Vous êtes nombreux à me demander si les marchés font preuve de rationalité. L’envolée spectaculaire des valeurs liées à l’intelligence artificielle ravive le débat sur l’éventualité d’une bulle, rappelant la période des dotcoms.
Les marchés actions affichent-ils un comportement irrationnel ?

Jusqu' à présent, la performance des actions s'est montrée particulièrement résiliente dans un environnement marqué par de nombreuses incertitudes : hausse des prix de l'énergie, retour de l'inflation lié à la fermeture du détroit d'Ormuz, tensions sur les rendements obligataires. Malgré tous ces risques, les marchés continuent d'atteindre de nouveaux sommets.
Selon nous, les signaux classiques annonciateurs d'un retournement des marchés ne sont pas présents à ce stade. Nous n'anticipons pas de relèvement des taux directeurs par la Fed cette année, ce qui écarte un frein important pour les actions. Par ailleurs, les spreads de crédit restent étroits, traduisant des conditions financières toujours accommodantes et l'absence de tensions sur la prime de risque. L'endettement du secteur privé demeure modéré, limitant les risques de contagion. Enfin, l'orientation positive des indicateurs avancés devrait continuer de soutenir la croissance des bénéfices. En résumé, l'ensemble de ces facteurs nous conduit à penser que le S&P 500 n'a pas encore atteint le sommet du cycle actuel. Nous restons néanmoins attentifs à l'évolution de ces indicateurs, mais le contexte global demeure favorable aux marchés actions.
La vigueur du rebond technologique s'est imposée comme le principal moteur des marchés récemment, soutenue par des opportunités de valorisation après la correction du début d'année. Cette dynamique, conjuguée à la hausse des secteurs liés aux matières premières, a concentré la performance boursière sur un nombre restreint de segments. D'autres régions présentent également une concentration marquée, portée par la technologie, l'énergie ou les deux.
La dynamique des investissements s'est nettement accélérée, alors que, depuis la crise financière, la faiblesse de la croissance, des rendements et la surcapacité freinaient les dépenses de capex dans l'économie traditionnelle. L'émergence de ChatGPT et la montée des besoins en infrastructures critiques ont marqué un tournant, recentrant les priorités des entreprises sur l'investissement. L'accélération des investissements des principaux hyperscalers américains a constitué le moteur essentiel de cette dynamique : depuis le début de l'année, le consensus sur leurs dépenses s'établit désormais à 821 milliards de dollars, soit une hausse de 68 % sur un an. Cette vague d'investissement s'est traduite par une forte croissance des bénéfices pour les entreprises d'infrastructures liées à l'IA, en particulier les fabricants de semi-conducteurs.
La remontée des taux obligataires, conjuguée à l'accélération des investissements dans les infrastructures et le capex, a profondément transformé les moteurs de performance traditionnels sur les marchés actions. L'augmentation des dépenses d'investissement a profité aux valeurs d'infrastructure, qu'il s'agisse des technologies (notamment les semiconducteurs) ou des secteurs tels que l'énergie et l'industrie. À l'inverse, la hausse des rendements obligataires a pesé sur les valorisations et les performances des segments défensifs et de la consommation, qui avaient historiquement bien résisté lors des périodes de forte incertitude ou de chocs d'offre.
Quels sont les risques ? Si la croissance des bénéfices devrait continuer de soutenir la performance des actions, la récente hausse des rendements obligataires constitue un facteur de risque pour les valorisations. La corrélation entre actions et taux s'est inversée, devenant négative. Si les perturbations sur le marché pétrolier persistent au second semestre et que les anticipations d'inflation poursuivent leur progression, la hausse anticipée des taux d'intérêt risque de peser à la fois sur les valorisations et sur les perspectives de croissance économique, et pourrait mettre un coup d'arrêt sur les marchés actions. Par ailleurs, ce n'est pas seulement le niveau des rendements obligataires qui importe, mais aussi la rapidité de leur ajustement, qui pourrait déclencher une correction sur les marchés actions.
Les semi-conducteurs et le matériel informatique restent exposés à un recul potentiel des investissements IA si les hyperscalers réduisent leurs dépenses, à des gains d'efficacité algorithmique, ainsi qu'à des risques de retards ou de surcapacité dans les data centers.
Comment investir ? Pour les investisseurs qui privilégient la prudence à l'égard de l'IA et, plus largement, des actifs risqués, l'enjeu est de participer au rallye actuel tout en maîtrisant le risque d'une éventuelle correction. Plusieurs pistes peuvent être envisagées :
- Maintenir une diversification élevée. Construire des portefeuilles diversifiés par secteurs, régions et classes d'actifs permet d'atténuer les risques spécifiques et d'éviter une exposition excessive aux valeurs liées à l'IA.
- Tirer parti de la dispersion sectorielle et géographique. L'élargissement de la dispersion sectorielle signifie que les écarts de performance entre secteurs et régions se creusent. Pour l'investisseur, cela implique qu'une approche diversifiée, à la fois sectorielle et géographique, devient essentielle pour profiter des moteurs de croissance les plus porteurs et limiter les risques spécifiques.
- Saisir les opportunités liées à la sécurité énergétique. La sécurité énergétique et la transition énergétique sont désormais étroitement liées. Le regain d'intérêt pour la sécurité favorise l'investissement dans les énergies et les matières premières.
- Le recours à des solutions structurées permet de participer au potentiel de hausse des marchés actions tout en maîtrisant le risque de baisse. Dans le contexte actuel, caractérisé par une volatilité modérée et des spreads de crédit resserrés, ces stratégies apparaissent particulièrement attractives.
