Protéger les portefeuilles contre le prochain choc mondial d’approvisionnement

Les risques géopolitiques au Moyen-Orient et la concentration de l’offre mondiale de matériaux stratégiques renforcent la volatilité des marchés des matières premières. Asad Farid, gestionnaire de portefeuille chez Bank J. Safra Sarasin, détaille comment les métaux critiques peuvent offrir une double protection, à la fois contre l’inflation et les chocs d’approvisionnement, tout en expliquant les critères de sélection des meilleures positions pour les investisseurs.

Faridasad
By Asad Farid Published on 11 juin 2026 4h00
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alerte: les investissements sont en chute libre en France ? - © Economie Matin
20%L'attention se porte principalement sur le pétrole, puisque 20 % des exportations mondiales de brut transitent par le détroit d'Ormuz.

 Ces dernières années, nous avons observé une forte volatilité sur des matières premières comme l'or, l'argent ou le cuivre. Quels sont aujourd'hui les principaux facteurs macroéconomiques qui influencent ces marchés, notamment à la lumière des récents développements dans la région du Golfe ?

À mon sens, trois facteurs se distinguent clairement.

Premièrement, l'économie mondiale évolue vers un environnement plus stagflationniste, dans lequel l'or et les autres métaux précieux ont historiquement eu tendance à surperformer.

Deuxièmement, la crise au Moyen-Orient a considérablement accru les risques pesant sur l'offre de matières premières stratégiques. L'attention se porte principalement sur le pétrole, puisque 20 % des exportations mondiales de brut transitent par le détroit d'Ormuz. Toutefois, les risques pourraient être encore plus importants pour les métaux. Environ 10 % des capacités mondiales de production d'aluminium sont situées dans la région et subissent des dommages permanents. Par ailleurs, 40 à 50 % des exportations mondiales de soufre proviennent du Moyen-Orient. Or, le soufre constitue un intrant essentiel pour l'exploitation minière du cuivre et du nickel.

Troisièmement, nous pensons que la crise au Moyen-Orient va accélérer l'électrification de nombreux secteurs, en particulier celui des transports. Nous avons observé un phénomène similaire après le déclenchement de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, lorsque les prix du pétrole se sont envolés. Cette hausse a entraîné à la fois une forte progression des ventes de véhicules électriques et plus qu'un doublement des investissements dans les réseaux électriques en Europe. Nous estimons donc que les événements dans le Golfe soutiendront la demande pour les métaux de la transition énergétique, tels que le lithium, le cuivre et l'aluminium.

2. Votre stratégie JSS Sustainable Equity : Strategic Materials investit sur l'ensemble de la chaîne de valeur des matériaux stratégiques, des producteurs aux fournisseurs de technologies avancées. Dans un secteur caractérisé par une forte cyclicité et une concurrence mondiale croissante, quels critères recherchez-vous aujourd'hui pour identifier les entreprises les mieux positionnées à moyen et long terme ?

Notre approche est différenciante car nous ne nous limitons pas aux sociétés minières. Nous investissons sur l'ensemble de la chaîne de valeur des matériaux stratégiques.

En plus de l'exploitation minière en amont, qui présente naturellement un certain degré de cyclicité, nous investissons dans des secteurs en aval qui bénéficient directement des mêmes tendances structurelles soutenant la demande de minerais critiques. Ces activités en aval offrent généralement des modèles économiques plus solides et moins volatils.

Par exemple, nous sommes fortement exposés aux fabricants d'équipements miniers, dont les importants carnets de commandes et les activités de services après-vente procurent une meilleure visibilité sur les bénéfices futurs. De la même manière, aux côtés des producteurs de lithium, nous détenons des fabricants de batteries qui profitent d'une croissance structurelle de la demande. Ces entreprises sont moins sensibles aux fluctuations des prix des matières premières grâce à des mécanismes de répercussion des coûts dans leurs contrats et à des carnets de commandes bien remplis.

Au sein du secteur minier, nous privilégions les producteurs à faibles coûts, capables d'exécuter efficacement leurs projets, disposant de bilans solides et générant des flux de trésorerie robustes. Nous évitons les juridictions à risque élevé et recherchons des entreprises offrant une croissance claire de leur production dans les années à venir.

L'ensemble de ces critères nous permet d'identifier des sociétés présentant une meilleure qualité de résultats, davantage de résilience et une cyclicité plus faible.

3. Dans un contexte marqué par une inflation persistante et des taux d'intérêt élevés, les matières premières peuvent-elles encore jouer un rôle efficace de couverture dans les portefeuilles des investisseurs institutionnels et particuliers ?

Oui, et probablement plus encore aujourd'hui que lors des cycles récents.

Ce qui différencie la situation actuelle, c'est que les risques pesant sur l'offre des matériaux stratégiques sont devenus structurellement plus élevés que ceux concernant le pétrole.

Les barrières commerciales se multiplient : la Chine restreint les exportations de tungstène et de terres rares, tandis que l'Union européenne et les États-Unis ont mis en place des droits de douane et des quotas sur l'aluminium, l'acier et le cuivre.

La concentration de l'offre constitue également un facteur de vulnérabilité majeur. L'essentiel de la production mondiale de cuivre provient du Chili, du Pérou et de l'Australie, tandis que la production de lithium est principalement concentrée au Chili, en Australie et en Argentine. Toute perturbation météorologique, instabilité politique ou défaillance d'une mine dans ces pays peut avoir un impact significatif sur l'équilibre entre l'offre et la demande.

Pour les investisseurs, cette combinaison d'inflation persistante, de fragmentation géopolitique et de forte concentration de l'offre crée un environnement de marché inédit. Dans ce contexte, les matières premières peuvent jouer un double rôle : celui de protection contre l'inflation et celui de couverture face aux chocs d'approvisionnement.

Faridasad

gérant de portefeuille chez Bank J. Safra Sarasin

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