Automobile : la France engage un bras de fer pour maintenir la fin des moteurs thermiques en 2035

Sept pays européens menés par la France s’opposent aux demandes d’assouplissement de l’Allemagne concernant l’interdiction des moteurs thermiques en 2035. Cette coalition dispose d’une minorité de blocage pour préserver la trajectoire d’électrification face aux pressions industrielles germaniques et italiennes.

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By Cédric Bonnefoy Published on 9 juin 2026 16h39
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Automobile : la France engage un bras de fer pour maintenir la fin des moteurs thermiques en 2035 - © Economie Matin
20357 pays européens dont la France ne veulent pas revenir sur la fin des moteurs thermiques en 2035.

Sept pays européens forment une coalition contre l'assouplissement des règles thermiques

Sept pays européens menés par la France viennent de déclencher une crise diplomatique majeure au sein de l'Union européenne. Dans un document consulté par l'AFP, le Danemark, l'Espagne, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède s'opposent fermement aux tentatives allemandes et italiennes d'assouplir l'interdiction des moteurs thermiques prévue pour 2035.

Cette coalition défend une "trajectoire forte d'électrification" des véhicules et refuse catégoriquement tout recul sur les objectifs climatiques européens. L'enjeu dépasse la simple réglementation automobile : il cristallise les divergences profondes entre États membres sur la stratégie énergétique continentale.

Berlin pousse pour davantage de flexibilité réglementaire

La Commission européenne avait pourtant déjà proposé un compromis significatif en décembre dernier. Plutôt qu'une interdiction totale, les constructeurs devront réduire de 90% les émissions de CO2 par rapport aux niveaux de 2021 et compenser les 10% restants. Mais selon les informations révélées par BFMTV, la coalition gouvernementale allemande souhaite aller encore plus loin en accordant une place élargie aux véhicules hybrides.

Cette position allemande reflète les inquiétudes de son industrie automobile, traditionnellement dominante sur les moteurs thermiques haute performance. Les constructeurs germaniques redoutent qu'une transition trop rapide vers l'électrique ne compromette leur avantage concurrentiel historique face aux nouveaux acteurs asiatiques du secteur.

Paris brandit l'argument de la souveraineté énergétique

L'argumentaire français transcende les seules considérations industrielles. Le cabinet de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, invoque la crise énergétique liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient comme "démonstration claire que la réduction de la dépendance européenne aux combustibles fossiles est une nécessité absolue".

Les sept pays signataires se montrent particulièrement sceptiques envers les carburants dits "renouvelables", solution privilégiée par Rome. Ils préconisent de réserver ces technologies aux secteurs aérien et maritime, jugés plus difficiles à électrifier que l'automobile. Cette prudence traduit les incertitudes persistantes sur les volumes de production et les coûts réels de ces carburants alternatifs.

Une minorité de blocage aux leviers institutionnels redoutables

Cette coalition dispose d'un poids institutionnel considérable. "On est suffisamment pour retarder le texte européen, voire le bloquer", prévient sans détour l'entourage de Monique Barbut. Les règles de vote au Conseil européen permettent effectivement à ces sept États membres d'empêcher toute évolution jugée trop permissive.

Cette capacité d'obstruction transforme le rapport de forces. Pour ces pays, il s'agit de préserver la prévisibilité du cadre législatif européen, condition sine qua non des investissements massifs déjà engagés par les constructeurs. "Porter atteinte à l'intégrité et à la prévisibilité" de la loi automobile constituerait "une erreur stratégique", martèlent les signataires.

La crise énergétique accélère le basculement vers l'électrique

Selon le ministère français de la Transition écologique, les tensions géopolitiques actuelles ont provoqué un "changement de paradigme" sur le marché automobile européen. "Tout le monde se rue" sur les véhicules électriques, constate l'équipe de Monique Barbut, confirmant une demande tirée par la volatilité des prix des carburants.

Cette évolution du marché conforte la stratégie française. Maintenir le cap réglementaire apparaît désormais plus cohérent économiquement qu'un retour en arrière. L'électrification se mue en stratégie de souveraineté énergétique, en phase avec les réalités géopolitiques contemporaines.

Des centaines de milliards d'euros d'investissements en jeu

L'issue de ce bras de fer déterminera l'orientation de toute l'industrie automobile européenne pour les quinze prochaines années. Les investissements dans l'électrification représentent déjà plusieurs centaines de milliards d'euros à l'échelle continentale.

Les constructeurs européens naviguent entre deux impératifs contradictoires. D'un côté, ils recherchent une flexibilité réglementaire pour étaler leurs investissements et préserver leurs acquis technologiques. De l'autre, ils ont besoin d'un cadre stable pour justifier leurs choix stratégiques auprès des investisseurs. Cette tension entre stabilité réglementaire et adaptabilité industrielle traverse aujourd'hui tout le secteur automobile européen.

La réunion des ministres de l'Environnement des Vingt-Sept, prévue fin juin, s'annonce décisive. L'équilibre des forces suggère des négociations particulièrement âpres, où chaque camp dispose d'arguments économiques et politiques solides. Au-delà des enjeux industriels, cette bataille révèle les fractures profondes qui traversent l'Union européenne sur les modalités concrètes de la transition énergétique automobile.

Cedric.bonnefoy

Cédric Bonnefoy est journaliste en local à la radio. À côté, il collabore depuis 2022 avec Économie Matin.

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