destinés aux marchés chinois et internationaux. En contrepartie, des modèles Dongfeng seront distribués en Europe, marquant une inflexion notable dans la stratégie commerciale du groupe. Comme le détaille Le Monde, cette ouverture s'étend également aux achats, où "Stellantis et Leapmotor vont unir leurs forces" pour tirer parti de la compétitivité des fournisseurs chinois, tout en préservant un ancrage industriel européen.

Perspectives et défis d'une transformation radicale

Au-delà des chiffres, ce plan quinquennal traduit une mutation profonde du modèle économique de Stellantis. La réduction de 6 milliards d'euros des coûts annuels d'ici 2028 exigera une discipline industrielle rigoureuse et une rationalisation méthodique des gammes. L'accent mis sur les technologies embarquées constitue un autre pilier de l'édifice : à partir de 2030, 35 % des volumes mondiaux intégreront au moins l'une des nouvelles solutions développées par le groupe — STLA Brain, STLA SmartCockpit, STLA AutoDrive —, une proportion appelée à doubler pour atteindre 70 % en 2035.

Cette transformation s'opère néanmoins dans un contexte particulièrement tendu. Comme le rappellent Les Échos, entre 2021 et 2025, les parts de marché du groupe sont passées de 22 % à 16 % en Europe, et de 11,6 % à 8,2 % aux États-Unis. Redresser simultanément deux continents, restructurer l'appareil industriel et relancer la croissance commerciale constitue un exercice d'équilibriste périlleux.

Le succès de cette stratégie dépendra en définitive de la capacité du groupe à exécuter sa feuille de route sans sacrifier l'emploi industriel, engagement solennel pris par Antonio Filosa. Dans un secteur automobile traversé par des mutations sans précédent, Stellantis joue une partie décisive pour son avenir.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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